INDICATIONS OPÉRATOIRES
prendre une opération, si nous la jugeons néccessaire. Or, nous avons déjà fait toutes les tentatives qui auraient pu nous donner un bon résulat, si celui-ci eût été possible. C’est en vain que nous avons appliqué des appareils à extension continue, pratiqué le redressement brusque, avec des sections tendineuses. Nous n’avons pas obtenu d’amélioration; force est donc de recourir aune opération.
Trois opérations s’offraient à nous : l’ostéoclasie, la résection et l’ostéotomie, toutes trois susceptibles de remettre le membre dans une bonne attitude; mais, comme vous allez le voir, une seule d’entre elles remplit toutes les conditions désirables; c’est l’ostéotomie, et je vais vous en donner les raisons. L’ostéoclasie avec les instruments qu’on possède aujourd’hui pourrait bien nous permettre de fracturer le fémur à la hauteur voulue, sans faire une plaie aux téguments, et de placer ensuite la cuisse dans l’axe du corps. Mais cette fracture d’un os aussi résistant que le fémur ne s’accomplit pas sans une grande violence, et cette violence retentirait forcément sur l’articulation qui, par ce fait, serait exposée à suppurer, et pourrait devenir le point de départ de graves accidents. Ce résultat est d’autant plus à craindre que déjà des suppurations nombreuses se sont fait jour autour des articulations malades, et qu’elles pourraient être réveillées avec la plus grande facilité.
La résection, chez une enfant aussi jeune, a l’inconvénient d’entraîner pour l’avenir un raccourcissement considérable du membre; d’ailleurs, ici la résection ne serait point sans danger, car il serait difficile de maintenir aseptique le foyer opératoire, vu l’existence des nombreux trajets fistuleux que nous avons notés tout autour de l’articulation. L’ostéotomie permet, au con-
Kirmisson. — Leçons. 10
DE LA COXALGIE DOUBLE
traire, d’obtenir le redressement parfait du membre, sans compromettre en rien l’articulation de la hanche. La section faite avec les ciseaux de Mac Ewen n’ébranle nullement le squelette, et, pratiquée avec toute l’antisepsie désirable, cette section osseuse à ciel ouvert a les suites les plus simples. Pour vous en donner une preuve, je vous citerai un mémoire de Volkmann (1) sur les cas d’ankyloses doubles de l’articulation de la hanche, dans lequel il dit avoir pratiqué dix-neuf fois l’ostéotomie sous-trochantérienne et avoir obtenu dix-neuf succès; deux fois seulement, il a eu un peu de suppuration.
L’ostéotomie a, du reste, fait ses preuves, depuis que Rhéa Barton l’a introduite dans la chirurgie, en 1826. Sans vous faire l’historique complet de la question, je vous rappellerai qu’elle fut reprise, quatre ans plus tard, par Kearny Rodgers, et pratiquée, en 1847, par Maisonneuve, qui guérit son malade. Ces chirurgiens faisaient nne section à ciel ouvert et en plein trochanter, à l’aide de la scie. Plus tard, Sayre et Adams modifièrent le procédé; le premier, en 1862, en faisant une ostéotomie sous-trochantérienne et essayant de créer par une section curviligne une cavité destinée à former une nouvelle articulation; le second, en 1869, en pratiquant la section sous-cutanée du col fémoral, immédiatement au-dessous de la tête articulaire de cet os. En Allemagne, plusieurs de ces opérations furent tentées, et notamment par Volkmann; mais, en France, l’ostéotomie eut peu de succès. Dans les Bulletins de la Société de chirurgie , on n’en trouve qu’un seul cas, celui relaté en 1882 par le professeur Verneuil, qui redressa ainsi un fémur dont la fracture s’était vicieusement consolidée.
(1) Centralblatt fur Chir., 11 avril 1885.