Indications aux eaux de Contrexéville. Paris
et les névroses que ne connaissaient pas nos pères. Loin de nier le fait, tout en admettant au contraire comme très probable que la proportion d'individus de bonne santé et de constitution solidè soit plus faible maintenant qu'autrefois, je crois cependant qu'il existe encore une autre cause de ce que l'on employait autrefois les eaux minérales en plus grande quantité : c'est que le temps des malades qui venaient aux eaux était toujours plus ou moins mesuré, et les médecins, désireux d'obtenir plus rapidement l'effet voulu, ordonnaient les eaux minérales à fortes doses. Maintenant, lorsque l'on emploie les eaux, le plus souvent tout en restant chez soi, cette nécessité de mesurer le temps et, par conséquent de se hâter, se trouve supprimée. 11 est évident que les progrès du diagnostic^ de la pathologie en général et de la thérapeutique ne sont pas non plus restés sans influence sur cette tendance à diminuer les doses d'eaux minérales ordonnées à l'usage interne.
Toutefois la routine qui règle encore la manière de boire les eaux, en été, auprès des sources, diffère, jusqu'à présent, considérablement de la manière dont on les emploie pendant les autres saisons, et conserve, jusqu'à ce jour, beaucoup d'anciens procédés. Ordinairement on boit les eaux le matin, de bonne heure, tant qu'il ne fait pas encore chaud et que, par conséquent, la promenade prolongée que l'on ordonne pendant la cure est moins fatigante, on boit à jeun, moins que jadis, mais toujours plus qu'on ne boit lorsque les eaux sont ordonnées en toute autre saison qu'en été et à l'endroit habité par le malade. Souvent cette routine donne
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cV excellents résultats. Figurez- vous un habitant de la ville, de forte constitution, habitué à se lever tard et, par conséquent, à se coucher tard aussi, un homme qui pèche au point de vue du régime, mène une vie purement intellectuelle, ne fait presque pas de mouvements et ne sort presque pas ; figurez-vous cet habitant de ville transporté aux eaux et contraint à y vivre tout autrement : il se lève de bonne heure et, par conséquent, se couche de bonne heure aussi, il observe un régime réguher, reste beaucoup à l'air Kbre, fait beaucoup de mouvements, se repose de son travail mental et souvent aussi d'une foule de perpétuelles impressions désagréables quittées à l'endroit de sa résidence, enfin il boit réguHèrement les eaux ordonnées et prend ordinairement encore des bains. Il est certain que dans ces cas les résultats obtenus sont excellents.
Mais malheureusement il n'en est pas toujours ainsi. La routine^ qui a toujours quelques bons éléments, — ceux qui l'ont créée, — reste tout de même de la routine, c'est-à-dire fait quelquefois du bien, quelquefois du mal. Je ne parle pas de ces cas, lorsque le médecin insiste sans raison sur un traitement aux eaux, sans individuabser le cas, sans peser toutes ses particularités, prescrit le voyage non pas à la personne qui le réaHsera facilement et en retirera des effets utiles, mais au malade ou à la malade, pour lesquels il sera pénible de se séparer des personnes qui leur sont chères, de leur milieu habituel et commode, et dont les moyens ne permettent guère ce voyage aux eaux. Sans parler de ces cas de malades envoyés aux eaux sans raison et sans
utilité, je ne ferai que vous démontrer que la routine mentionnée n'est pas applicable non jîIus dans beaucoup de cas, où un voyage aux eaux serait parfaitement indiqué et possible. En voici un qui est authentique. Une femme, quelque peu épuisée et anémique, frileuse, nerveuse, dormant mal, arrive aux eaux et commence, conformément aux prescriptions du médecin de la station, le traitement et la manière de vivre sanctionnés parla routine, et dont nous venons de parler. Le soir elle met du temps à s'endormir et ne dort bien que vers le matin. On la fait lever pour aller boire son eau, faire sa promenade et écouter la musique inévitable Elle y va, encore à moitié endormie, finit bientôt par avoir froid par cette matinée fraîche, éprouve une faim intense, se fatigue et se voit obligée, dans cet état, — atfamée, transie de froid et fatiguée, — de boire une eau froide et de marcher longuement. La santé s'altérait naturellement de plus en plus, et l'eau n'y portait pas remède. La malade s'adressa alors à un de mes anciens élèves qui se trouvait aux mêmes eaux et connaissait, d'après ma clinique, l'emploi des eaux minérales. Il conseilla avant tout de dormir le matin, tant que la malade en éprouvera le besoin, de ne pas interrompre son sommeil, de boire l'eau non pas à jeun, mais après le café du matin, avant le déjeuner et avant le dîner, et en quantité moindre ; de rester de préférence dehors, mais de marcher autant que les forces le permettent, surtout de ne pas marcher jusqu'à en éprouver de la fatigue. L'aiïaire j^rit une meilleure tournure.
