‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 23 sur 156 · DIXIÉME LEÇON · texte numérisé non relu

DIXIÉME LEÇON

DE LA COXALGIE DOUBLE

Coxalgie double suppurée chez une petite fille de onze ans. — Rareté de cette affection; travail du Dr Ridlon sur ce sujet. — Indications opératoires en pareil cas : ostéoclasie, résection de la hanche, ostéotomie. — Opinion de Langenbeck, Yolkmann, Ollier, qui conseillent, d’un côté la résection, de l’autre l’ostéotomie. — Chez la malade actuelle, double ostéotomie, avec un résultat définitif excellent.

J’ai omis à dessein de vous parler, dans mes précédentes leçons, d’une fillette atteinte de coxalgie double, couchée au lit n° 4 de notre salle Notre-Dame. C’est que l’arthrite coxo-fémorale, lorsqu’elle envahit les deux articulations de la hanche, acquiert une gravité particulière, et donne lieu à des indications qui se comprennent facilement, quand on réfléchit à l’infirmité qui résulte de l’ankylose dans une attitude vicieuse des deux membres inférieurs.

Voici la curieuse observation de cette petite fille entrée, le 21 septembre 1888, à l’âge de onze ans, dans le service de clinique chirurgicale de l’Hôtel-Dieu. Elle est née d’un père bien portant, et d’une mère qui n’a jamais été malade, mais qui boite de naissance (probablement luxation congénitale de la hanche). A l’âge de quatre ans, cette enfant a eu la rougeole ; puis elle fut prise de maux d’yeux qui durèrent deux ans environ. Ce n’est que vers six ans que les douleurs se manifestèrent,

COXALGIE DOUBLE SUPPURÉE.

et elles apparurent d’abord dans la hanche gauche ; puis, une année plus tard, la hanche droite se prit à son tour. Pendant cette première étape de la maladie, l’enfant ne fut pas maintenue régulièrement au lit, et on se borna à appliquer des pointes de feu au voisinage des articulations. Aussi, petit à petit, les cuisses se fléchirent sur le bassin, en même temps que des abcès se formèrent. C’est au voisinage du grand trochanter du côté gauche que se montra la première collection purulente; la petite malade avait alors neuf ans. La hanche droite, secondairement atteinte, n’entra en suppuration qu’un peu plus tard. Bientôt un nouvel abcès se forma vers la partie supérieure et interne de la cuisse gauche, et, devant cette aggravation de l’état de leur enfant, les parents se décidèrent à la faire admettre à l’Hôtel-Dieu.

A son arrivée dans le service, on est frappé de l’attitude vicieuse des deux cuisses, qui sont fléchies à angle droit sur le bassin, et fixées dans une adduction très marquée. Malgré cela, la malade peut encore marcher avec des béquilles; mais à la condition d’être complètement pliée en deux. Si on cherche à corriger cette flexion des cuisses, en mettant les deux membres inférieurs dans l’extension complète, la chose est possible, mais on détermine immédiatement une énorme ensellure de compensation dans la région lombaire. A gauche, le grand trochanter présente une ascension marquée, qui le fait dépasser par en haut la ligne de Nélaton, et dénote que la tête du fémur a subi un déplacement anormal dans la fosse iliaque externe. Non pas qu’il y ait à proprement parler luxation, mais cette usure de la partie postérieure de la cavité cotyloïde, grâce à laquelle la tête remonte dans la fosse iliaque. Des deux côtés, autour des trochanters et dans les régions fessières, on

DE LÀ COXALGIE DOUBLE

découvre des cicatrices déprimées, trace d’anciens abcès. Notre collègue M. Campenon, qui dirigeait alors le service, fit endormir l’enfant, et put constater, à gauche, la possibilité de quelques mouvements de flexion et d’extension ; mais l’abduction et l’adduction sont absolument nulles. A droite, les symptômes sont moins accusés ; l’extension se fait jusqu’à 45°; les mouvements d’abduction et d’adduction sont possibles, quoique très limités.

On plaça sur le membre inférieur gauche un appareil destiné à étendre la cuisse sur le bassin ; mais jusqu’au 20 novembre, époque à laquelle l’appareil a été enlevé, le résultat obtenu fut presque insignifiant. On gagna un peu du côté de l’extension, mais rien pour l’adduction. Cest dans cet état que je trouvai notre jeune malade, en prenant possession du service vers la fin de novembre. Décidé à tenter une nouvelle intervention, je fis endormir l’enfant le 3 décembre, et je pratiquai, sous le chloroforme, le redressement forcé du membre inférieur droit. A cet effet, je dus sectionner les tendons du couturier et du fascia lata, qui s’opposaient à la réduction, et j’appliquai un appareil à extension continue, avec un poids de 3 kilogrammes.

Un mois plus lard, le 4 janvier 1889, je soumis le membre gauche à une extension analogue avec un poids de 2 kilogrammes. En même temps je faisais placer entre les genoux un coussin d’épaisseur croissante, destiné à combattre l’adduction. Le 25 janvier, j’enlevai l’appareil qui n’était plus supporté, et qui menaçait de causer des ulcérations; nous pûmes constater que le résultat obtenu était des plus minimes. Sans doute la malade avait un peu gagné sous le rapport de l’adduction ; mais les cuisses étaient toujours fléchies à angle droit

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