REDRESSEMENT IMMÉDIAT APRÈS LA TÉNOTOMIE
trois groupes les procédés suivis à la suite de la ténotomie : 1° La méthode lente, dans laquelle les deux bouts du tendon sont d’abord mis au contact pendant quelques jours; puis, quand la réunion a eu lieu, la cicatrice est lentement distendue. 2° La méthode rapide, dans laquelle un léger intervalle est laissé entre les bouts du tendon, et le pied placé, pendant une semaine, dans un appareil plâtré ; après quoi, le plâtre est réappliqué deux ou trois fois à intervalles d’environ huit jours, le pied étant placé, à chaque fois, dans une meilleure position. 3° La méthode immédiate, dans laquelle le pied est immédiatement fixé dans sa position normale au moyen d’un appareil plâtré, les deux bouts du tendon restant écartés l’un de l’autre par un intervalle plus ou moins considérable. L’auteur, chargé depuis près de six ans du service orthopédique à Saint-Bartbolomew’s Hospital, a d’abord employé la méthode lente; mais il lui est arrivé quelquefois, en levant l’appareil, de trouver le tendon déjà tellement solide qu’une nouvelle ténotomie est devenue nécessaire. 11 essaya donc la méthode rapide avec faible écartement des deux bouts du tendon ; il en eut de bons résultats, prit confiance, et peu à peu il en arriva à la méthode immédiate. Il s’en montre fort satisfait ; il a obtenu, dit-il, la formation d’un tissu cicatriciel entre les extrémités du tendon divisé, et un excellent redressement.
Pour ma part, j’ai toujours employé la méthode immédiate, faisant suivre le redressement brusque du port d’un appareil plâtré, qui maintient tout de suite le pied dans la position qu’il devra garder désormais. Je n’ai jamais eu à m’en repentir, bien au contraire; la petite plaie de la ténotomie se cicatrise sans complication d’aucune sorte, et le tissu cicatriciel ne fait pas non
DU PIED BOT
plus défaut entre les deux extrémités du tendon divisé et écartées l’une de l’autre; le redressement est beaucoup plus rapidement obtenu. A l’appui de cette pratique, je puis joindre encore le témoignage du Dr Moore (1) qui, à la suite d’une observation de redressement immédiat pour un pied bot varus équin congénital, s’élève contre les souliers orthopédiques, qui souvent font plus de mal que de bien. On a coutume, dit-il, de couper le tendon d’Achille et d’appliquer ensuite des souliers orthopédiques; souvent le résultat est défavorable. Ce qu’il faut, c’est détruire d’abord la difformité, puis appliquer, si l’on veut, un soulier ; mais ne pas employer le soulier orthopédique comme moyen de réduction. En ce qui me concerne, je suis disposé à partager complètement cette manière de voir. Il y a là, je crois, un progrès véritable, et les éléments d’une véritable révolution dans le traitement orthopédique du pied bot, révolution dont l’idée première est de confier au chirurgien le soin de réaliser, au moyen d’une opération, la guérison complète de la difformité; pour cela, on emploiera, soit le redressement brusque, soit le redressement immédiat après la ténotomie, suivi de l’application d’un appareil inamovible. Au lieu de faire des différents appareils orthopédiques construits par les fabricants des moyens de redressement, on ne les emploie plus que comme des appareils de soutien, une fois le redressement obtenu. On a ainsi le double avantage d’avoir à la fois un résultat beaucoup plus rapide et beaucoup plus sûr.
(1) J. E. Moore, Double equino-vcirus ( The International Journal ofSurgery , mars 1889).