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J'ai mentionné les voyages aux eaux pour vous faire connaître, tant soit peu, cette mesure médicale, pour présenter des exemples, où elle est applicable et où elle ne Test pas, enfin pour vous éviter le danger de tomber dans la routine, pour vous montrer la nécessité, par rapport à cette mesure, comme à toute autre, d'individualiser, de modifier la manière routinière de boire l'eau et de vivre suivant les particularités du cas donné. Je ne puis pas m'arréter plus longtemps à ce sujet, d'autant plus que chacun de vous aura beaucoup plus souvent l'occasion d'ordonner aux malades l'usage d'eau minérale dans les endroits de leur résidence habituelle, que de les envoyer aux sources.
Je m'occuperai maintenant des réponses aux questions, — combien d'eau il faut prendre par jour, pendant combien de temps et à quels moments de la journée.
Comme je l'ai déjà dit plus haut, on prescrit maintenant les eaux minérales généralement en quantité moins considérable qu'autrefois, mais la manière de les prescrire est très différente dans les différentes stations, et quelquefois dans la même station, entre les mains de différents médecins ; de sorte que, n'ayant pas la possibilité de vous indiquer quelque chose de stable et d'universellement admis, je ne vous parlerai que de la manière que j'ai adoptée d'employer les eaux minérales, en me basant sur mon expérience personnelle, établie, comme je l'ai dit déjà, depuis de longues années.
La détennination de la quantité d'eau à prendre par jour dépend naturellement du but dans lequel l'eau est
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prescrite et, par conséquent, des propriétés de l'eau choisie à cet effet. Tout en ne dépassant pas les limites de l'action des eaux que nous avons choisies à titre de comparaison, on peut signaler les buts principaux suivants que l'on est appelé à poursuivre le plus souvent :
1° Il s'agit d'agir directement sur la muqueuse de l'estomac et de la partie supérieure des intestins, ou bien, en outre, — par suite de la résorption de l'eau minérale et de sa pénétration dans le sang, — encore sur la muqueuse des voies biliaires, urinaires et respiratoires, sur les calculs biliaires et le sable rénal, — en supposant une défécation normale.
Dans ces cas il faut ordinairement ordonner les eaux d'EmSj d'Obcrsalzbrunn, de Vichy et d'Essentouki pour les adultes, — à raison de 2 à 6 doses par jour (la dose ordinaire est d'un 1/2 verre, c'est-à-dire de 120 gr., ou bien de 3/4 de verre, c'est-à-dire de 180 gr. mais alors on ne dépasse pas 4 doses par jour) ; aux personnes faibles, épuisées, on prescrit l'eau d'Ems ou d'Obcrsalzbrunn à la dose de 2 ou 3 demi-verres ; aux personnes fortes, avec bon état de nutrition, l'eau de Vichy ou d'Essentouki, de 3 à 6 demi-verres. Quand il y a disposition à la diarrhée, je fais répéter les doses moins souvent et j'ordonne, bien entendu, une source chaude ou bien une eau convenablement réchauffée. Quand il existe déjà de la diarrhée persistante, je ne prescris que de l'eau d'Ems, à doses moins fréquentes et quelquefois moitié moins grandes, d'un 1/4 de verre, c'est-à-dire de 60 gr. , en faisant chauffer l'eau davantage. Quand il y a disposition à la constipation, j'em-
ploie les sources d'Essentouki en augmentant le nombre des doses. Mais quand le malade, disposé aux constipations, est épuisé, affaibli et souffre de douleurs, qui exigent une eau chaude (douleurs stomacales et colique hépatique), j'ordonne l'eau d'Ems, chaude, un petit nombre de doses (par exemple 3 ou 4 demi-verres) et en même temps des lavements évacuants. J'ajouterai que dans les cas dont je parle, aussi bien que dans ceux dont il sera question plus loin, on pourra généralement prescrire des quantités d'eau plus fortes en été que pendant la saison froide, parce que le mouvement à l'air libre fait que les eaux minérales sont mieux supportées par l'organisme ; or, en été, avec des habits légers, ce mouvement est plus facile à réaliser qu'en hiver, avec une pelisse. Il serait même risqué en hiver, surtout quand on boit une eau chaude ; dans ce cas il ne faudrait pas sortir aux heures du traitement, mais marcher dans la chambre. Pour ce qui concerne la prescription de mouvements, à l'air ou dans la chambre, pendant l'usage d'eaux minérales, il faut, là encore, comme vous le voyez de ce qui vient d'être dit et d'après les exemples cités plus haut, individualiser, c'est-à-dire tenir compte de la saison, du temps qu'il fait, de la quantité d'eau ordonnée, des forces du malade et, naturellement, du plan général du traitement.
