PÉRIODE DE DÉBUT
l'éclosion même du chancre de contagion. De là notre ignorance sur les formes de cet accident à sa période embryonnaire. Nous ne savons pas, nous ne pouvons dire si sa lésion originelle consiste, comme pour le chancre inoculé, en une rougeur ou en une papule sèche qui met quelques jours à desquamer. Il est probable, certes, qu'il procède de la sorte; d'une part, l'analogie porte à le croire, et, d'autre part, en deux ou trois cas on a constaté, diton, cette papule sèche initiale comme premier rudiment du chancre. Mais ce qui n'est pas moins vraisemblable, c'est que, si les choses se passent ainsi, cette rougeur ou cette papule sèche initiale doit être bien éphémère sur la muqueuse des organes génitaux. Car, sur cette région, il est de notion commune que les éruptions sèches deviennent très facilement humides et s'exfolient presque immédiatement.
Quoi qu'il en soit, nous sommes forcés de nous en tenir à ce qu'il nous est donné de constater de visu, à ce que nous montre la clinique. Et ce qu'elle nous montre comme premier rudiment du chancre de contagion, c'est presque invariablement une érosioîi, un ho%iton érosif.
Or, quels sont les caractères de ce bouton initial? Question bien essentielle que celle-ci, bien importante et digne de toute votre attention, messieurs. Car plus d'une fois vaus aurez à la juger dans le cours de votre pratique; plus d'une fois vous verrez des femmes se présenter à votre cabinet, anxieuses, affolées de terreur, réclamant de vous un arrêt sur la nature d'une érosion naissante; et, si vous n'étiez suffisamment éclairés sur les difficultés du problème à résoudre, vous risqueriez de commettre des erreurs qui, je vous l'assure, ne vous seraient que difficilement pardonnées.
Qu'est donc le chancre à sa période initiale? Si peu de chose que je puis sans exagération le qualifier de la façon suivante : la plus petite, la plus superficielle, la plus bénigne, la plus insignifiante de toutes les érosions possibles. Ce n'est pas quelque chose, pour ainsi dire; c'est moins que rien. A ce point que, la première fois ou les premières fois qu'on est appelé à constater le chancre sous cette forme et à cet âge, on y est toujours trompé. — Et il
est impossible qu'on ne s'y trompe pas. — Du reste, vous allez en juger.
Ce qu'on voit e,n effet, à cette époque, c'est une érosion rudimentaire, très limitée comme surface, de l'étendue d'une petite lentille, d'un grain d'orge, d'un grain de blé; — érosion quelquefois arrondie ou môme parfaitement circulaire, d'autres fois ovalaire, allongée, fissuraire, etc. ; — érosion plane, de niveau avec les parties voisines, sans arête circonférencielle et sans bords, par conséquent; — érosion rouge ou rougeâtre généralement, mais n'offrant d'ailleurs aucune coloration spéciale; — érosion fournissant à peine un imperceptible suintement séreux; — érosion enfin à base insignifiante ou tout au plus très légèrement épaissie. Quelquefois peut-être, en palpant très soigneusement, en roulant entre les doigts les téguments sur lesquels repose cette lésion, parvient-on à percevoir la sensation d'une certaine rénitence circonscrite; mais ce signe est tellement minime qu'il n'y a guère à s'y arrêter et qu'on n'en saurait déduire rien de certain.
Et voilà tout. C'est là tout ce qu'on voit, ce qu'on perçoit; aucun autre phénomène ne se présente à constater.
De sorte que, si l'on voulait appliquer au diagnostic de cette lésion l'ancienne formule du « chancre creux, à fond grisâtre, à bords taillés à pic, à suppuration sanieuse, etc. », on serait à cent lieues de considérer comme chancre un tel accident ; on affirmerait que cet accident n'est pas et ne peut être un chancre. Et en effet, c'est à cette conclusion qu'on est conduit le plus souvent. iVm/" /bis sur dix, le chancre naissant est méconnu; neuf fois sur dix on se trompe sur sa véritable nature. Et savez-vous comment on se trompe alors, savez-vous à quel diagnostic faux on est amené ? L'erreur est instructive et mérite bien d'être connue; la voici.
De deux choses l'une : ou bien l'on prend pour un herpès l'accident en question; — ou bien, ce qui est plus commun encore, on le considère comme une érosion insignifiante, comme une simple desquamation épitliéliale, comme uneécorcliure, uneégratignure, un rien. Dans l'un et l'autre cas, on s'empresse de rassurer les malades, on les congédie en leur garantissant une sécurité com-