‹ Leçons cliniques sur les affections chirurgicales de la vessie et de la prostate [electronic resource]Chapitre 82 sur 118 · Fontaine. Catarrhe de la vessie. Tli. Paris, ISlii, n" i · texte numérisé non relu

Fontaine. Catarrhe de la vessie. Tli. Paris, ISlii, n" i

CYSTITE MEMBRANEUSE. 835

« Demanderons-nous encore si c'était la muqueuse qui s'était « exfoliée, ou bien si c'était simplement le produit d'une « sécrétion, une espèce d'exsudation. Les progrès que l'ana- « tomie pathologique a faits dans ces derniers temps ne per- « mettent plus d'avoir de doutes à cette égard et la théorie « des fausses membranes est aujourd'hui trop bien démon- « trée, grâce aux travaux de Bichat, de MM. les professeurs (( Chaussier et Dupuytren pour que l'on conserve quelques « incertitudes sur ce point de doctrine. Quoique Morgagni et " Lieutaud aient pensé qu'il pouvait se faire de vraies exfo- « liations de la muqueuse vésicale et qu'ils s'appuient de « l'opinion deBoerhaave et deRuysch,iln'en reste pas moins « généralement reconnu aujourd'hui que ces exfoliations ne « sont que des fausses membranes albumineuses ou couen- « neuses qui se forment quelquefois à la surface de toutes les 1- muqueuses sans qu'il y ait séparation de celles-ci. »

Les années suivantes ces opinions s'accentuèrent encore et, en 1 829', A^dral s'exprimait ainsi : a La muqueuse vési- « cale peut fournir une matière concrescible qui se dépose « sous forme de pseudo-membrane à la surface interne de « la vessie. J'ai vu deux fois cette surface interne tapissée (( presque en totalité par une couche couenneuse de plus « d'une ligne d'épaisseur, d un blanc sale, sans trace de « vaisseaux et semblable aux pseudo-membranes des voies « aériennes. »

Nous arrivons ensuite aux intéressants mémoires de Morel- Lavallée (1 837, 1 841 , 1 844), sur les accidents urinaires déterminés par l'absorption des cantharides après l'application des vésicatoires. Il appelait l'attention sur l'apparition d'une forme toute spéciale de cystite s'accompagnant fréquemment de l'expulsion par l'urèthre de fausses membranes qui n'offraient pas la moindre trace d'organisation. Dès lors, la nature dos membranes qui pouvaient se former dans la vessie n'offrit plus aucun doute pour personne et on ne fit plus la moindre

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difficulté pour admettre que les membranes considérées par Morgagni comme des lambeaux de muqueuse vésicale exfoliée ne fussent en réalité des faimes membranes.

« La mucosité, disait Civiale peut prendre la forme d'une « membrane qui tantôt revêt tout l'intérieur de la vessie, « comme l'a observé Andral, tantôt se détache par lambeaux « (Obs. de Ruysch) qui sortent quelquefois couverts de « petites pierres, comme Tulpius et Rudtorffer en citent « chacun un exemple. Ce sont ces lambeaux que Willis a (( pris pour une partie de la tunique interne elle-même de la « vessie, erreur dans laquelle est tombé aussi Morgagni en se « fondant sur un fait rapporté par Rouhault qui avait vu un (( homme rendre avec l'urine trois portions de membrane « ayant des vaisseaux propres, comme il est assez commun « d'en trouver dans les produits pseudo-membraneux. »

On en était donc arrivé à nier pour ainsi dire la possibilité de l'exfoliation vésicale, lorsque de nouveaux faits observés par Lever'-, Dolbeau, Henry Lee, vinrent tout remettre en question. Lever avait pu recueillir sur une femme de 28 ans, à Guy's hospital, une membrane péniblement rejetée parl'urèthre après des accidents graves du côté de la vessie. Cette membrane, examinée au microscope par Giill, fut reconnue pour être la muqueuse vésicale exfoliée. Dolbeau ^ avait eu également l'occasion de recueillir, après la taille, dans trois cas, des lambeaux membraneux rejetés par la plaie périnéale. Or, ces lambeaux examinés au microscope n'avaient pas tous la même structure. Si les uns représentaient simplement de fausses membranes dépourvues d'organisation, les autres étaient constitués par un véritable tissu. Dolbeau n'hésitait pas à conclure qu'ils appartenaient sans aucun doute à la muqueuse vésicale.

A peu près à la même époque, 1 863, un autre fait du même

\. Civiale. Traité de l'affection calculmise. Paris, J.-B. Baillière. 2. Lever. Guy'shosp. Rep. 18i)2, p. 49.

Dolbeau. Traité pratique de la pierre dans la vessie, 1864, p. 30'J et suiv.

CYSTITE MEMBRANEUSE.

ordre observé par Henry Lee ' chez un homme de 38 ans, vint démontrer avec l'appui de l'examen histologique, la possibiHté de l'exfoliation complète de la muqueuse vésicale.

Toutefois de nouvelles observations semblables n'étant pas venues à brève échéance témoigner dans le même sens, les opinions précédemment admises n'en furent pas très sérieusement ébranlées. Je continuai pour ma part, à penser que, dans l'immense majorité des cas, les lambeaux membraneux rejetés par l'urèthre ou trouvés à l'autopsie dans la cavité vésicale étaient des exsudais de la muqueuse enflammée, des fausses membranes et non pas la muqueuse elle-même exfoliée ou mortifiée. Cette manière de voir s'appuyait sur un certain nombre d'observations personnelles ne se rapportant, il est vrai, ni à la rétroversion de l'utérus gravide ni à des accouchements laborieux, dans lesquelles un examen histologique très attentif pratiqué par des hommes compétents avait clairement démontré l'absence de toute organisation. Ce sont les pièces relatives à ces observations que j'ai voulu mettre sous vos yeux et qui me serviront tout à l'heure à vous tracer la description anatomo-pathologique de la cystite pseudo-membraneuse. Dans aucun de ces cas, la structure des lambeaux n'est en faveur de l'exfoliation.

Cependant d'autres faits contraires ont été récemment enregistrés. L'un d'eux a été recueilli en 1877 à l'hôpital Saint-Antoine, dans le service M. Dujardin-Beaumetz ^ L'examen histologique de la membrane en forme de sac trouvée dans la vessie d'une vieille femme fut pratiqué par M. le D"" Dubar, aujourd'hui professeur à la Faculté de Lille, et lui permit de conclure qu'il ne s'agissait pas d'une fausse membrane mais bien de la muqueuse vésicale elle-même qui s'était détachée des tuniques sous-jacentes.

Depuis, d'autres faits du même ordre ont été recueillis en nombre assez considérable en France, en Angleterre et sur-

1. Henry Lee. Exfoliation of the mucous membrane of the bladder, Trans. of Ihc pathol. soc. of Lond. vol. XV, p. 136, 1864.

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