2° Il s'agit d'atteindre les mêmes buts que dans la catégorie précédente, mais chez des malades ayant de la constipation persistante, ou bien de la constipation qui alterne, de temps en temps, avec une courte diarrhée ; il s'agirait donc, chez ces malades, d'obtenir une
évacuation régulière des intestins, mais d'éviter une forte action purgative qui serait susceptible de s'opposer au Lut principal (à la résorption de l'eau minérale et à sa pénétration dans le sang, où elle, poursuivrait son action sur l'organisme). Dans ces cas, je prescris ou bien (comme dans la disposition à la constipation) l'eau d'Essentouki, en augmentant le nombre des doses (jusqu'à 6 demi-verres), quelquefois avec un supplément d'eau amère, ou bien, si de fortes douleurs (douleurs stomacales ou colique hépatique) réclament en même temps une eau à température élevée et même très chaude, — l'eau de Carlsbad, — en hiver de 3 à 4 demiverres (au besoin avec du sel de Carlsbad), en été par doses de 3/4 de verre, de 4 à 6 fois'par jour, en y ajoutant, au besoin, aussi du sel de Carlsbad. Comme nous l'avons dit plus haut, on peut, dans ces cas, souvent remplacer Teau de Carlsbad par l'eau d'Essentouki réchaulTée, en y joignant une eau amère.
3° Enfin il s'agit d'obtenir non seulement une évacuation des intestins, mais un effet franchement purgatif pendant un certain temps, par exemple pendant plusieurs semaines. Dans ces cas, je prescris l'eau de Marienbad, ou de Kissingen, ou bien celle d'Essentouki (avec de l'eau amère), par doses de 3/4 de verre, de 3 à 6 fois par jour (en tenant compte de l'effet voulu et obtenu) et, d'ordinaire, en été seulement. En hiver, et pendant les saisons froides en général, l'usage d'aussi fortes quantités d'eau minérale, exigeant nécessairement beaucoup de mouvement, ou, du moins, un séjour prolongé à l'air libre, est incommode et risqué. En ce cas on peut
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obtenir, quoique plus lentement, le but mentionné, en prescrivant simultanément l'eau d'Essentouki et quelque eau amère, — en tout environ 4 demi-verres par jour, en donnant tantôt un peu plus de l'une, tantôt un peu plus de l'autre, suivant l'effet que l'on obtient et que l'on veut obtenir.
Combien de temps faut-il faire boire l'eau prescrite (durée de la « cure ») ? Jusqu'au moment, bien entendu, où l'effet désiré sera obtenu ; mais ordinairement je ne fais pas continuer le traitement par les eaux minérales plus de six semaines de suite. Lorsque les eaux sont ordonnées dans les cas de catarrhes récents (de l'estomac et des intestins, des voies biliaires, urinaires et respiratoires), cet espace de temps ou même un traitement plus court (5, 4 et même 3 semaines) est généralement suffisant ; de même que dans les cas où les eaux sont ordonnées pour obtenir une purgation continue. Mais là où elles sont prescrites contre un catarrhe chronique, les calculs biliaires, le sable rénal et la goutte, une cure de six semaines est souvent insuffisante; malgré cela, au bout de six semaines, et quelquefois même plus tôt, je fais ordinairement interrompre pour quelque temps l'usage de l'eau ordonnée, pour cette double raison : 1° Tusag-e de l'eau minérale plus prolongé et sans interruption peut troubler la digestion (on voit apparaître des symptômes dyspeptiques) et la nutrition (les malades maigrissent et pâlissent) ; 2" comme l'action de l'eau continue à se produire pendant quelque temps après la suppression de son usage, il faut, dans ces cas, comme nous venons de le dire, au bout de six semaines, et même
plus tôt, faire cesser cet usage, attendre que le résultat obtenu se soit clairement manifesté, et puis reprendre le traitement par l'eau après une interruption plus ou moins longue, en tenant compte de cette interruption, ainsi que de l'état dans lequel se trouvent la digestion et la nutrition du malade.
