‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 33 sur 156 · CARACTÈRES CLINIQUES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES CLINIQUES

Il m’est impossible, vous le comprenez, de rapporter ici toutes ces observations. Je donnerai seulement comme type celle d’un homme que j’ai soigné l’année dernière à l’hôpital Broussais, parce qu’elle est des plus concluantes. Cet homme, âgé de cinquante-huit ans, employé de magasin, était entré à l’hôpital le 12 août 1888. Blond, pâle, très amaigri, avec son genou gauche tuméfié, globuleux, il présentait, à première vue, toutes les apparences d’un tuberculeux atteint d’une arthrite fongueuse de l’articulation du genou ; et c’est probablement comme tel qu’il fut dirigé sur le service des chroniques, à l’hôpital Broussais. Cependant l’examen soigneux que nous fîmes de ce malade nous fit bien vite abandonner notre première impression. Nous apprîmes en effet que le mal avait débuté sans cause apparente, le 5 juillet précédent. Les douleurs du genou augmentant peu à peu d’intensité avaient obligé le malade à prendre le lit. Plusieurs vésicatoires avaient été appliqués sans résultat.

Au moment où nous l’examinions, le membre était dans la demi-flexion, le genou très tuméfié, le cul-de-sac sous-tricipital fortement distendu. En ce point, la synoviale considérablement épaissie, indurée, présentait une consistance cartilagineuse. Outre cette première tuméfaction siégeant au niveau du cul-de-sac sous-tricipital, on percevait une augmentation de volume manifeste du condyle interne, au niveau duquel la pression était douloureuse. Enfin, il y avait encore de l’empâtement audessous et en dedans de la rotule, au niveau de la tubérosité interne du tibia. En présence de ces symptômes, et malgré l’absence de commémoratifs qui vinssent corroborer notre diagnostic, j’admis la nature syphilitique de la lésion. Et, de fait, sous l’influence du traite-

DES ARTHRITES SYPHILITIQUES.

ment spécifique, les trois indurations que j’ai signalées dans l’épaisseur de la synoviale elle-même et au niveau des tubérosités fémorale et tibiale, n’ont pas tardé à disparaître; le liquide s’est résorbé. Plus tard, l’électricité et le massage ont rendu aux muscles leur énergie et rétabli l’intégrité des mouvements. Enfin, le 12 novembre, le malade a pu quitter l’hôpital, guéri comme par enchantement de sa pseudo-tumeur blanche syphilitique.

En résumé donc, au point de vue du diagnostic, la localisation exacte des douleurs et de la tuméfaction en un ou plusieurs points d’une jointure, a une importance capitale. Une autre circonstance, qui présente également un grand intérêt, c’est le contraste existant entre les lésions anatomiques, souvent très marquées, et le peu de troubles fonctionnels. Ce malade dont le genou offre une tuméfaction énorme, meut encore sa jointure avec une grande facilité. Dans les autres variétés d’arthrites chroniques, et dans les arthrites tuberculeuses en particulier, on n’observe que bien rarement une pareille intégrité des mouvements.

Le pronostic est généralement favorable ; il n’acquiert de gravité que dans les syphilis malignes, qui conduisent souvent les malades à la mort à la suite de manifestations graves du côté des viscères et des divers appareils. C’est dans ces cas que les lésions osseuses pénètrent jusque dans l’intérieur des articulations, et produisent ces destructions étendues dont de beaux exemples ont été présentés à la Société anatomique par M. Gangolphe.

Dans les cas ordinaires, le traitement spécifique amène, à lui seul, la guérison. Ici, en effet, les préceptes de Bonnet relatifs à l’immobilisation n’ont pas toute l’importance qu’ils présentent d’ordinaire. Le redresse-

TRAITEMENT

ment n’est point indiqué, l’immobilisation meme n’est pas nécessaire. Tout au plus peut-on recourir à la compression pour faciliter la résorption de l’hydarthrose ; mais, je le répète, le traitement spécifique suffit à lui seul à procurer la guérison.

Plus tard, s’il reste de l’atrophie musculaire et des raideurs, le massage, les bains sulfureux, l’électrisation, seront utilement employés pour les combattre et rétablir l’intégrité des fonctions du membre.

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