COÏNCIDENCES. 21S
bien, n'ont pas toujours été commises par des médecins novices, inexpérimentés; elles ont été le lait bien souvent de cliniciens instruits, habiles, attentifs, voire de maîtres consommés dans ce genre de diagnostic !
De telles erreurs. Messieurs, doivent être une leçon pour nous. Sachons en profiter. Et concluons en disant :
i" Que le diagnostic du chancre par le chancre seul, chez la femme spécialement, expose, même entre les mains des maîtres de l'art, à trop de surprises, à trop d'erreurs, pour être formulé sans réserve, sans appel ;
2° Que le diagnostic absolu du chancre (et tel doit être le diagnostic médico-légal de cette lésion) ne peut et ne doit être établi que siu" les deux bases suivantes : le chancre, d'une pari; et, d'autre part, Vévolntion ultérieure, c'est-à-dire les accidents généraux qui succèdent au chancre à courte échéance.
Bien longue encore, Messieurs, serait notre conférence de ce jour, si je vous énumérais une à une toutes les difficultés imprévues que peut présenter en pratique le diagnostic du chancre. De ces difficultés, toutefois, il en est une que je ne puis passer sous silence et dont il importe que vous soyez prévenus, car c'est chez la femme surtout, bien plus souvent que chez l'homme, qu'on se trouve aux prises avec les embarras spéciaux dont je vais vous parler.
Cette difficulté — d'un ordre tout particulier, comme vous allez le voir, — c'est la coïncidence possible des deux espèces de chancres, ou la coïncidence du chancre syphilitique avec d'autres affections vénériennes sur le même sujet, au même siège, et dans le même temps.
Parfois, en effet, le chancre syphilitique et le chancre simple coexistent ou se succèdent à court intervalle sur une môme malade. De telle sorte qu'examinant cette malade à un moment donné, ce n'est pas une lésion que vous observez sur elle, mais
bien deux ordres de lésions, de lésions très différenles comme nature, sinon loujoiirs comme caractères extérieurs, voire de lésions opposées coïncidant au même siège, associées côte à côte, évoluant d'une façon parallèle.
Un exemple. — Voici une jeune femme qui est entrée dans nos salles, il y a six semaines environ, pour une série aussi confluente que possible de cbancres simples vulvaires, chancres simples typiques, sur la nature desquels il ne pouvait s'élever aucun doute. Soumis à un traitement méthodique (pansements à la solution de nitrate d'argent, bains, lotions, etc.), ces chancres se sont rapidement modifiés; la plupart sont actuellement en voie de réparation, et quelques-uns même sont déjà guéris. Mais ce n'est pas tout. Il y a trois semaines, une lésion nouvelle est apparue à la vulve, au niveau de la fourchette. Cette lésion, sur le compte de laquelle nous étions fort indécis tout d'abord, s'est élargie, agrandie, développée de jour en jour; bref, elle est devenue ce que vous la voyez aujourd'hui, c'est-à-dire un chancre syphilitique, un chancre syphilitique bien manifeste, avec son fond lisse etverni, avec sa teinte chair musculaire, avec sa doublure indurée, avec sa pléiade caractéristique. — Donc, Messieurs, vous avez là sous les yeux une malade chez laquelle simultanément se trouvent développés aujourd'hui, d'une part, des chancres simples et, d'autre part, un chancre syphilitique. — Inutile d'insister sur ce fait qui est frappant, qui semble avoir été commandé à plaisir pour les besoins de notre réunion de ce jour.
Il y a plus. Messieurs, — ceci toutefois devient tout à fait exceptionnel — les deux chancres peuvent non-seulement coexister côte à côte sur le même sujet, mais aussi coexister sur le même siège, au même point, clans la même lésion, se superposer l'un à l'autre, si j'ose ainsi parler. On a vu delà sorte le chancre syphilitique s'inoculer sur un chancre simple, ou réciproquement le chancre simple s'inoculer sur un chancre syphilitique. Et rien d'étonnant à cela, rien que de très naturel. Le chancre en effet est une plaie, et une plaie est une porte d'entrée ouverte à l'absorption d'un virus quelconque. Il est moins surprenant certes de voir un chancre s'inoculer sur un chancre que de voir (ce qui