‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 119 sur 156 · PIED BOT PAR CONTRACTURE HYSTÉRIQUE · texte numérisé non relu

PIED BOT PAR CONTRACTURE HYSTÉRIQUE

devais vous rapporter en détail, à cause des enseignements qu’elle comporte. Partant de la notion d’hémophilie, j’ai eu le tort de ne me mettre en garde que contre ’hémorrhagie, et de ne pas songer au peu de vitalité des tissus chez un pareil sujet. De là l’emploi de la compression, compression modérée il est vrai, mais qui a été suffisante pour déterminer la série redoutable des accidents que je viens de vous exposer, sphacèle, phlegmon diffus, hémorrhagies profuses, et pour mettre notre malade à deux doigts de sa perte.

Avec cette histoire d’hémophilie, nous nous sommes un peu éloignés de l’étiologie du pied bot, qui est actuellement l’objet de notre étude; nous devons y revenir. A côté des différentes variétés de pieds bots par contracture que je vous ai déjà signalées, contractures dans la paralysie infantile, contractures par inflammation de voisinage, contractures par inflammation primitive du muscle, je dois enfin vous signaler les pieds bots par contracture hystérique. Il peut arriver en effet qu’au cours des accès d'hystérie, certains muscles entrent en contracture permanente et déterminent une position vicieuse du pied sur la jambe, par exemple un pied bot équin. Les contractures sont, du reste, en dehors des attaques convulsives, une des manifestations de l’hystérie. Lorsque la guérison survient, le pied peut reprendre sa position normale; mais il peut aussi se faire que la contracture ait déterminé une rétraction permanente du muscle, et que la déviation du pied persiste après la guérison de la diathèse, et nécessite une opération. Vous avez eu un exemple des pieds bots de cette catégorie, chez ce malade qui nous est arrivé de Bicêtre, où il avait été longtemps en traitement pour des accidents convulsifs, qui ont été considérés comme de l’hystéro-épilep-

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sie. Il en était résulté chez lui une rétraction des deux tendons d’Achille, qui a rendu nécessaire la ténotomie.

Les lésions anatomiques que l’on observe dans les vrais pieds bots acquis, c’est-à-dire dans les pieds bots par contracture, ne sont manifestes qu’au bout d’un certain temps. Au début, il n’existe, ni lésions articulaires, ni lésions osseuses; l’affection primitive portant uniquement sur les muscles de la jambe. Mais, à la longue, par suite de la marche ou de la station debout longtemps prolongée sur des pieds en mauvaise position, les os du pied, et, par suite, leurs articulations se déforment, et alors, quand l’affection est survenue dans l’enfance, et qu’on examine le pied bot seulement dans l’adolescence ou à l’âge adulte, il est difficile de savoir s’il s’agit d’un pied bot congénital ou acquis. La variété de la déformation peut cependant mettre jusqu’à un certain point sur la voie à cet égard.

Nous avons vu, en parlant du pied bot congénital, que la forme la plus fréquente dans cette variété était le varus, soit seul, soit associé à l’équin, tandis que l’équin pur et le talus étaient tout à fait exceptionnels. Au contraire, parmi les pieds bots acquis, on rencontre tout d’abord l’équin pur, puis le valgus ; vient ensuite le talus, et enfin le varus, qui occupe le dernier rang par ordre de fréquence. C’est donc, on le voit, une échelle inverse de celle qu’on peut établir pour les pieds bots congénitaux. Ajoutons que deux variétés se compliquent parfois entre elles pour donner naissance à des formes mixtes, telles que l’équin varus, le talus valgus.

Signalons encore comme éléments de diagnostic les troubles trophiques que l’on observe souvent à un degré très marqué dans les pieds bots acquis. Ce sont des atrophies musculaires considérables, des modifications de la

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