‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 10 sur 156 · DE L’OSTÉOMYÉLITE TRAUMATIQUE PROLONGÉE · texte numérisé non relu

DE L’OSTÉOMYÉLITE TRAUMATIQUE PROLONGÉE

A côté de l’ostéomyélite succédant immédiatement au traumatisme, il est une forme se montrant quelquefois longtemps après, et méritant le nom d’ostéomyélite traumatique prolongée. — Analogie avec l’ostéomyélite prolongée, suite de l’ostéite de développement. — Indications opératoires.

Le malade que je vais opérer aujourd’hui devant vous est un homme de quarante-six ans, entré à F Hôtel-Dieu pour les suites éloignées d’un traumatisme qui remonte à quatorze ans déjà. Il nous raconte, en effet, qu’en 1875, il a eu la jambe broyée par une barrique de vin qu’il descendait à la cave. Il eut à ce moment une fracture compliquée de plaie, pour laquelle il resta pendant deux mois en traitement à l’hôpital de Reims. Rien que le foyer de la fracture ait suppuré, il guérit de la façon la plus heureuse, et sans raccourcissement. Après un mois de convalescence, il était capable de reprendre son travail comme menuisier.

Pendant six ans, cet homme n’éprouva dans le membre blessé aucune douleur; mais, au bout de ce temps, du gonflement et de la rougeur se montrèrent au niveau de la fracture ancienne. Un médecin pratiqua en ce point une incision qui donna issue à du pus sans esquilles. Les mêmes accidents se reproduisirent quatre fois dans un intervalle de quatre ans; et à chaque fois, une incision nouvelle était pratiquée; il s’en écoulait du

Kirmisson. — Leçons. 3

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pus, sans qu’il y ait jamais eu d’élimination de fragments osseux.

Enfin, en 1884, le Dr Guelliot (de Reims), appelé auprès du malade, l’endormit, et, soit avec la gouge, soit à l’aide de la trépanation, il enleva plusieurs petits fragments d’os nécrosé. A partir de ce moment, il ne se forma plus d’abcès; mais dans les premiers mois de 1888, de la douleur et du gonflement se manifestèrent à la partie supérieure de cette même jambe. Consulté de nouveau, M. Guelliot ordonna l’application de cataplasmes et l’iodure de potassium à la dose de trois cuillerées par jour, se réservant d’intervenir si l’état s’aggravait. Les douleurs et le gonflement disparurent. Sur ces entrefaites, le malade quitta Reims pour venir à Paris. Depuis le mois d’avril jusqu’en décembre 1888, il demeura bien portant. Mais, à ce moment, il se produisit un gonflement du membre, qui cependant permettait au malade de continuer son travail. Vers le 6 janvier 1889, les douleurs devinrent assez vives pour nécessiter un repos absolu ; et bientôt, aucune amélioration ne se produisant dans son état, le malade se décida à entrer à l’Hôtel-Dieu, où il fut admis le 1 1 janvier.

Lorsque nous l’examinons actuellement, nous constatons que la jambe droite, dans son tiers inférieur, présente, au côté interne, des cicatrices qui sont la trace de l’opération pratiquée par M. Guelliot. Au côté externe, il existe aussi des cicatrices qui sont le résultat du passage de drains. Dans ses deux tiers supérieurs, la face interne du tibia est le siège d’un gonflement manifeste. L’os est augmenté de volume dans tous ses diamètres. Mesurée au compas d’épaisseur, sa face interne présente, en haut, un diamètre transversal de 6 centimètres et demi, et de 6 centimètres à sa partie moyenne. Sa largeur est

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