SUR LES NÉOPLASMES DE LA VESSIE
Pendant l'impression des cliapilres précédents relaiifs aux lumears de la vessie, j'ai eu roccasion de pratiquer de nouvelles Opérations et de réopérer deux des malades dont j'ai déjà donné robservalion. Je n'en ferai pas ici l'histoire détaillée, je me bornerai seulement à fournir quelques indications sur les réopérés et les nouveaux opérés.
TOMKUKS DE LA VESSIE
OBSliRVATlON VI (suite)
Opéré le 27 février 1885,1e malade reste guéri pendanlliiiii mois environ, puis il entre en récidive et se trouve conduit à réclamer une seconde opération qui est pratiquée le 8 février 1886.
Après ouverture de la vessie, le doigt reconnaît la présence d'un volumineux champignon dont la base d'implantation assez large ne l'est cependant pas plus qu'au moment de la première opération et siège à peu près au même niveau.
La tumeur est molle, elle est attaquée par le grattage. Au cours des manœuvres, se produit une hémorrhagie assez abondante qui est due à la section de plusieurs artérioles du pédicule et qui nécessite la cautérisation avec le thermo-cautère. Celte cautérisation est répétée avec énergie afin de pouvoir suivre aussi loin que possible la destruction du néoplasme dont la résection est impraticable. Application des tubes et pansement suivant les règles habituelles.
A la suite de l'opération, le malade est pris, comme la première fois, de vomissements persistants dus au chloroforme. Le troisième jour, le pouls devient d'une petitesse et d'une rapidité extrêmes, la mort survienne quatrième jour. Il s'était probablement produit de la cellulite pelvienne bien qu'il n'y eût ni ballonnement ni douleur à la pression abdominale. L'auiopsie ne put être faite.
L'examen histologique pratiqué par M. Clado démontra que la tumeur était de nature épilhéliomaleuse. J'ai déjà dit les raisons qui me portaient à penser qu'il en était ainsi la première fois.
OBSERVATIOiN X [siiile)
Opéré le 15 juillet 1885, ce malade reste guéri pendant un an; il commence à éprouver quelques symptômes de récidive en juillet 1886 ; il rentre à l'hôpital en octobre avec des hématuries caractéristiques et demande à être opéré de nouveau.
Une seconde opération est pratiquée le 14 octobre 1886, toujours par la section sus-pubienne. Elle permet de constater la pi-ésence d'une tumeur sessile du volume d'une noix récidivécsur place et delà détruire par le grattage et la cautérisation. Comme la première fois, la tumeur est de nature épiihéliomateuse. Les suites opératoires sont très simples ; le malade recouvre encore toutes les apparences de la santé générale et locale et ce bon étal persiste. .
APPENDICE
OBSERVATION XIV
Prêlrc, âgé de 48 ans; la maladie a débuté il y a deux ans par des hématuries caractéristiques, bientôt accompagnées de fréquence des mictions et de purulence des urines, mais presque sans douleur. Une exploration métallique de la vessie a provoqué un redoublement d'hématurie et des crises de rétention par caillots.
Lorsque le malade se confie à mes soins, les hématuries sont incessantes, les mictions douloureuses, les urines purulentes, mais la santé est encore conservée. Je constate que l'exploration des régions rénales est complètement négative. Il en est de même du cathétérisme explorateur de la vessie. Le cathéiérisme évacualeur détermine le saignement. Le toucher rectal combiné avec la palpation hypogastrique ne donne de renseignements très positifs que lorsqu'il est pratiqué pendant le sommeil chloroformique. Il révèle l'existence d'un épaississement avec augmentation de volume de la vessie, sans bosselures. Le siège de ces modifications est à gauche immédiatement en arrière de la prostate.
