THÉORIES MUSCULAIRE ET ARTICULAIRE
autre objection qu’on peut faire à la théorie musculaire, c’est qu’on constate, à un moment donné, l’existence d’une contracture du même muscle. Le fait n’a point échappé à Duchenne (de Boulogne). 11 l’explique par l’irritation qu’entraîne, du côté des os et des ligaments, l’affaiblissement de la voûte plantaire, irritation aboutissant à la contracture réflexe du muscle. Voilà donc un muscle doué de la plus terrible mauvaise volonté. Amenant tout d’abord l’affection par l’insuffisance de sa contraction, il l’entretient plus tard et l’aggrave par sa contracture. 11 y a là manifestement une contradiction. Nous ferons observer enfin qu’après avoir été admise pour expliquer le genu valgum et les déviations du rachis, la théorie musculaire est aujourd’hui abandonnée. Il serait singulier de la conserver pour interpréter la production d’une difformité telle que le pied plat valgus, se rapprochant beaucoup par son étiologie des autres difformités que nous venons de signaler.
Une seconde théorie est celle qui a été défendue par Gosselin, et qui rattache à des lésions primitives des cartilages articulaires le développement de la maladie. Cet auteur s’est fondé pour établir sa théorie sur l’autopsie du pied d’une jeune fille morte accidentellement du choléra, en 1865. Il put constater par place une usure des cartilages articulaires; depuis lors, un fait analogue a été publié par Leroux (de'Versailles). Cette théorie a été soutenue dans les thèses de Cabot (1866) et de Froustey (1873), élèves de Gosselin. Sans doute nous avons déjà noté que l’étiologie démontrait la part qui devait être faite au rhumatisme dans le développement de l’affection ; mais il ne s’ensuit pas que des lésions articulaires doivent, dans tous les cas, marquer le début de la maladie. On ne trouve point, dans le valgus pied plat douloureux,
les symptômes généraux qui accompagnent le début des arthrites; les douleurs ne sont pas continues; elles cessent par le repos, et ne se montrent qu’après la fatigue ; du reste, il est possible que les altérations des cartilages constatées à l’autopsie soient consécutives aux changements de rapport subis par les surfaces articulaires, et non primitives. En résumé, cette théorie édifiée par Gosselin, et à laquelle répond le nom de tarsalgie proposé par cet auteur, n’a pas été généralement adoptée.
La dernière théorie qui se soit fait jour dans la discussion de la Société de chirurgie, c’est la théorie mécanique de M. Le Fort et Tillaux. D’après ces auteurs, il existe chez certains sujets une faiblesse particulière des ligaments prédisposant à l’affaissement de la voûte plantaire, sous l’influence du surmenage. C’est spécialement le ligament en Y qui, d’après M. Le Fort, doit être incriminé. Enfin certains chirurgiens, au nombre desquels se trouve M. Yerneuil, ont émis une opinion mixte, admettant, suivant les cas, la contracture ou l’impotence fonctionnelle de Duchenne (de Boulogne), quelquefois même l’arthrite de Gosselin.
La question du pied plat valgus douloureux a été, dans ces dernières années, ainsi que nous l’avons déjà dit, l’objet de travaux importants de la part des chirurgiens allemands. Nous n’avons pas l’intention de les analyser ici en détail; nous nous contenterons de rapporter les principales opinions qui ont été formulées.
D’après Hueter, il se produirait, sous l’influence de l’exagération de fonctions, pendant la période du développement, des déformations osseuses qui aboutiraient à l’affaiblissement de la voûte plantaire. D’après Henke, le premier phénomène consisterait dans la position de pronation ou d’abduction forcée que prendrait le pied sous