‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 24 sur 156 · RARETÉ DE CETTE AFFECTION · texte numérisé non relu

RARETÉ DE CETTE AFFECTION

sur le bassin. De plus, il était facile de constater un certain empâtement des tissus du côté de la hanche droite, et un léger suintement par une des fistules que je vous ai déjà signalées à gauche.

Le traitement méthodique institué n’a donc pas porté de fruit; aucun résultat utile n’a été obtenu depuis quatre mois et demi. Aussi devons-nous avoir recours à une opération. Mais avant de discuter devant vous les différents problèmes auxquels donne lieu l’intervention chirurgicale en pareil cas, je tiens à attirer tout d’abord votre attention sur la rareté de la coxalgie double, quand on la compare à la fréquence de l’arthrite limitée à une seule articulation coxo-fémorale. C’est ainsi que, dans un récent travail, un auteur américain, le docteur Ridlon (1), ne rapporte que quatorze cas d’arthrites simultanées des deux hanches, et, si vous essayez de colliger les observations éparses dans les différents ouvrages ou publications de médecine, vous serez étonnés de leur petit nombre. En ne retenant que les plus intéressantes, j’ai pu à peine en réunir une quinzaine. D’après les faits qu’a observés le docteur Ridlon, la maladie commence rarement dans les deux hanches à la fois. La jointure atteinte la première est souvent la dernière à guérir; ce que l’auteur attribue à ce que, tant que la maladie est unique, on permet la marche. Au contraire, lorsque les deux articulations sont prises, le malade est retenu au lit, et la durée du mal en est abrégée. Il n’est pas sans intérêt de noter cette opinion chez un chirurgien américain, les idées françaises sur l’immobilisation absolue dans les arthrites ayant pendant longtemps rencontré de grandes objections dans ce pays. D’après

(1) John Ridlon, International Journal of suryery and antiseptics, octobre 1888.

DE LÀ COXALGIE DOUBLE

Fauteur que nous venons de citer, le pronostic ne serait pas trop grave, puisque, sur ses quatorze malades, Ridlon n’en a vu mourir qu’un; encore a-t-il succombé à une méningite tuberculeuse. Il peut se faire que la guérison se produise par ankylosé dans une position compatible avec l’usage facile des membres inférieurs pendant la marche. C’est ce qui existait chez une malade dont Damaschino (1) a rapporté l’histoire. C’était un jeune homme de vingt-neuf ans, qui, à l’âge de quinze ans, avait été atteint d’une coxalgie double, à la suite d’une Fièvre typhoïde. 11 y avait chez lui une ankylosé complète des deux membres inférieurs dans l’extension. Le malade pouvait néanmoins marcher sans béquilles, et même assez vite, grâce à des mouvements de latéralité très prononcés, développés par l’exercice dans le genou droit. Mais, dans la plupart des observations, la suppuration de l’articulation s’est montrée, et a amené à sa suite l’ankylose dans une attitude vicieuse, qui donne à ces malades une physionomie toute particulière. Ils sont, en effet, dans l’impossibilité de se tenir debout, ayant non seulement les cuisses fléchies sur le bassin, mais encore croisées l’une au devant de l’autre, les genoux remontés parfois à la hauteur du visage. C’est contre cette position qui rend la vie à charge aux malheureux qui y sont soumis, que le chirurgien doit diriger un traitement approprié, quand les viscères sont encore en bon état, et permettent une thérapeutique active.

Chez notre petite malade, les poumons n’ont jamais été atteints ; le foie est normal, l’examen des urines a été tout à fait négatif. Nous sommes donc autorisés à entre-

(1) Damaschino, Gazette des hôpitaux , 1881, p. 802.

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