‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 116 sur 156 · PIED BOT SUITE DE PARALYSIE INFANTILE · texte numérisé non relu

PIED BOT SUITE DE PARALYSIE INFANTILE

temps le pied affectait chez lui une forme excavée due à la rétraction de l’aponévrose plantaire que l’on sentait se tendre sous la peau, lorsqu’on faisait effort pour dérouler le pied. Il y avait une laxité particulière de l’articulation médio-tarsienne, au niveau de laquelle l’avantpied était fléchi à angle obtus sur l’arrière-pied. Les orteils étaient rétractés en forme de griffes, et quand on cherchait à les étendre, on voyait se dessiner sous la peau les cordes formées par les tendons extenseurs. On jugeait mieux de l’équinisme pendant la station; le talon restait élevé à 5 centimètres au moins au-dessus du sol. En même temps le pied était porté en dedans; il existait une légère concavité de son bord interne. Pendant la marche, le malade reposait sur le talon antérieur constitué par les têtes des métatarsiens. Les orteils rétractés en griffe ne touchaient pas le sol.

Ce qu’il y avait de particulièrement intéressant chez ce malade, et ce qui ne permettait pas le moindre doute au sujet de la nature du pied bot que nous avions sous les yeux, c’est que la maladie n’avait pas frappé seulement le membre inférieur droit; elle avait aussi porté son action sur le membre supérieur du même côté. Il en était résulté une atrophie très marquée de l’épaule et du bras, porlant surtout sur le biceps et le deltoïde. Comme dans les cas où la paralysie infantile se montre de bonne heure, les membres atteints avaient subi un arrêt d’accroissement se mesurant par un raccourcissement d’un centimètre pour le bras droit, et de 2 centimètres pour la jambe droite. Chez ce jeune homme, il nous a fallu pratiquer la section sous-cutanée du tendon d’Achille, de l’aponévrose plantaire et des tendons de l’extenseur commun des orteils. Ces sections multiples ont été suivies du redressement immédiat du pied et de l’application d’un

DU PIED BOT ACQUIS

appareil plâtré. Le résultat obtenu a été très heureux; lorsque le malade nous a quittés, il pouvait appuyer sur le sol par toute l’étendue de la face plantaire; l’équinisme était complètement corrigé, il restait encore un léger degré d’adduction.

A côté des cas de paralysie infantile auxquels se rapportent, je vous le répète, l’immense majorité des faits de pieds bots acquis que nous avons l’occasion d’étudier, il est des cas dans lesquels la contracture des muscles donnant naissance au pied bot est due à la propagation d’une inflammation de voisinage, par exemple, l’inflammation des nombreux rameaux veineux qui sont contenus, comme vous le savez, dans l’épaisseur des muscles du mollet. J’ai eu l’occasion de recueillir un fait très intéressant de cette nature sur une malade de mon service, à l’hôpital Necker, en 1887. Il s’agit d’une femme de vingt-sept ans, qui, à la suite d’un accouchement difficile, ayant nécessité une application de forceps, fut prise d’une phlegmatia alba dolens, qui gagna les deux membres inférieurs. II en résulta une rétraction des muscles du mollet, et un double pied bot équin extrêmement prononcé qui rendait la marche absolument impossible. Lorsque cette femme nous fut présentée environ dix mois après l’accouchement, les pieds étaient dans une extension forcée sur la jambe, et la malade n’avait pas pu encore quitter son lit. Le 24 août 1887, après administration du chloroforme, nous tentâmes le redressement brusque; mais ne pouvant l’obtenir, nous dûmes pratiquer la section des deux tendons d’Achille. Après le redressement forcé, les deux pieds furent immobilisés dans des gouttières plâtrées, et ils y restèrent jusqu’au 30 septembre. A partir de ce moment, on fit du massage, la malade commença à marcher avec des béquilles, et lorsqu’elle

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