ARTHRITE SYPHILITIQUE DU GENOU
tique. Cependant la malade se refusait à avouer tout antécédent spécifique, quelque précaution que nous missions à l’interroger. Nous n’avions aucun compte à tenir de ses dénégations en présence de cicatrices caractéristiques à la région dorso-lombaire. Aujourd’hui, d’ailleurs, l’amélioration très notable et rapidement obtenue par l’usage du traitement mixte (emplâtre de Vigo et sirop de Gibert) viendrait au besoin lever tous les doutes.
Notre seconde observation se rapporte également à une femme. Agée de vingt-sept ans à l’heure actuelle, elle nous raconte que son affection a débuté, il y a cinq ans environ, par des douleurs et de la tuméfaction du genou droit. Au bout de quatre ou cinq mois, sont apparues, à la partie inférieure du creux poplité, deux tumeurs du volume d’un petit œuf de pigeon. Ces tumeurs ont persisté pendant trois à quatre mois sans changer de caractères; puis, elles sont devenues le siège de rougeurs et se sont ouvertes en donnant issue à un liquide sanieux, sanguinolent. Vous reconnaissez là le contenu habituel des gommes syphilitiques. La plaie ainsi formée n’a pas mis moins de deux mois à se cicatriser; aujourd’hui même, on en voit encore la trace, sous la forme d’une cicatrice brunâtre, pigmentée, dans le creux poplité.
Il y a quatre ans, le genou gauche s’est pris à son tour» En même temps que ce genou augmentait de volume, la région des malléoles du même côté devenait le siège de douleurs et de tuméfaction. La malade n’a suivi, du reste, aucun traitement; elle a eu seulement de temps en temps recours au repos, qui lui procurait du soulagement. Le genou gauche, au moment où la malade est entrée à l’Hôlel-Dieu, présentait, de chaque côté du ligament rotulien, un empâtement manifeste, dû à l’œdème
DES ARTHRITES SYPHILITIQUES.
du tissu adipeux en ce point. C’est là, du reste, une circonstance que l’on rencontre dans un bon nombre d’arthrites chroniques, et sur laquelle Gubler a depuis longtemps déjà appelé l’attention. Il existe, en outre, une certaine quantité de liquide dans l’articulation, ainsi qu’en témoigne la présence du choc rotulien.
La palpation permet de reconnaître l’existence, au côté externe de la rotule, d’un bourrelet constitué par un épaississement manifeste de la synoviale. Ce bourrelet roule sous le doigt et se déplace dans le sens de l’axe principal du membre. En outre, le cul-de-sac soustricipital est parsemé d’un semis granuleux, qui donne, sous la pression du doigt, la sensation de crépitation. J’ajoute que l’arête séparant la face inférieure du condyle externe de la face externe du même condyle est augmentée de volume et douloureuse à la pression. Dans le creux poplité, l’on trouve une tumeur kystique ne paraissant pas communiquer avec l’articulation; du moins ne diminue-t-elle pas de grosseur quand on la comprime.
L’extrémité inférieure de la jambe du même côté est augmentée de volume ; les gouttières rétro-malléolaires ont disparu sous l’influence du gonflement; le tibia luimême est le siège d’hyperostose et de douleurs à la pression.
Cette malade, comme la précédente, nie tout antécédent syphilitique. Cependant, en l’interrogeant, on apprend qu’elle souffre de céphalée et de douleurs ostéocopes dans le membre inférieur gauche. Outre les cicatrices de gourmes dont nous avons noté la présence dans le creux poplité du côté droit, la malade porte en outre une plaque de psoriasis syphilitique à la pointe de l’olécrane du côté gauche. Elle raconte que