‹ Leçons cliniques sur les lunettes, et les états pathologiques consécutifs à leur usage irrational ... Première et deuxiême partiesChapitre 6 sur 9 · EN APPARENCE · texte numérisé non relu

EN APPARENCE

§ XXXV. Des opacités de la cornée.

Les cicatrices de h cornée ne sont pas une cause absolue de myopie. Quand elles sont légères , elles peuvent quelque- “ fois exister sur des personn»is presbytes, ou môme affectées d’amblyopie presbytique , sans produire d’autre effet qu’une gêne ou un certain degré de trouble de la vision. Néanmoins , dans la plupart des cas, elles déterminent une myopie, soit apparente, soit réelle, sur les presbytes, et augmentent la myopie déjà existante. On conçoit que la diminution de la transparence de la cornée, en privant les objets de la netteté de leurs contours, puisse forcer insensible-

ment à les rapprocher des yeux et faire naître au bout d’un< certain temps une espèce de myopie acquise. A plus forte raison la myopie déjà existante doit-elle augmenter par la présence des cicatrices cornéennes des deux yeux. Cet effet survenant avec lenteur, les malades d’ordinaire ne demandent de conseils que lorsqu’il est déjà arrivé à un degré très-avancé. Lorsqu’un œil est le siège de l’opacité, le résultat diffère notablement. Nous en parlerons en traitant de l’inégalité des deux yeux.

Quant aux opacités cornéennes qui atteignent les deux yeux à la fois, pour éviter l’accident que nous venons de signaler , il importe de combattre non-seulement la diminution de la transparence normale par les topiques appropriés que tout ophlhalmologiste doit connaître, mais encore de prémunir les malades contre la tendance qu’ils ont d’approcher les objets. On leur recommandera de les éloigner le plus possible, d’interrompre très-fréquemment leur tra-^ vail,afin de porter la vuesur de grands objets distants, et, dans leurs promenades, de se conformer assidûment à la dernière partie de ce même précepte. La marche à suivre n’est pas différente quand lai myopie s’est déjà établie complètement ; mais il ne faut pas croire que ce soit toujours irrémédiable. La suspension temporaire de toute espèce de travail, l’exercice beaucoup plus assidu encore de la vision sur les objets placés dans l’éloignement, peuvent , si non ramener l’organe à son état primitif, au moins diminuer notablement la myopie. L’usage des verres concaves, au contraire, accélère singulièrement les progrès du mal. Il faut donc s’en abstenir avec le plus grand soin, tant qu’on ne croit pas la myopie incurable, déûnilive ; et même quand il en est ainsi, il faut s’efforcer de maintenir le malade à l’usage des numéros les plus élevés, et encore ne permettre de s’en servir que dans les circonstances les plus urgentes.

Ici les verres convexes, absolument comme lorsqu’il n’existe point de taies, ne peuvent être utiles que dans les cas de myopie acquise, incomplète, qui succède à la presbytie, et dans ceux d’amblyopie presbytique congénitale simulant la myopie. 11 en est de même dans certaines amblyopies uni-oculaires semblables, dont nous aurons occasion de parler en traitant de l’inégalité des yeux.

- En dehors des cas que nous venons d’indiquer, les verres convexes ne produiront que des effets palliatifs et passagers, en agissant comme verres grossissants. Ils ne donneront une netteté plus grande à la vue qu’au moment de leur emploi ; amélioration trompeuse qui ne laisse après elle qu’une myopie et un affaiblissement visuel plus marqués.

Un opticien ambulant, charlatan des plus éhontés , fît grand bruit, il y a quelques années, à Paris, à Bruxelles et ailleurs. Il prétendait aussi guérir la myopie et les taies par l’usage des lunettes On comprend d’avance qu’il n’obtenait quelques succès que lorsque, dans son empirisme grossier, il rencontrait par hasard les cas dont nous venons de parler. Dans tous les autres il échouait complètement. Une fois, entre autres, qu’il affirmait avoir guéri par ce moyen des taies et la myopie , l’affaire fut portée devant le tribunal de commerce. Le malade ayant fait appelé mon témoignage, je me suis vu forcé de certifier la non-guérison. Le public, malheureusement, el même les gens de l’art se laissent trop souvent éblouir par de pareilles supercheries et par l’aplomb incroyable des individus de cette trempe.

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