VII. — CYSTITE CHEZ LA FEMME
Sans être aussi fréquente que chez l'homme, la cystite chez la femme est loin d'être rare. Récents travaux dont elle a été l'objet.
Elio/oçie. — Outre les cystites blennorrhagique, tuberculeuse, calciileuse, néoplasique, etc., dont elle peut être atteinte aussi bien que l'homme, la femme offre une variété spéciale, la cystite d'origine utérine. Deux mécanismes : hyperhémie propagée, compression.
Hyperhémie propagée. — Connexions vasculaires entre l'utérus et la vessie; artères, veines. — Troubles urinaires pendant les règles, pendant la période d'involution utérine. — Recrudescence des cystites chroniques aux époques menstruelles. Influence de la ménopause. — Rôle de la grossesse : Développement énorme du systènie vasculaire de l'utérus et de tous les organes voisins. Statistique de troubles urinaires pendant la grossesse (E. Monod).
Influence des maladies inflammatoires ou organiques de l'utérus. Conséquences pratiques.
Compression. — Sans rétention. Vessie gênée dans son expansion, d'où mictions fréquentes. Coïncidence habituelle de phénomènes congestifs. — Divers accidents causés, du côté de la vessie, par les pressions fortes et prolongées pendant l'accouchement. — Compression avec rétention. Rôle congestionnant de la rétention. — États physiologiques et pathologiques de l'utérus dans lesquels peut avoir lieu cette compression; rétroversion en particulier.
L'hyperhémie propagée et la compression ne sont toutefois qu'une prédisposition. Causes déterminantes. Comment survient la cystite au cours delà grossesse, au début, vers le troisième mois, à la fin, après l'accouchement. Diverses théories : jioison puerpéral d'Hervieux; fissure du col ; pénétration des microbes ; critique do ces théories.
Symptomatolof/ie. — Bénignité habituelle de la cystite pendant la grossesse normale; sa gravité, sa persistance, après l'accouchement. — Recrudescences aux époques des règles. Exfolialion de la muqueuse ou cystite pseudo-membraneuse.
Diagnostic. — Y a-t-il cystite? Mélange possible des sécrétions vaginales avec
les urines. Cystocèles vaginales.
Quelle est la nature de la cystite? Recherche de la blennorrhagie, de la pierre,
de la tuberculose. ' '
Préciser dans quel état iihysiologique ou patliologi([iic se trouve l'utérus. Traitement. — Il doit être dirigé : P contre ràlloction utérine, lors(|u'il y a
DES CYSTITES.
lieu ; 2° contre la vessie : moyens calmants et antiphlogistiques ; balsamiques ; injections ol instillations modificatrices; dilatation forcée de l'urèthre; sec tion vésico-vaginale; attaque directe des lésions.
Tous les auteurs qui ont eu à parler de la cystite chez la 'femme sont unanimes à déclarer qu'elle est beaucoup moins fréquente que chez l'homme. C'est, en effet, ce que démontre l'observation de chaque jour. Mais cependant, pour être moins fréquente, cette cystite est loin d'être absolument rare, comme on pourrait le croire si l'on s'en rapportait exclusivement aux données fournies par les auteurs. Quelques-uns la déclarent pour ainsi dire exceptionnelle ; la plupart n'en font aucune mention. Vous avez pu cependant étudier et suivre dans notre service un certain nombre de femmes qui en étaient atteintes et vous convaincre par vousmêmes qu'elles offrent presque toutes les formes précédemment décrites, par exemple la cystite blennorrhagique, la tuberculeuse, la caiculeuse, la néoplasique. J'ajoute que des faits analogues se rencontrent communément dans les services de mes collègues des hôpitaux. La rareté de la cystite chez la femme n'est donc pas absolue ; elle ne peut èlre que relative.
Il serait difficile, je l'avoue, de présenter une évaluation numérique même approximative de cette rareté. Sans doute, on pourrait, à l'exemple de M. Després, invoquer la statistique des hôpitaux* ; mais je pense, avec M. Trélat, que ce renseignement n'aurait pas grande valeur, parce que la cystite s'enchaîne à d'autres maladies qui attirent plus spécialement l'attention et qui, la plupart du temps, sont indiquées sur la statistique sans qu'il soit fait mention de la cystite concomitante.
Quoi qu'il en soit, les chid'res manquent ; on ne peut donc invoquer leur témoignage, et chaque chirurgien en est réduit
J. BuUelinsde la Société de chirurgie, 1880, p. I0;i.
CYSTITE CHEZ LA FEMME
à son impression personnelle. Au milieu de ces données forcément un peu vagues, je crois cependant que la cystite, chez la femme, est incontestablement moins fréquente que chez l'homme. On a prétendu (Hache), que la femme, étant soumise à la plupart des causes qui se rencontrent chez l'homme, et de plus à des causes qui lui sont toutes spéciales et que nous allons bientôt étudier, n'était en réahté pas moins exposée que l'homme à la cystite. Mais, comme il n'est pas douteux qu'on l'observe plus rarement, on a voulu faire intervenir la répugnance qu'éprouvent la plupart des femmes à se soumettre à des examens locaux et à subir des questions relatives aux organes génito-urinaires. Un grand nombre d'entre elles s'obstineraient ainsi, bien que malades, à ne consulter personne. J'ai peine à croire que cette explication soit fondée. Chacun sait combien sont fréquentes les affections utérines, même bénignes, pour lesquelles on est consulté chaque jour, tant en ville qu'à l'hôpital. Or, il n'est pas admissible qu'un sentiment de pudeur retienne davantage dans les affections de la vessie que dans celles de l'utérus.
