‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 64 sur 252 · COÏNCIDENCES · texte numérisé non relu

COÏNCIDENCES

se produit chaque jour) un chancre s'inoculer sur une muqueuse saine.

A ce propos el comme confirmation je vous citerai le cas suivant :

Un jeune homme était affecté depuis quelques semaines d'un chancre syphilitique situé sur la verge, au niveau de la rainure du gland, chancre typique, doublé d'une induration cartilagineuse et flanqué d'une pléiade bi-inguinale caractéristique. Il commençait à guérir quand, dans cet état, il eut rapport avec une femme, laquelle à ce moment portait à la vulve trois chancres simples. Quelques jours plus tard il présentait à la verge des lésions nouvelles, à savoir un chancre' simple du fourreau et plusieurs chancres simples du prépuce . De plus, l'ancien chancre s'était complètement métamorphosé d'aspect. De lisse, de plat, de rougeâtre qu'il était avant le dernier rapport, il était devenu creux, inégal, jaunâtre, ulcéreux; il s'était en outre notablement élargi. C'était d'aspect un chancre simple, et c'était bien en réalité un chancre simple greffé sur un chancre infectant dont subsistait l'assise indurée. Ici donc, sur le même siège, sur la même lésion, nous trouvions réunis et combinés, pour ainsi dire, le chancre syphilitique et le chancre simple.

Certes, de telles associations pathologiques sont rares, exceptionnelles même. Mais elles sont possibles, elles existent, et il faut les connaître.

Elles sont très rares chez l'homme. Elles le sont moins chez la femme; elles le sont moins encore chez les femmes d'une certaine classe, chez celles, par exemple, qui forment le public de nos salles. Cela se conçoit, et cette différence d'un sexe à l'autre a sa raison d'être. Car, somme toute, on court d'autant plus de chances de contracter plusieurs contagions dans un temps donné que l'on s'expose davantage, et, de toute évidence, les dangers de contamination sont en raison directe des contacts que l'on brave. Or, un homme, quelque ardent ou quelque vaillant qu'on le suppose, n'a jamais rapport dans l'espace de plusieurs semaines qu'avec un nombre de femmes limité ; partant il ne s'expose qu'à un nombre Hmité de contagions. Une femme,

au contraire, qui fait commerce d'elle-même et qui vit de sa beauté, a forcément rapport dans le même temps avec un nombre d'hommes relativement considéi'able ; partant elle s'expose à un nombre considérable de contagions. Une prostituée, par exemple, voit plus d'hommes en un jour qu'un Lovelace de profession ne voit de femmes en un mois. Il est donc tout naturel que les femmes d'une certaine classe puissent rencontrer, dans un laps de temps plus ou moins court, deux hommes affectés l'un do sypiiilis, l'autre de chancres simples, et contracter de la sorte deux maladies qui évoluent simultanément. — Rationnellement cela doit être; de par la clinique cela est.

Ce n'est même pas seulement l'association de deux affections vénériennes que l'on observe parfois chez la femme; c'est l'association de trois, de quatre, de cinq de ces maladies. Nous voyons ainsi de temps à autre arriver à nos consultations de malheureuses filles sur lesquelles nous constatons simultanément : 1° la syphilis;

— 2° des chancres simples; — '3° l'uréthrite blennorrhagiquc ;

— 4° la vaginite; — 5° des lésions variées du col ; — 6° de l'herpès; — 7° des végétations; — sans parler encore de la gale, des pédiculi et autres agréments de même genre qui complètent le tableau. Ces femmes sont, sans exagération, de véritables musées de pathologie vénérienne et parasitaire.

Lorsque plusieurs affections vénériennes se trouvent ainsi réunies sur le même sujet, c'est grâce seulement à une analyse minutieuse des symptômes qu'on parvient à débrouiller ce chaos. Lorsque notamment les deux chancres coexistent sur la même malade, il faut un examen des plus attentifs pour reconnaître une à une les diverses lésions et les rattacher à tel ou tel type pathologique. Cette tâche est toujours délicate, elle est souvent très ardue, très difficile, surtout si les caractères objectifs des lésions sont déjà modifiés.

L'essentiel, en pareil cas, est que l'attention soit éveillée sur la possibilité d'une coïncidence ; l'essentiel est que le médecin soit invité par quelque signe à soupçonner sur sa malade l'existence

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