DU REDRESSEMENT BRUSQUE
lages relatifs à cette opération qui paraissaient tout à fait démonstratifs. Moi-même j’ai eu plusieursfois recours au redressement brusque sous le chloroforme dans le traitement du pied bot, et j’en ai retiré les meilleurs résultats. Je vous citerai entre autres le fait d’un malade que j’ai opéré par ce procédé, en 1883, à l’hôpital Saint- Louis. C’était un jeune homme de vingt-deux ans, atteint d’un pied bot varus équin congénital. Après avoir pratiqué chez lui la ténotomie du tendon d’Achille, j’ai opéré le redressement brusque sous le chloroforme. Des craquements nombreux perçus pendant les manipulations forcées ont indiqué la rupture de brides ligamenteuses multiples. Le membre fut immobilisé dans un appareil plâtré; il n’y eut aucun accident, et le malade guéritavec une restitution satisfaisante de la forme et des fonctions. J’ai encore pratiqué cette opération en 1885, à l’hôpital Necker, sur une jeune fille atteinte de pied bot paralytique; mais dans ce cas, comme la plupart des muscles étaient frappés de paralysie, il fallut, pour que la marche fût possible, fournir à cette malade un appareil prothétique. Plus tard, en 1888, j’ai pratiqué la même opération chez un jeune garçon de sept ans, atteint d’un double pied bot varus équin congénital. Dans ce dernier cas, il fallut, pour obtenir le redressement, sectionner les aponévroses plantaires, après le tendon d’Achille.
Actuellement encore vous pouvez voir dans notre service un petit malade chez lequel le redressement brusque allié à la ténotomie a pleinement réussi. C’est un jeune enfant de quatre ans et demi atteint d’un double pied bot varus équin congénital. A l’âge de onze mois, il a subi la ténotomie des tendons d’Achille; à la suite de cette opération, il a été traité par le massage, et il a porté continuellement un appareil, nous dit sa mère. Néanmoins,
Kirmisson. — Leçons. 30
DU PIED BOT
au moment où il nous a été présenté, il était loin d’être guéri. Sans doute il y avait de l’amélioration; mais les pieds étaient encore fortement déviés en dedans, formant avec la jambe un angle obtus. Il y avait un faible degré d’équinisme; mais ce qui dominait, c’était la flexion existant sur le bord interne du pied, au niveau de l’articulation médio-tarsienne. Lorsqu’on cherchait à étendre le pied et à détruire l’enroulement, on sentait se tendre au côté interne du pied une bride fibreuse. La peau ne participait pas à la formation de cette bride ; elle était souple et mobile sur les parties profondes. La résistance tenait à la rétraction de l’aponévrose plantaire. Je fis donc, des deux côtés, la section du tendon d’Achille et celle de l’aponévrose plantaire, puis je procédai au redressement forcé des pieds, qui furent immobilisés dans deux gouttières plâtrées. Au bout de trois semaines, on commença à faire du massage. Le résultat de cette intervention a été des plus satisfaisants ; car, à l’heure actuelle, la difformité est complètement corrigée, et le petit malade appuie solidement sur la plante du pied.
A côté du redressement brusque viennent se placer les opérations sur les os, conseillées surtout depuis la vulgarisation de la méthode antiseptique.
En 1854, Solly, sur le conseil de Little, avait pratiqué l’extirpation du cuboïde; mais cette opération, qui d’ailleurs n’est pas toujours suffisante, n’a pas eu beaucoup de partisans. On lui préfère la tarsotomie cunéiforme, c’est-à-dire une section osseuse en forme de coin dont la base est tournée en dehors, et qui porte à la fois sur le cuboïde, sur le calcanéum et les cunéiformes. Dès 1866, Otto Weber (de Heidelberg) a pratiqué cette opération sur un malade dont l’observation est citée par