THÉORIE OSSEUSE
l'influence du surmenage; il en résulterait une usure des os à la face dorsale, et surtout au niveau de l’articulation calcanéo-cuboïdienne; de là l’affaissement de la voûte, et la persistance de la position vicieuse.
Pour Meyer (de Zurich), la production de la difformité tiendrait surtout à un glissement de l’astragale combiné avec un mouvement de rotation, qui abaisse son extrémité antérieure. Vient enfin la théorie de Lorenz (de Vienne) qui considère que le pied n’est pas constitué par une voûte unique, mais bien par deux voûtes dont l’interne repose sur l’externe; aussi pour lui, est-ce l’affaissement de cette voûte externe qui est l’élément fondamental dans la production du pied plat valgus. L’auteur arrive, en dernière analyse, à la définition suivante : le pied plat valgus acquis est une difformité du pied qui survient dans certaines circonstances sous l’influence de la surcharge, par affaissement de la voûte externe et glissement de la voûte interne sur l’externe (1). En somme, toutes ces théories, malgré les divergences qui les séparent, ont un point commun dans les altérations qu’elles admettent du côté du système osseux, altérations qui sont la conséquence de la surcharge éprouvée par la voûte plantaire. Parla, elles se rapprochent des théories qui ont cours à l’heure actuelle dans l’étude des difformités analogues, telles que la scoliose et le genu valgum. Cette théorie du surmenage ou de la surcharge est aussi celle qui a été développée dans un récent travail par lioyal Whitman (2). D’après cet auteur, la cause la plus plausible du pied plat valgus douloureux est une disproportion entre le poids que le pied est appelé à supporter
(1) Lorenz, Die Lehre vom erworbenen platt fusse. Sltutgart, 1882.
(2) Royal Whitman, Observations on forty five cases of fiat foot with particular reference to etiology and treatment ( Boston med. and surg. Journ. 14 et 21 juin 1888).
et la force des muscles et des ligaments qui maintiennent sa forme; d’où un simple affaissement, par surcharge, de la voûte plantaire. En résumé, à l’heure actuelle, c’est donc la théorie mécanique, ou du surmenage, qui est généralement adoptée.
Quelle que soit du reste l’idée que l’on se fasse de la véritable interprétation des phénomènes, je tiens à vous rappeler encore une fois que l’élément le plus important dans la difformité, c’est le déjettement du pied en dehors ouvalgus. De là résultent les tiraillements incessants des ligaments, les douleurs, et par suite, l’impotence fonctionnelle du pied. Les choses se passent, en un mot, dans le valgus pied plat douloureux, comme chez les malades atteints de fracture de Dupuytren vicieusement consolidées, chez lesquels nous devons faire des résections orthopédiques, pour remettre le pied dans l’axe de la jambe, et rétablir la marche, en supprimant les douleurs. La preuve que c’est bien le valgus, et non le pied plat qui constitue l’élément fondamental dans la difformité qui nous occupe, c’est que bon nombre de personnes atteintes de pied plat n’en éprouvent aucune incommodité. En outre, comme nous le verrons dans un instant à propos du traitement, il suffit de corriger l’abduction forcée ou le valgus pour rendre de nouveau facile l’exercice de la marche chez ces malades. Le pied reste plat, après comme avant le traitement; mais il est rétabli dans ses rapports normaux avec la jambe. Le poids du corps, au lieu de tomber en dedans du bord interne du pied, vient se transmetlre aux divers os et articulations du tarse entre lesquelles il se décompose. Ainsi sont supprimés les tiraillements de ligaments se produisant toujours sur un même point, et les frottements anormaux des surfaces articulaires. Telle est l’interprétation des améliorations,
TRAITEMENT
et même des guérisons complètes qui sont produites par les diverses méthodes de traitement.
Comme vous pouvez le prévoir aisément, la thérapeutique du pied plat valgus douloureux s’est grandement ressentie des diverses théories qui ont été mises en avant pour expliquer la pathogénie de l’affection. Partant de l’idée que la cause initiale était l’impotence fonctionnelle du long péronier latéral, Duchenne de Boulogne a conclu à l’électrisation de ce muscle. L’électricité peut en effet » rendre des services; mais il convient de l’appliquer, non pas seulement au long péronier latéral, mais aux différents muscles dont la tonicité maintient le pied dans ses rapports normaux sur la jambe. A côté de l’électricité, prennent place le massage et les différents exercices propres à entretenir et à activer la nutrition des muscles de la jambe. Les nombreux auteurs qui se sont occupés du pied plat dans ces derniers temps, Roth, Ellis, Arbuthnot Lane, Royal Whitman, sont unanimes à reconnaître l’importance de ces exercices orthopédiques. De leur côté, les partisans de la théorie mécanique, qui voient dans l’affaissement de la voûte plantaire, l’unique source des accidents, se sont efforcés de rétablir au moyen d’appareils la voûte du tarse. Ces appareils, aussi divers par leurs dispositions spéciales que par la matière dont ils sont formés, consistent tous en des semelles convexes sur lesquelles appuie le pied pendant la marche, et qui doivent lui rendre sa forme normale. Conséquent avec sa théorie qui fait de l’affaissement de la voûte plantaire externe le point de départ des accidents, Lorenz place la convexité de l’appareil, non pas en dedans, mais bien au côté externe. Quoi qu’il en soit, ces divers appareils, aussi bien que l’électricité, le massage et l’exercice méthodique des muscles, trouvent leur indication dans les
premières périodes delà maladie, où ils rendent des services incontestables. Mais plus tard, lorsque la contracture musculaire est venue imprimer au pied une attitude vicieuse permanente, lorsque le valgus s’est surajouté au pied plat, les différents moyens que nous venons d’énumérer ne suffisent plus. Il faut de toute nécessité obtenir le redressement du pied et la réduction de la difformité. Le premier des traitements à mettre en œuvre dans ce but, c’est le repos complet au lit. Si la contracture musculaire n’est pas trop considérable, le séjour au lit peul * suffire à la dissiper. Mais la contracture est-elle plus prononcée, et le déjettement du pied en dehors a-t-il atteint une grande intensité, il devient nécessaire d’avoir recours au redressement forcé, aidé au besoin du chloroforme, et de la ténotomie des muscles péroniers latéraux, comme l’a conseillé Barwell. La réduction est suivie de l’immobilisation plus ou moins prolongée du pied au moyen d’un appareil plâtré. C’est seulement lorsque ce traitement a amené la suppression des douleurs et de l’attitude vicieuse, que l’on revient à l’ensemble des moyens que nous avons précédemment signalés.
Mais il est des cas dans lesquels, ni le redressement, ni l’immobilisation, ni l’emploi des différents appareils n’amène de résultats durables. Chez certains malades meme, la rétraction musculaire est telle, la déformation des surfaces osseuses ejt articulaires est si prononcée, que la réduction de la difformité est tout à fait impossible à obtenir. C’est dans ces différents cas crue l’on a
JL
eu l’idée de recourir à des interventions portant sur le squelette. Bien que ces diverses opérations soient encore de date très récente, cependant les procédés opératoires se sont déjà singulièrement multipliés. Les différents procédés d’ostéotomie ou de résection osseuse appliqués