ASPECT GÉNÉRAL
miner. Vous connaissez la vieille caracLérislique du chancre: « Ulcère creux, à bords taillés à pic, décollés et renversés, à fond anfracLueux, déchiqueté, pseudo-membraneux, à suppuration ichoreuse, à tendance extensiveel menaçante, etc. » Or, celte formule est-elle applicable à la lésion qui nous occupe? Allons-nous retrouver ici cet ensemble de caractères? Nullement, et c'est là le point sur lequel j'ai le plus à cœur de fixer votre attention. Non seulement le véritable chancre — et cela n'est pas moins vrai pour la femme que pour l'homme — ne se présente pas avec ces attributs que persiste à lui assigner une aveugle routine, mais il en offre d'autres qui sont absolument opposés, comme vous allez le voir.
Est-ce d'abord un ulcère creux? Non, tant s'en faut. C'est bien plutôt une érosion plate. C'est même, assez souvent, une érosion en saillie, bombée, proéminente, papuleuse.
Mais entrons dans les détails.
Le plus habituellement, chez la femme, le chancre n'est pas un ulcère à proprement parler. Ce n'est qu'en certains cas, relativement rares, qu'il pourrait être dit ulcéreux, alors qu'il entame ou semble entamer l'épaisseur du derme. Mais huit fois sur dix. pour le moins, il est constitué par une érosion, par une érosion qui n'intéresse le derme que superficiellement, dans ses couches les plus extérieures. Nous verrons même que souvent il ne consiste qu'en une simple exfoliation épidermique, une véritable desquamation épithéliale.
Aussi, loin d'être creux et excavé, le chancre de la femme est-il le plus habituellement plat et de niveau avec les tissus sains périphériques.
S'il présente parfois une dépression légère, en forme de godet, plus souvent encore il affecte une disposition inverse. Il est alors plus ou moins saillant, exhaussé, bombé en forme de papule. Il constitue de la sorte un petit mamelon discoïde, proéminent, qui dépasse le niveau des parties voisines. C'est à cette variété de lésion qu'on a donné le nom de chancre bombé, de chancre condylomateux, àhdcus elevatum, etc. Plus simplement nous l'appelons ici chancre papuleux.
Par son fond et par ses bords la lésion dont nous poursuivons rétudc répond-elle mieux au type classique du chancre?
Pas davantage, et de cela voici la preuve :
Loin d'être irrégulier, anfractueux, déchiqueté, etc., son fond est au contraire remarquablement lisse, égal et uni ; tellement uni même, en bon nombre de cas, qu'il en devient comme poli, irisé, reluisant. On croirait presque qu'on a passé sur lui un vernis brillant.
Et ses bords? Rencontrons-nous ici les fameux bords « à pic », abrupts, escarpés, décollés, renversés, etc. ? Nullement encore.
Ses bords, je ne sais en vérité comment vous les décrire, messieurs, car ils n'existent pas. Le véritable chancre syphilitique n'a pas de bords; il se continue sans ressaut, sans arête circonférencielle, avec les tissus qui l'environnent; il est, comme je vous l'ai dit déjà, de niveau et de plain-pied avec eux.
Et môme, loin d'être dessiné par un méplat, son contour s'exliausse souvent en forme de couronne ou de crête. De sorte qu'alors sa circonférence est plus élevée que son centre, et que la lésion totale prend la forme d'une petite cupule ou d'un godet.
Enfin, comme dernier trait, la sécrétion du. chancre n'est nullement cette suppuration abondante et ichoreuse qu'on lui attribue bien à tort.
D'une part, le chancre sécrète peu. Assurément il suppure moins qu'une plaie ordinaire,'qu'une plaie, par exemple, résultant d'un traumatisme ou [consécutive à l'application 'd'un caustique. Souvent même sa sécrétion est minime et comparable à celle de l'érosion la plus superficielle, d'un herpès, d'une exfoliation épithéhale de balanite, etc.
D'autre part, sa sécrétion est moins du pus véritable que de la sérosité mêlée de pus. C'est un liquide grisâtre ou gris jaunâtre, ténu, louche, non lié, qui ne ressemble en rien au pus « louable » des chirurgiens.
Il n'est guère que le chancre ulcéreux qui fournisse du véritable pus.
Ainsi, messieurs, plus nous avançons dans cette étude, plus