‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 126 sur 156 · INDICATIONS · texte numérisé non relu

INDICATIONS

En France, jusqu’ici, l’opération d’Albert ne paraît pas avoir trouvé beaucoup de partisans. M. Defontaine (1) (du Creusot) est en effet le seul qui en ait publié des exemples. Cet auteur a communiqué à la Société de chirurgie deux faits d’arthrodèse entreprise contre des pieds bots paralytiques. C’est, en effet, la paralysie infantile qui fournit le plus grand nombre d’indications opératoires, et comme celle-ci porte le plus souvent sur les membres inférieurs, c’est sur ces derniers que la plupart des opérations ont été pratiquées. Je vous rappelle cependant les cas de Wolff et d’Albert dans lesquels l’arthrodèse a porté sur l’articulation scapulo-humérale.

Aux membres inférieurs même, l’articulation tibiotarsienne est particulièrement bien disposée pour cette opération. En effet, les surfaces articulaires sont largement en rapport, et une fois le revêtement cartilagineux enlevé, l’ankylose se produira avec la plus grande facilité. Au genou, à la hanche, les circonstances sont moins favorables, et on a parfois enlevé une plus ou moins grande étendue des surfaces articulaires. Il est évident que ces cas s’éloignent un peu de l’arthrodèse pure et simple. Néanmoins chez les malades dont lacroissance n’est pas encore terminée, il y aura toujours un grand intérêt à recourir à l’arthrodèse plutôt qu’à une résection articulaire. On aura ainsi l’avantage de conserver intact le cartilage épiphysaire, et de ne pas compromettre, dans l’avenir, le développement du membre en longueur.

11 est encore un point relatif au manuel opératoire que je dois étudier devant vous. Le professeur Albert considère comme inutile la suture osseuse. D’autre part, craignant qu’une réunionparfaitement aseptique ne soit moins

(1) Defontaine, Arthrodèse pour pied bot paralytique (Bull, et Mém. Soc. de chir.j 29 mai 1889).

DE L’ARTHRODÈSE.

favorable au point de vue de la production de l’ankylosé, il conseille de ne pas faire la suture, et de laisser dans la plaie une mince couche de gaze iodoformée, jusqu’à ce qu’une légère suppuration se soit établie. Il espère ainsi déterminer une production plus abondante de tissu fibreux et une ankylosé plus solide. Certes, je n’ignore pas qu’il existe des suppurations aseptiques ; il n’en est pas moins vrai qu’à l’heure acluelle, la suppuration doit être regardée comme une véritable complication des plaies, pouvant, à un moment donné, ouvrir la porte aux plus terribles accidents. Aussi, je préfère, pour mapart, ne point chercher, de propos délibéré, la suppuration; et, pour assurer le résultat de mon opération, c’est-à-dire la production d’une soudure osseuse, j’aurai recours à l’enchevillement des surfaces articulaires au moyen d’une cheville en ivoire. C’est ce procédé que vous allez me voir mettre en œuvre chez notre malade.

A la suite de cette leçon, l’arthrodèse a été pratiquée, le 10 octobre 1889, sur la jeune tille dont nous avons précédemment rapporté l’observai ion. Dans un premier temps, nous avons fait à la peau, immédiatement au-dessus de la malléole externe, une incision verticale, de 2 centimètres environ de longueur, qui nous a permis de sectionner le péroné en ce point, avec l’ostéotome. Nous avons ensuite circonscrit, au moyen d’une incision en L, la malléole interne, et nous l’avons dépouillée de son périoste à l’aide de la rugine. Après avoir détruit les insertions du ligament latéral interne, il nous a été possible, en imprimant au pied un mouvement brusque de dedans en dehors, d’ouvrir largement l’articulation tibiotarsienne. A l’aide de la gouge à main, nous avons pu

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