ABCÈS DU TIBIA
d’an centimètre au moins plus considérable que celle de l’os du côté opppsé.
Le malade accuse des douleurs dans toute la moitié supérieure du tibia, douleurs affectant le caractère d’élancements, et survenant sans cause appréciable, surtout pendant la soirée. La pression est douloureuse dans toute cette moitié supérieure de l’os; mais, au milieu de cette sensibilité diffuse, un examen soigneux permet de reconnaître deux points très circonscrits, qui sont particulièrement douloureux : l’un d’eux siège au niveau de la partie moyenne de l’os ; l’autre, à cinq travers de doigt plus haut. C’est avec la pulpe du doigt, ou avec l’extrémité d’un crayon qu’il convient de rechercher ces deux points douloureux qui, je le répète, sont extrêmement circonscrits. La percussion de l’os pratiquée dans les mêmes points réveille une très vive douleur. Enfin, dans toute cette zone douloureuse, il existe une élévation locale de la température, très appréciable à la main, et que le thermomètre nous a permis de vérifier. En effet, nous avons trouvé, en nous servant d’un thermomètre à températures locales, 32°, 8 pour la zone douloureuse, tandis que, pour les points correspondants du côté opposé, la température ne dépasse pas 31°, 2. Il n’existe rien de particulier à noter du côté du péroné, rien dans les articulations du genou et du pied. Tous les mouvements de la jambe sont possibles; mais le malade nous dit qu’il serait dans l’impossibilité de marcher pendant longtemps.
Soumis à l’immobilisation et à la compression ouatée pendant quinze jours, le malade a présenté tout d’abord un semblant d’amélioration. Mais hier, en enlevant l’appareil, nous avons constaté que, loin de diminuer, le gonflement a augmenté; de l’œdème s’est montré au
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niveau de la moitié supérieure du tibia. Les douleurs revêlant la forme d’élancements sont plus fortes que jamais. Dans ces conditions, l’intervention s’impose comme une absolue nécessité.
Je ne m’arrêterai pas longtemps à discuter le diagnostic. Les douleurs elle gonflement existant au niveau du tibia dénotent manifestement l’ostéite; mais j’ai eu soin de vous faire observer qu’au milieu de cette zone douloureuse, il existait deux points très circonscrits, au niveau desquels la pression et la percussion de l’os réveillaient une sensibilité toute spéciale. L’élévation de la température locale dans ces mêmes points, la douleur revêlant la forme d’élancements, l’œdème qui s’y joint, sont autant de symptômes qui révèlent chez notre malade l’existence d'abcès intra-osseux, que je me propose d’ouvrir par la trépanation.
Décrits en France, dès 1764, par David (de Rouen), les abcès des os ont été surtout étudiés, en 1832, par sir B. Brodie, dont les travaux ont été vulgarisés en France par Broca. Mais pendant longtemps leur pathogénie est restée fort obscure. Aujourd’hui nous savons qu’ils sont le plus souvent liés à l’ostéomyélite de développement, et plus particulièrement à cette forme que nous avons décrite sous le nom d’ostéomyélite prolongée. Déjà je vous ai cité trois abcès de cette espèce, siégeant au niveau de l’extrémité supérieure du tibia, et ouverts par moi au moyen de la trépanation, dont deux en 1887 à l’hôpital Necker, et un à Saint-Antoine en 1881.
Outre les abcès des os liés à l’ostéite de développement qui constituent l’immense majorité des faits, il existe aussi des abcès intra-osseux qui sont dus à la tuberculose. Nous en avons recueilli l’année dernière un bel exemple sur un jeune garçon de quinze ans, à l’hô-