DURÉE
terminaison fatale est inévitable, mais elle peut se (aire attendre parfois pendant assez longtemps Un état stationnaire peut se maintenir pendant des semaines et des mois, peut-être même davantage et comme cet état laisse encore aux malades l'illusion de la santé, il y a lieu, quelquefois, d'hésiter sérieusement avant de leur faire courir de prochains dangers par une intervention active, bien que cette intervention soit la seule chance de salut qu'on puisse leur offrir.
Les malades atteints de cette forme d'affection sont plus ou moins comparables à certains cardiaques, par exemple, à ceux qui ont une insuffisance aortique. Longtemps leur cœur reste à la hauteur de sa tâche, longtemps ils conservent presque les apparences de la santé. On sait cependant, qu'ils sont gravement menacés, et qu'à un moment donné la catastrophe peut éclater brusquement, mais il est impossible de prédire à quelle époque. Ainsi en est-il des prostatiques que nous étudions. En effet, si l'insuffisance rénale, de même que l'insuffisance cardiaque, peut être diagnostiquée, elle ne saurait être exactement mesurée. Il en résulte que les malades toujours menacés peuvent se trouver en face du danger au moment où on s'y attend le moins. Cependant, il est possible, jusqu'à un certain point, d'apprécier la gravité des circonstances et cela est fort important au point de vue de la conduite du chirurgien ; si le malade, soumis à un traitement tonique et reconstituant, ne réagit pas, si l'affaiblissement et les troubles digestifs, loin de s'atténuer, font sans cesse de nouveaux progrès, on a tout à craindre et il est sage de rester dans une prudente expectation.
Ce que je viens de vous dire de la marche de la maladie, à ses diverses périodes, qu'elle soit abandonnée à elle-même on convenablement traitée, vous fournit les éléments" qui vous permettent de juger de sa durée. Celle-ci est extrêmement variable suivant les formes, et elle est toujours susceptible, même dans les périodes initiales, d'être abrégée par les complica-
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lions. Elle échappe, du reste, à toute évaluation numérique et on ne peut en donner une idée qu'en comparant entre elles chacune des périodes. La première peut être fort longue et se prolonger pendant un grand nombre d'années, comme aussi elle peut faire complètement défaut. La seconde, bien traitée, peut également permettre une très longue survie ; négligée, elle aboutit promptement aux complications menaçantes. Mais, de toutes, c'est la troisième qui offre l'évolution la plus rapide et les chances les moins favorables à la suite de l'intervention.Lorsquevous entendez parler de malades qui sont prostatiques depuis de longues années, que l'on voit mal pisser depuis 5, 10, 1 5, 50 ans, vous pouvez être certains qu'ils ne sont pas arrivés à la période d'incontinence et de distension, et qu'ils en sont encore à la période prémonitoire, ou à celle de rétention incomplète sans distension.
11 vous est maintenant facile de déduire, des notions précédentes, les données relatives aux terminaisons. Elles sont implicitement contenues dans l'exposé que je vous ai fait des altérations anatomiques, des symptômes, des complications et de la marche de l'affection. C'est ainsi qu'il est impossible de compter jamais sur une guérison véritable, quelque lente que soit, dans certains cas, l'évolution des phénomènes. La guérison est impossible parce que la lésion initiale, la lésion fondamentale, celle qui sert de substratum constant aux lésions secondaires, est une lésion d'ordre sénilequi ne peut que progresser ou, tout au plus, rester slationnaire. Mais il n'en est plus ainsi des altérations inflammatoires communes qui peuvent se greffer sur les premières. Celles-là sont, à la rigueur, capables de guérir complètement, quel que soit leur siège, rein ou vessie.
Une fois constituée, la maladie a. le plus souvent, une tendance marquée à parcourir, plus ou moins rapidement, ses diverses étapes et à conduire à la terminaison fatale. C'est presque toujours parle fait des complications vésicales et surtout rénales, que la mort survient. Nous avons vu que les
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prostatiques y étaient essentiellement prédisposés et nous avons appris que, si les chances mauvaises étaient plus fréquentes dans les dernières périodes, la première, elle-même, n'était pas exempte de dangers. Quant à ces complications, je vous les ai suffisamment indiquées en étudiant les symptômes pour n'avoir plus besoin d'y insister longuement.
Je vous rappellerai seulement que la cystite aiguë ou chronique, même compliquée, ce qui arrive assez souvent, de calculs phosphatiques est bien rarement une cause de mort. Il en est de même des hématuries qui sont exceptionnellement assez abondantes pour mettre la vie en danger. C'est par les reins, au contraire, que ces malades finissent presque toujours par succomber. Ils peuvent être emportés par les trois formes de néphrite que je vous ai signalées : la néphrite interstitielle chronique des vieillards qui est initiale, la néphrite secondaire aiguë, et la néphrite secondaire chronique. Ce sont ces diverses formes de néphrite, les deux dernières surtout, qui représentent la plus sérieuse menace pour les prostatiques. Vous ne devez jamais oubher qu'elles peuvent être insidieuses et que souvent elles se dissimulent derrière des cystites assez bénignes en apparence, des rétentions incomplètes et surtout des rétentions chroniques avec distension. Aussi n'aborderez-vous qu'avec prudence et circonspection le traitement de ces dernières, car en vous adressant à la vessie, vous vous exposez à faire écho du côté des reins, et à provoquer dans ces organes des poussées qui peuvent être funestes. Vous devrez cependant aborder le traitement malgré la constatation des lésions rénales, mais en vous référant à des règles précises que je chercherai à vous faire connaître.
Le pronostic de l'affection prostatique est toujours sérieux puisqu'il s'agit en définitive d'une maladie toujours incurable, Mais ce pronostic, si l'on n'envisage que les dangers qui menacent Texistence, est très bénin dans les deux premières périodes, pourvu qu'elles soient exemptes de complications.
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La plupart des malades en sont quittes pour des mictions fréquentes ou pour des cathétérismes réguliers et ils peuvent, sans autre inconvénient, et sans aucun retentissement apparent sur la santé générale parvenir à une vieillesse avancée. Au contraire, dès que la vessie commence à se distendre, le pronostic devient plus sombre et il l'est d'autant plus que la distension a été plus longue, plus considérable et plus ancienne. C'est, en effet, à la distension lentement progressive que se rattachent très directement les complications les plus redoutables dont je vous ai décrit l'évolution.