La distribution de la quantité cCeau ordonnée dam le courant de la journée est déterminée par le but que l'on se pose. Si l'eau est ordonnée pour agir sur la muqueuse de l'estomac et des intestins, mais aussi pour qu'elle soit résorbée, pour qu'elle passe dans le sang et puisse produire son. action ultérieure, la quantité prescrite doit être répartie sur toute la journée, par exemple en en faisant boire avant le thé ou le café du matin, avant le déjeuner de midi et avant le dîner (à 6 heures du soir environ ; il vaut mieux ne pas donner l'eau plus tard dans la soirée, parce qu'elle pourrait troubler le sommeil). Mais si l'eau est ordonnée pour obtenir une action purgative, toutes les doses prescrites doivent être bues, à 15-20 minutes d'intervalle, dans la matinée, à jeun, ce qui est commode en été (puisque, en même temps, il faut faire de l'exercice) et chez les personnes fortes, de constitution solide ; dans les cas contraires, il faut faire boire la moitié des doses avant le thé ou le café du matin, et l'autre avant le repas du milieu du jour.
11 faut boire l'eau minérale toujours à la condition que l'estomac soit vide (la dernière dose doit être séparée du repas au moins par un intervalle d'une heure), parce que alors l'action de l'eau sur la muqueuse stomacale et intestinale, sa résorption, ainsi que son action purga-
tive se réalisent clans les meilleures conditions, sans entrave du côté du contenu de l'estomac. L'eau minérale (alcaline) bue bientôt après le repas n'exerce qu'une action palliative sur les symptômes dyspeptiques (diminution du pyrosis, des renvois et de la sensation de pesanteur à l'épigastre), tandis que son action principale et radicale, comme nous l'avons dit déjà, est rendue plus difficile dans ces conditions et pourrait même être complètement paralysée. L'habitude qu'ont certaines personnes de boire des eaux minérales pendant les repas (ordinairement l'eau de Yichy ou d'autres eaux alcalines dans les cas de sable rénal et de goutte) doit être absolument proscrite : malgré l'usage continu de ces eaux la goutte reste goutte et les accès de colique rénale vont leur train, tandis que la digestion et la nutrition souffrent à la suite de l'introduction continue d'eau minérale dans l'organisme ; d'ailleurs l'usage régulier d'eau minérale, sous forme de cure médicale, ne donne pas d'aussi bons résultats chez ces malades, que chez ceux qui ne sont pas habitués à l'usage continu d'eau minérale. Chez les personnes qui souffrent de goutte et de sable rénal, l'emploi prolongé d'eaux alcalines, avec intervalles, en petites quantités quotidiennes et de la manière habituelle, c'est-à-dire, l'estomac étant vide, est incontestablement préférable à la pratique mentionnée qui consiste à les boire pendant les repas d'une manière continue. L'habitude si répandue à notre époque d'employer les eaux alcalines comme boisson ordinaire est également nuisible et pour les mêmes raisons.
D'après de nombreux passages de tout ce qui a été
dit sur remploi à l iiitérieur des eaux minérales vous voyez déjà quand se trouve indiquée l'eau froide et quand l'eau chaude. Maintenant il s'agit de déterminer plus exactement la température de l'eau employée. Par froide, nous entendons une eau dont la température n'est pas inférieure à celle qui est facilement supportée par l'estomac, ordinairement pas au-dessous de la température de l'appartement en hiver, c'est-à-dire autour de 14" R. A cette température (quelquefois un peu plus élevée), on fait boire les eaux minérales pour obtenir des efîets purgatifs, — du nombre de celles que nous avons passées en revue — les eaux de Marienbad, de Franzensbad, de Kissing en et d'Essentouki. Les eaux alcalines que l'on prescrit pour agir sur la muqueuse stomacale et intestinale, tout en comptant sur leur résorption, sont présentées, aux personnes constipées, à la tempéture de 18 à 20° R., aux personnes disposées aux diarrhées — à la température de lait fraîchement trait, c'està-dire à 25-27° R., et dans les cas de diarrhée prononcée, de fortes douleurs g-astriques et intestinales ainsi que dans la colique hépathique, — à une température plus élevée encore.