La cystite est réellement plus rare dans le sexe féminin ; cela me paraît devoir être imputé à plusieurs circonstances dont les plus importantes sont: r la fréquence beaucoup moindre des affections blennorrhagiques, due elle-même à la différence des conditions sociales; 2" la rareté des complications vésicales de la blennorrhagie chez la femme, alors même que l'urèthre, ce qui serait très commun, est intéressé*; 3° l'absence des causes de rétention, et, par suite, de cystite que constituent chez l'homme les rétrécissements, à peu près inconnus chez la femme, et l'hypertrophie de la prostate.
Mais, soustraite à ces diverses influences, la femme n'en reste pas moins exposée à la cystite tuberculeuse, à la cystite néoplasique, à la cystite calculeuse. D'un autre côté, si elle a le précieux avantage de ne point avoir de prostate, et d'être
1. Tcrrillon. BuUeiins de la Société de chirurgie, 1880, p. 188.
DES CYSTITES.
par conséquent à l'abri de tous les troubles urinaires dont cette glande est la cause dans le sexe masculin, si elle échappe également aux rétrécissements de l'urèthre et à leurs conséquences, elle possède, en revanche, un utérus dont les nombreuses variations physiologiques ou pathologiques retentissent de la façon la plus manifeste sur les fonctions vésicales.
Il faut toutefois reconnaître que les cystites qui dérivent de l'utérus ne sauraient être mises numériquement en parallèle avec celles qui reconnaissent pour cause l'hypertrophie de la prostate ou les rétrécissements uréthraux, et je dois ajouter que souvent des troubles de la miction, dus à une affection utérine, ou utéro-vaginale, sont à tort considérés comme étant le résultat d'une cystite, de sorte qu'en définitive la femme reste privilégiée par rapport à l'homme en présence des causes de cystite qui peuvent les atteindre l'un et l'autre.
Si la rareté de la cystite chez la femme a été souvent exagérée, la véritable raison en est que, jusqu'à ces dernières années, elle a si peu excité Tattenlion des observateurs qu'on a pu la croire beaucoup moins fréquente qu'elle ne l'est en réalité. Frappé de ce fait, j'ai chargé, il y a longtemps déjà, en 1879, M. le D'" Eug. Monod, alors mon interne, d'étudier cette importante question'. C'est au moment même où son excellent mémoire était publié que M. le D'" Terrillon provoquait sur le même sujet, au sein de la Société de chirurgie, une discussion intéressante ^. Depuis cette époque, nous devons à M. le D' Al. Boissard une consciencieuse étude sur les troubles de la miction se rattachant aux divers états physiologiques et pathologiques de l'utérus, étude dans laquelle se trouvent très clairement résumés la plupart des travaux
1. Eug. Monod. Étude clinique delà cystite chez la femme considérée spécialement dans ses rapports avec la grossesse et l'accouchement. {Annales de gynécologie, mars, avril et mai 1880.)
2. Terrillon. Cystite survenant au début de la grossesse et paraissant liée ù cet état. (Bulletins de la Société de chirurgie 18S0, p. 184 )
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antérieurs'. Enfin, M. le D'" Hache n'a pas manqué de consacrer un important chapitre de son intéressante thèse à la pathogénie de la cystite chez la femme, Hée ou non à la grossesse et à l'accouchement Il en résulte qu'à l'heure actuelle cette espèce de cystite a sa place bien marquée dans le cadre nosologique, à la suite de celles dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent.
Uéliologie m'arrêtera tout d'abord. Je ne craindrai même pas de lui consacrer d'assez longs développements, car la cystite chez la femme n'offre guère de spécial et d'intéressant que les conditions dans lesquelles elle se produit.
Je n'ai pas à revenir sur les causes qui sont relatives aux cystites blennorrhagique, tuberculeuse, calculeuse, néoplasique. Elles ne présentent pas, d'un sexe à l'autre, de différences très sensibles. Mais j'ai à étudier tout spécialement les influences qui agissent exclusivement sur la femme, c'està-dire celles qui partent de l'utérus dans les états si différents quMl peut offrir.
L'utérus peut agir sur la vessie de deux façons principales. Son action peut être dynamique ou mécanique. Dans le premier cas, il s'agit de l'extension à la vessie des phénomènes congestifs d'origine diverse qui ont pour siège la matrice. Dans le second, il est question de la compression que cette dernière, augmentée de volume ou déplacée, peut exercer sur la vessie. Passons en revue successivement ces deux mécanismes.
La congestion normale ou pathologique de l'utérus se transmet très facilement à la vessie. L'observation chnique, ainsi que nous le verrons bientôt, en fournit la démonstration péremptoire dans les circonstances les plus diverses. Mais, déjà, les seules notions anatomiques relatives à la disposition des artères et des veines utérines, à leurs étroites connexions
1. Boissard. Étude sur les troubles de la miction se rattachant aux divers états physiologiques et pathologiques de l'utérus, 1883.