PIED BOT CONSÉCUTIF A UNE MYOSITE
peu d’importance, je me décidai à pratiquer la ténotomie, en me proposant de me mettre en garde contre la possibilité d’une hémorrhagie par la plaie opératoire. Le 22 décembre, je fis la ténotomie, puis le redressement immédiat du pied. Afin d’empêcher la production d’une hémorrhagie, je crus devoir faire un léger degré de compression. Je recouvris la petite plaie opératoire d’une mince couche de gaze iodoformée, par-dessus laquelle je plaçai un tampon de coton hydrophile, puis une bande embrassant en huit de chiffre la région du coude-pied. Une gouttière plâtrée maintenait le membre dans la position que lui avait donnée le redressement. Mais au bout de quarante- huit heures, on fut obligé de sectionner la bande entourant le cou-de-pied, parce que la face dorsale du pied était le siège d’un gonflement notable. Malgré la suppression de la compression légère existant au niveau de la plaie opératoire, nous vîmes se développer d’abord des plilyctènes, puis une eschare sur la face dorsale du pied. Inquiet de ce qui pouvait se passer du côté de l’incision cutanée nécessitée par la section du tendon d’Achille, nous enlevâmes alors la gouttière plâtrée, et nous eûmes le regret de constater qu’une large eschare s’était formée également en arrière, au niveau de la petite plaie opératoire. A partir de ce moment, les eschares commencèrent à se détacher et à devenir le point de départ d’hémorrhagies qui, se renouvelant quotidiennement, affaiblirent considérablement le malade. La suppuration, gagnant de proche en proche, s’éleva jusqu’à la partie charnue du mollet; en un mot, un véritable phlegmon diffus envahit toute la face postérieure de la jambe. Il s’ouvrit spontanément par deux orifices situés au côté externe et interne du mollet, et qui livrèrent passage à de la sanie purulente
DU PIED BOT ACQUIS
et à des lambeaux de tissu cellulaire sphacélé. En même temps les plaies continuaient à verser du sang de temps en temps, et le malade avait assez souvent des épistaxis. L’anémie faisait des progrès rapides ; notre opéré présentait une pâleur extrême ; il avait de la fièvre, l’amaigrissement s’accusait de jour en] jour. Dans ces conditions, je tentai les injections de chlorure de sodium dans le tissu cellulaire sous-cutané. Elles furent bien supportées et ne déterminèrent aucun accident. Je me posai même la question de l’opportunité d’une transfusion; dans ce but, je priai M. Hayem de vouloir bien examiner le malade L’examen du sang pratiqué, le 13 février, donna les résultats suivants : 1 767 000 globules rouges dont la valeur en hémoglobine égalait 1 523 000 globules, 15 500 globules blancs, et une très grande quantité d’hématoblastes, dont quelques-uns d’un diamètre considérable. Dans ces conditions, M. Hayem jugea que la transfusion n’était point indiquée pour le moment, et que le sang étant en voie de réparation, on pouvait espérer voir cesser les hémorrhagies. En effet, à partir de cette époque, il y eut une amélioration lentement progressive dans l’état de notre malade. Les hémorrhagies ne se reproduisirent plus ; les plaies commencèrent à se déterger. Une fois seulement, au commencement d’avril, il y eut encore une poussée suppurative du côté du mollet; mais la cicatrisation se fit peu à peu; toutefois elle fut très longue à obtenir; car ce fut seulement à la fin de juin, c’est-à-dire six mois après la ténotomie, que le malade put quitter l’hôpital. A ce moment, il marchait avec des béquilles; depuis lors, nous avons eu de ses nouvelles. Il peut maintenant appuyer sur la plante du pied.
Telle est, Messieurs, cette longue observation que je