L'opération faite par la voie hypogastrique, le 7 juillet 1886, conduit sur une tumeur végétante en chou-fleur largement implantée à gauche sur le bas-fond. J'en enlève la partie saillante à l'aide d'un serre-nœud ; puis je m'efforce de détruire le point d'implantation à l'aide du grattage, de l'arrachement, de la cautérisation au thermo-cautère. Ces manœuvres assez délicates sont remarquablement facilitées par la suspension, l'écartcment et l'éclairage de la vessie. Cependant elles ne permettent pas une extirpation radicale, la totalité de l'épaisseur de la paroi vésicale étant envahie.
L'examen histologique de la tumeur montre qu'elle est de nature épiihéliomateuse.
Les suites opératoires sont aussi favorables et aussi bénignes que possible et le malade est bientôt en état de retourner dans son
pays. , . , . ,
Quelques semaines plus tard, je suis cependant informe que la
récidive se produit ; il succombe en février 1887.
OBSERVATION XV
Homme de 56 ans. Des hématuries caractéristiques sont le premier et presque l'unitiue symptôme. Elles ont débuté il y a un an et sont abondantes. C'est à peine s'il existe en outre un peu de fré-
GUYON. — AIT. chir. de la vessie. ~"'
TUMEURS DE LA VESSIE
cjucnce de la miction. La douleur et la purulence de l'urine font complètement défaut. L'état général est bien con-servé.
L'exploration des régions rénales est absolument négative. 11 en est de raôine du caibélérisme explorateur de la vessie. Le toucbcr rectal combiné avec la palpation bypogastrique révèle un épaississement du côté droit avec augmentation de volume de la vessie, sans bossclui'es.
La laille bypogastrique fut pratiquée le 31 juillet 1886, et permit la rencontre d'une tumeur ayant lai'gement envabi la paroi latérale droite de la vessie, mais empiétant sur le bas-fond, ce qui me lit renoncer à la résection que j'avais cru un moment possible. En vue de celte résection, j'avais commencé à décoller la face extérieure de la vessie. Je dus renoncer à poursuivre l'ablation totale, mécontenter de détruire toutes les parties saillantes du néoplasme et de cautériser les points d'implantation.
Je maintins la suspension de la vessie pendant 48 heures. Malgré cette précaution destinée à prévenir toute complication consécutive au décollement de la paroi vésicale et l'emploi soigneux de l'antisepsie, il se produisit bientôt une péritonite rapidement mortelle, évidemment déterminée par mon essai de résection du deboi-s au dedans.
La tumeur était de nature .carcinomateuse et largement inflllrée.
OBSERVATION XVI
Homme de 64 ans; les premiers symptômes datent de quatre ans et ont consisté en hématuries à répétition, spontanées et prolongées, assez abondantes depuis deux ans pour déterminer souvent des rétentions par caillots. En dernier lieu seulement les mictions sont devenues fréquentes, difficiles et douloureuses.
L'exploration des reins donne des résultats négatifs au point de vue de l'envahissement néoplasique. Celle de la vessie par le toucher rectal et la palpation bypogastrique révèle la présence d'un carcinome diffus avec bosselures très étendues. Cependant les hématuries, la douleur, la cystite, de sérieux accidents urincux commandent l'intervention palliative qui a lieu par la voie suspubienne, le 4 novembre 1886.
Le néoplasme, comme je l'avais pi-évu, élait diffus, il offrait la forme d'une carte géographique en relief, occupant tout le bas-fond et une partie des faces latérales de la vessie. Toute l'épaisseur de la paroi était infiltrée sans que le rectum parût envahi. Je me bornai à rigoureusement délruii'e toutes les parties saillantes, par
APPENDICE
le raclage et la caulérisalion, et, sans dépasser l'épaisseur des parois, à pousser aussi loin que possible Téxérèse. L'examen des fragments fit voir qu'il s'agissait d'un carcinome.
Les suites opératoires furent simples, et donnèrent un résultat immédiat si favorable que le malade put retourner dans son pays avec l'illusion de la guérison. Il n'a plus eu depuis la moindre hématurie. Cependant la cicatrice Iiypogastrique s'est rompue à deux reprises différentes. 11 en est résulté une fistule qui a ramené plus tardle malade à l'hôpital où il a succombé à la fin de février 1887.