Le régime alimentaire, pendant l'usage d'eaux minérales, doit être ordonné, premièrement, tel qu'il est exigé par l'état du malade ; en second lieu, il faut proscrire les aliments trop acides (par exemple, les plats au vinaigre, le citron), les concombres, les champignons, les baies, les fruits, pour éviter la diarrhée qu'ils pourraient provoquer, souvent très forte, accompagnée de violentes douleurs intestinales et tellement opiniâtre que
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l'on se trouve non seulement forcé d'interrompre le traitement, mais de le supprimer même pour longtemps, attendu que la diarrhée recommence aussitôt que l'on reprend l'usage de l'eau minérale. Les baies mûres et sucrées sont quelquefois supportées malgré l'emploi simultané d'eau minérale ; mais c'est toujours risqué, parce que au nombre des baies mûres peuvent se trouver quelques-unes qui seront insuffisamment mûres et acides.
Les contre-indications à l'usage d'eaux minérales, à l'époque actuelle, où l'on voit employer les eaux minérales en quantités modérées, moins grandes qu'autrefois, ne sont fournies que par les troubles graves de la circulation, de l'hématose et de la nutrition, les états de cachexie et de marasme. 11 arrive quelquefois que « l'on craint » d'ordonner les eaux minérales à des personnes épuisées et anémiques, comme notre malade par exemple, ou, plus souvent encore, comme les femmes épuisées par des accouchements et des maladies des organes génitaux ; on craint de le faire, à cause de cette anémie et cet épuisement, et Ton espère atteindre le but en prescrivant une alimentation plus énergique, du fer et de l'arsenic, au lieu de commencer par remettre en bon état leur estomac. Les essais de ce genre, — quand il s'agit, je le répète, d'un catarrhe d'estomac incontestable, — ne réussissent pas : les aliments (( nourrissants » ne nourrissent pas le malade, parce qu'ils ne sont pas digérés, et si l'on les fait ingérer en quantité excessive (par ordre du médecin, — ce qui constitue « l'alimentation forcée»), en y joignant le fer et l'arsenic, ils augmentent encore
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les troubles de la digestion et ne font qu'empirer, par conséquent, l'état général. Au contraire, en réglant strictement l'hygiène, surtout le régime et l'activité du malade (c'est-à-dire en défendant toute fatigue) et en prescrivant le massage général, on peut, môme dans des cas pareils, par l'usage modéré de légères eaux minérales et des substances amères, rétablir assez rapidement les fonctions de l'estomac dans une mesure suffisante pour rendre possible l'amélioration ultérieure de l'état général et indirectement celle des fonctions digestives. Notre malade peut en servir d'exemple,
La dyspepsie nerveuse n'est, certainement, pas une contre-indication à l'emploi des eaux minérales, lorsque, à côté d'elle, il existe d'autres états morbides qui indiquent leur usage, comme, par exemple le catarrhe de l'estomac, les calculs biliaires, le sable rénal, la goutte, etc., mais dans les cas où ces indications font défaut, il serait erronné de prescrire des eaux minérales, uniquement pour traiter la dyspepsie nerveuse. Quant au traitement de cet état morbide, si fréquent et si important, il en sera question plus tard, quand nous examinerons des malades qui en sont atteints.
Etat du malade le 18 octobre 1889. — Le malade reçoit la même nourriture. Son état est aussi bon qu'il y a 5 jours, lorsque nous l'avons vu pour la dernière fois. Pendant ces 5 jours, son poids a encore augmenté de 400 gr. (il pèse 39 Idl. 600 gr. ; augmentation de 3 kil. 200 gr. depuis l'entrée). De tous les symp-
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tômcs morbides d'autrefois il ne reste que les anciennes douleurs dans le rein gauche pendant les mouvements, la maigreur et la faiblesse du corps ; mais ces trois symtômes s'améliorent aussi progressivement.
Qu'allons-nous faire à l'avenir ? Ayant terminé l'étude du cas présent et du plan de son traitement, ayant amené le malade à un état de santé très satisfaisant, nous devons passera l'examen d'autres malades ; c'est pourquoi, vu l'impossibilité de revoir notre malade aussi souvent qu'autrefois, il nous faut arrêter le plan du traitement futur pour une époque plus longue, ce qui nous est du reste plus possible qu'autrefois, maintenant que notre traitement se trouve justifié par les résultats obtenus.
