‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 30 sur 156 · ARTHRITE SYPHILITIQUE DU GENOU · texte numérisé non relu

ARTHRITE SYPHILITIQUE DU GENOU

toire voisin, par exemple, un foyer d’ostéite juxta-épiphysaire. Enfin, il est des arthrites syphilitiques; c’est ce dernier groupe que je vais m’efforcer d’établir devant vous, en m’aidant pour cela des observations de deux malades qui sont actuellement dans nos salles.

Le problème qui s’impose en clinique, c’est de rechercher, en présence de chaque arthrite chronique, quelle en est la véritable nature, pour arriver à faire le départ de ce qui appartient réellement à la tuberculose, et de ce qui doit en être séparé. Delà dépendront à la fois le pronostic et les indications thérapeutiques.

La première de nos deux malades est une femme de trente-trois ans, couchée au n° 1 7 de la salle Notre-Dame. Elle est entrée à l’Hôtel-Dieu le 8 mars 1889, pour une affection chronique du genou gauche, qui a débuté, il y a quatre ans, par l’apparition d’une petite tumeur située au côté externe de l’articulation, et mobile avec elle. Cette tumeur ne l’incommoda pas tout d’abord; elle put continuer à marcher et à travailler ; puis, la gêne devint de plus en plus grande, sans cependant être assez intense pour qu’elle fût obligée de recourir aux conseils d’un médecin.

Ce n’est qu’au mois de décembre dernier qu’elle consulta l’un de nos confrères, qui prescrivit des vésicatoires et l’application de pointes de feu. Cette médication ne fut suivie d’aucun résultat. Continuant à souffrir, la malade se rendit à l’hôpital Saint-Antoine, où on lui ordonna des pointes de feu, de la teinture d’iode sur le genou, et des bains sulfureux. Pendant le mois de janvier, la tumeur augmentant toujours de volume, elle alla à Saint- Louis, où l’on recommença tout d’abord les applications de pointes de feu ; on mit ensuite sur la petite tumeur un emplâtre de Vigo. Mais nous ne pouvons juger de l’ac-

Kirmisson. — Leçons. 13

DES ARTHRITES SYPHILITIQUES.

tion de ce dernier médicament, la malade s’en étant dé» barrassée dès le lendemain de son application.

Le 8 mars, elle entre à l’Hôtel-Dieu. Il existe un gonflement considérable du genou gauche, dû à la présence d’un épanchement intra-synovial. Le cul-de-sac soustricipital remonte à quatre travers de doigt au-dessus de la rotule. Il n’y a pas de tension marquée, mais bien la consistance molle d’une poche modérément remplie; aussi est-il possible d’explorer facilement les extrémités épiphysaires qui ont conservé leur volume normal.

A la partie supéro-externe du genou, en contact avec le bord correspondant de la rotule, on trouve la tumeur indiquée par la malade. Du volume d’une noix, elle est oblongue dans le sens de l’axe vertical du membre, mobile dans tous les sens, sans cependant présenter une mobilité égale, à beaucoup près, à celle des corps étrangers articulaires. Plus haut et en dedans de cette tumeur, on sent un bourrelet induré, répondant au point de réflexion de la synoviale sur l’extrémité inférieure du fémur. Les douleurs sont modérées et limitées aux seules parties indurées; le membre ne présente pas d’attitude fixe; l’articulation a conservé la presque intégrité de ses mouvements, donnant naissance seulement à quelques frottements.

En présence de cet ensemble de symptômes, je portai immédiatement le diagnostic d’arthrite syphilitique. Je me fondai pour cela sur la présence de cette petite tumeur et de cette induration de la synoviale, de siège si précis, si nettement localisé, sur l’existence de douleurs dans les mêmes points, le tout contrastant avec la conservation presque complète des fonctions du membre, avec la marche lente et insidieuse de l’affection. Ces caractères sont bien là, en effet, ceux de l’arthrite syphili-

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