TRENTE-QUATRIÈME LEÇON
DU PIED BOT ACQUIS
Origines et variétés beaucoup plus nombreuses que pour le pied bot congénital. — Pieds bots par cicatrices cutanées; — suites d’arthrites tibio-tarsiennes, de lésions osseuses. — Pied bot d’origine musculaire (paralysie infantile). — Pied bot suite de phlébite. — Pied bot par myosite primitive chez un jeune homme atteint d’hémophilie. — Accidents redoutables à la suite de la ténotomie dans ce cas particulier. — Pied bot par contracture hystérique. — Diagnostic avec le pied bot congénital. — Traitement : électrisation, massages, appareils, au besoin ténotomie ; exceptionnellement, ostéotomie.
Le pied bot acquis a des origines diverses, el présente des variétés beaucoup plus nombreuses que le pied bot congénital. Parmi les différents tissus qui entrent dans la constitution de la jambe et du pied, il n’en est pas un seul dont l’altération ne puisse donner naissance à une position vicieuse et permanente du pied sur la jambe, méritant le nom de pied bot.
C’est ainsi, par exemple, que la peau et le tissu cellulaire sous-cutané peuvent être le siège de rétractions cicatricielles, entraînant la position vicieuse du pied. Ce sont là les pieds bots cicatriciels. Vous pouvez voir au musée Dupuytren un moule en plâtre, souvent reproduit par la gravure, sur lequel une bride fibreuse, allant de la partie antérieure de la jambe à la face dorsale du pied, a déterminé la formation d’un pied bot talus cicatriciel (1).
(1) N° o40j. etk. du catalogue.
DU PIED BOT ACQUIS
Moi-même, en 1883, à l’hôpital Saint-Louis, j’ai eu l’occasion d’opérer par la section du tendon d’Achille un malade atteint de pied bot équin dont l’origine était dans une vaste cicatrice de brûlure existant à la partie postérieure du membre. Mais ici, comme le tendon et sa gaine étaient intimement fusionnés avec le tissu cicatriciel, nous fûmes dans l’obligation de faire la seclion du tendon à ciel ouvert. Malgré toutes les précautions que nous prîmes (position imprimée au pied, appareil à traction élastique), la difformité ne tarda pas à se reproduire à un degré presque aussi marqué qu’avant l’opération.
Une seconde catégorie de pieds bots acquis sont ceux qui sont dûs à des affections de l’articulation tibio-tarsienne. Dans les affections inflammatoires, d’origine traumatique ou spontanée, de l’articulation tibio-tarsienne, si l’on n’a pasle soin de maintenir au moyen d’un appareil le pied à angle droit sur la jambe, on voit presque toujours celui-ci se placer dans une extension marquée, à laquelle s’ajoute un degré plus ou moins prononcé d'abduction. De là, la formation d’un pied bot équin valgus qui persiste, une fois l’inflammation articulaire guérie, et qui si souvent nécessite le redressement forcé sous le chloroforme, ou même, quand la résistance à vaincre est trop considérable, la section sous-cutanée du tendon d’Achille. A cette classe de pieds bots convient le nom de pieds bots arthropathiques.
Les causes de la déviation du pied peuvent encore siéger dans le squelette lui-même. Ce sont parfois des fractures vicieusement consolidées. Déjà j’ai eu l’occasion de vous entretenir des consolidations vicieuses qui, survenant à la suite des fractures de Dupuytren, déterminent une déformation considérable et une impotence fonction-
ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE.
nelle plus ou moins marquée du membre. Je vous ai parlé des résections orthopédiques qui conviennent à cette variété particulière de difformités. L’ostéite peut entraîner des conséquences du même genre; je vous rappelle à cet égard l’ostéomyélite qui, survenant pendant la période du développement, peut amener, soit l’arrêt d’accroissement, soit au contraire une exagération de longueur de l’un des deux os constituant le squelette de la jambe, et par là, des déviations très considérables du pied. Vous savez enfin que le rachitisme peut aboutir aux mêmes conséquences.
Mais ces diverses variétés de déformations constituent ce que l’on peut appeler les faux pieds bots ; ici, en effet, la déviation du pied n’est pour ainsi dire qu’un épiphénomène. La lésion fondamentale, celle qui attire avant tout l’attention, c’est l’affection osseuse ou articulaire qui a donné naissance à la difformité. Le véritable pied bot acquis, c’est le pied bot d’origine musculaire. Dans cette variété, la déviation du pied constitue à elle seule toute la lésion, soit qu’il s’agisse de paralysie musculaire, ou au contraire de contracture, ou bien encore, comme cela arrive le plus souvent, que les deux états coexistent, la paralysie de certains groupes musculaires ayant pour cause la contracture, puis la rétraction des antagonistes.
La grande cause des pieds bots acquis, celle qu’il importe avant tout de bien mettre en relief, c’est la paralysie infantile. Déjà je vous ai cité le cas d’une jeune malade opérée par moi, àNecker, en 1885, par la ténotomie du tendon d’Achille suivie du redressement brusque du pied. Mais comme, dans ce cas, la plupart des muscles du membre inférieur avaient été frappés de paralysie, l’opération réussit bien à rétablir la forme, mais non les
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fonctions, et la malade ne put marcher qu’à l’aide d’un appareil prothétique. Les cas de cette nature ne sont pas rares, vous en voyez à chaque instant des exemples, et je me borne à vous rappeler deux malades que vous avez pu voir se succéder dans nos salles. La première de ces deux malades est une jeune fille de dix-huit ans, atteinte d’un double pied bot varus équin d’origine paralytique dont le début remontait à l’âge de cinq ans. La malade nous a raconté que la maladie qu’elle a eue à cette époque l’a retenue au lit pendant un an, et que, lorsqu’elle a commencé à se lever, la déformation des pieds est allée en s’accroissant de jour en jour. La malade marchait fort mal; c’était le bord externe du pied qui lui servait de point d’appui; il y avait une atrophie marquée des muscles de la jambe.
La malade a subi, le 12 avril, la ténotomie des deux tendons d’Achille suivie du redressement brusque et de ’immobilisation des pieds dans des gouttières plâtrées. De l’électrisation et du massage ont complété le traitement, et elle a quitté l’hôpital parfaitement guérie, marchant solidement, sans soutien d’aucune sorte, et appuyant sur le sol par la face plantaire des pieds.
Notre second malade est un jeune homme de vingt ans, chez lequel la difformité du pied droit dont il est porteur est apparue subitement à l’âge de huit ans, et s’est aggravée peu à peu. Il boitait légèrement au début; mais il pouvait encore appuyer sur la plante du pied; ce qui le gênait surtout, c’est que très souvent son pied tournait en dedans. Il y a deux ans, on lui fit porter des souliers orthopédiques à talon élevé; à partir de ce moment, le talon s’est de plus en plus éloigné du sol; la rétraction du tendon d’Achille a augmenté, et le pied s’est placé dans une position très marquée d’équinisme. En même