Voici déjà cinq semaines que le malade boit de l'eau d'Ems-Kesselbrunnen. Malgré l'absence complète de symptômes dyspeptiques il sera plus prudent de ne pas supprimer de suite l'usage de cette eau, mais de la continuer encore pendant huit jours : 1° parce que le catarrhe de l'estomac datait de longtemps ; 2" parce que des symptômes dyspeptiques font défaut en présence d'une nourriture légère, employée avec beaucoup de prudence (peu à la fois et souvent), tandis que plus tard ce malade sera forcé de reprendre sa nourriture habituelle, plus grossière, et 3" pour satisfaire autant que possible, aux indications rénales (sable oxalique).
Pendant huit jours aussi, nous allons continuer, en diminuant progressivement la dose, les gouttes de coto, pour les mêmes raisons, c'est-à-dire pour rendre durable le résultat obtenu, la suppression de la diarrhée.
Quant aux amers (l'écorce de condurango et la tein*
ture de noiv vomiquc) nous les continuerons longtemps, très probablement jusqu'au moment où le malade quittera la clinique, parce que l'expérience a démontré l'utilité de leur emploi prolong-é après un Qatarrhe gastrointestinal aussi ancien et aussi opiniâtre, surtout chez des malades épuisés, et, en second lieu, parce qu'il faudra que le malade passe à une nourriture plus grossière.
Les bains, qui continuent à bien agir sur le malade, ne seront ordonnés que rarement, en vue des promenades à l'air libre que le malade sera obligé de faire.
Le massage sera continué jusqu'au moment où le malade se sentira assez fort pour pouvoir marcher et faire des mouvements en général, à un degré suffisant pour la santé.
Les douleurs dans la région du rein gauche, dépendent, comme nous l'avons expliqué, en partie du sable rénal, en partie du déplacement de l'organe. Hier l'ancienne bande abdominale a été remplacée par un bandage rénal et, à en juger par l'amélioration considérable des douleurs pendant les mouvements par suite de l'application de ce bandage, on peut espérer qu'elles finiront par disparaître.
Que faut-il faire encore pour améliorer la nutrition et l'état des forces corporelles du malade ?
Quant aux remèdes engraissants il faut y renoncer : il est inutile de penser au koumys dans la saison actuelle et à l'hôpital ; du reste les symptômes dyspeptiques et la diarrhée ne font que disparaître, et il serait assez risqué d'ordomier en ce moment le koumys, le kéfir
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et riiiiile de foie de morue. Nous devons nous contenter d'une prescription rationnelle quant à la nourriture.
Pour les mômes raisons il serait risqué d'ordonner l'arsenic et aussi, — quoique à un degré moindre, — le fer.
Du reste l'appétit de notre malade est si bon, son poids augmente avec une telle rapidité, qu'il n'est pas nécessaire d'avoir recours à ces remèdes.
Après avoir terminé l'usag-e de l'eau d'Ems on pourra penser à ordonner du nitrate d'argent, en vue de la faiblesse considérable de l'appareil neuro-musculaire du malade, ainsi que en vue du catarrhe intestinal à peine disparu, dans le but de rendre plus durable le bon état dans lequel l'intestin se trouve à cette heure.
Jusqu'à présent nous n'avons pas encore ordonné à notre malade les promenades à l'air libre, quoique celles-ci, étant donné l'état de ses forces, seraient déjà réalisables dans une certaine mesure, mais certainement très restreinte ; nous ne les avons pas ordonnées, à cause du temps extrêmement défavorable, — humide, froid, venteux. Il serait utile pour le malade qu'il put passer l'hiver dans le midi, dans un climat chaud, où il y aurait possibilité de rester longtemps à l'air, de rester assis ou de marcher, avec des intervalles de repos, habillé de vêtements légers, ne fatiguant pas un malade faible, — ce qui avancerait rapidement l'améhoration de sa nutrition, de ses forces et, par conséquent, aussi de sa constitution (croissance). Conseiller à no tre malade de se transporter dans un pays à climat chaud serait une ironie cruelle, étant donné sa position mo-
deste, presque misérable ; mais, comme professeur de clinique, je suis obligé de signaler les indications d'une thérapeutique cliniatologique, dont vous pourrez vous servir en d'autres cas.