TRENTE-TROISIÈME LEÇON
DU PIED BOT (SUITE
Traitement du pied bot congénital par la méthode de Phelps, ou section de toutes les parties molles sur le bord interne du pied. — Généralisation de cette méthode à l’étranger. — Manuel opératoire. — Résultats fournis par sept opérations entreprises d’après la méthode de Phelps, dont une complétée par la tarsotomie cunéiforme. — Exposé des observations. — Résumé des indications thérapeutiques dans la cure du pied bot congénital.
Dans notre dernière leçon, nous avons étudié les résections osseuses dans le traitement du pied bot, en parallèle avec les différents modes de redressement immédiat après la ténotomie, et nous n’avons pas hésité à donner la préférence à ces divers modes de réduction sur les résections osseuses, qui ne doivent être, selon nous, envisagées que comme des procédés d’exception. 11 est encore une circonstance qui vient augmenter le champ d’action de la ténotomie et lui assurer la supériorité sur les divers procédés de résection osseuse, c’est la possibilité que nous avons, à l’heure actuelle, de faire, non plus seulement des ténotomies sous-cutanées, mais encore de larges sections à ciel ouvert, de toutes les parties molles qui s’opposent au redressement. Il s’est passé pour le pied bot quelque chose d’analogue à ce que nous avons signalé déjà à propos du traitement opératoire du torticolis. Du moment où, connaissant la source de l’infection des plaies et les moyens de l’empêcher, nous ne redoutons pas une incision plus ou moins large du tégu-
DU PIED BOT
ment externe, il était tout naturel de songer, dans la cure des difformités, à la section à ciel ouvert des tissus fibreux qui constituent l’obstacle au redressement. On aurait ainsi une action beaucoup plus efficace et beaucoup plus prompte. Cette idée a été réalisée en ce qui concerne le pied bot, comme elle l’a été dans le traitement du torticolis, et cela au grand profit, croyons-nous, de la thérapeutique. En effet, en 1884, un élève du professeur Sayre de New-York, le Dr Phelps (1) a présenté au Congrès de Copenhague, un travail dans lequel il conseille la section à ciel ouvert des parties molles dans le traitement du pied bot. L’auteur a fait sa première opération le 25 juillet 1880, sur une enfant de six ans et demi, atteinte d’un double varus équin. Il pratiqua directement, au-dessus de l’articulation médio-tarsienne, une incision comprenant les trois quarts de la face plantaire, et dans laquelle furent intéressées toutes les parties molles, même les vaisseaux et les nerfs. Sur le second pied, grâce à l’application préalable de la bande d’Esmarch, les vaisseaux et les nerfs purent être ménagés. Il avait fait, au préalable, la section sous-cutanée du tendon d’Achille ; les os purent alors, avec quelque effort, être remis en place.
L’écartement des lèvres de l’incision, après la réduction de la difformité, alla à 39 millimètres, ce qui représentait exactement le raccourcissement du bord interne du pied mesuré avant l’opération. Les plaies étaient entièrement cicatrisées au bout de trois semaines, et le résultat définitif très satisfaisant.
Au moment où M. Phelps faisait sa communication au Congrès de Copenhague, il avait déjà pratiqué douze fois
(1) Phelps, The treatment of certain forms of club foot by open incision and fixed extension. Congrès de Copenhague, 1884.