KYSTE HYDATIQUE DE LA PAROI ABDOMINALE
la tumeur ne s’enfonçait pas dans la région de l’hypochondre, comme une tumeur de la rate; il était possible d’insinuer la main entre son extrémité supérieure et le rebord des côtes; sa matité ne se continuait pas, non plus, avec la matité splénique. Quant à une tumeur du rein, il n’y fallait pas penser davantage; déjà, nous .avons dit que la fonction urinaire était parfaitement intacte. De plus, si la tumeur s’avançait jusque dans la région lombaire, elle pouvait, grâce à sa grande mobilité, être repoussée en avant, et les deux mains placées, l’une sur la paroi antérieure de l’abdomen, l’autre sur la fosse lombaire, pouvaient arriver au contact et reconnaître qu’il n’y avait aucun néoplasme développé au niveau du rein. Si donc la tumeur, grâce à son extrême mobilité et à son volume considérable, pénétrait jusque dans la fosse lombaire, il était évident qu’elle ne s’y était pas développée primitivement.
Notre tumeur n’appartenait donc, ni à la rate, ni au rein; mais ne s’était-elle pas formée dans l’épaisseur même de la paroi abdominale? Nous avions bien des raisons pour croire que les choses s’étaient vraiment passées ainsi; chez cette malade, comme chez le jeune homme atteint de fibrome calcifié de la paroi abdominale, dont je vous ai précédemment rapporté l’histoire, nous pouvions invoquer le mode de début de la tumeur.
En effet, la malade en a constaté l’existence, alors qu’elle ne dépassait pas le volume d’une noix. Si la tumeur s’était primitivement formée dans la profondeur de l’abdomen, il eût été bien extraordinaire que la malade eût remarqué sa présence, alors que son volume était encore si peu considérable. En outre, comme les tumeurs développées dans l’épaisseur même de la paroi abdomi-
Kikmisson. — Leçons. 16
nale, cetie masse très mobile pendant le relâchement des muscles, devenait au contraire complètement immobile, lorsque la paroi musculaire entrait en contraction. Ces diverses raisons nous conduisaient à penser que nous étions en présence d’une tumeur développée dans l’épaisseur même de la paroi abdominale antérieure. Quant à la consistance de la tumeur, c’était bien manifestement à une masse liquide que nous avions affaire; elle présentait, en effet, au plus haut point la rénitence et même la fluctuation, telles qu’on les rencontre dans une poche liquide fortement tendue. Nous ne pouvions point penser à un abcès ; la longue durée du développement de la tumeur, l’absence de douleurs, l’intégrité de la santé générale, étaient autant de circonstances qui s’élevaient contre la nature purulente du contenu. Et ainsi, nous arrivions invinciblement à l’idée de kyste; or, comme les kystes hydatiques sont ceux qu’on rencontre le plus souvent en dehors des organes qui, par la dégénérescence de leur épithélium, peuvent donner naissance à la formation de kystes, nous portâmes le diagnostic de kyste hydatique de la paroi abdominale antérieure.
La ponction vint bientôt vérifier l’exactitude de notre diagnostic. En effet, le 30 juillet, nous avons fait, à 6 ou 7 centimètres à gauche, et un peu au-dessous de l’ombilic, une ponction aspiratrice, qui a donné issue à 620 grammes d’un liquide clair, transparent comme de l’eau de roche, absolument caractéristique des kystes hydatiques. D’ailleurs l’examen histologique nous a permis de reconnaître l’existence d’une très grande abondance de crochets. Nous avons fait suivre l’évacuation du liquide de l’injection dans l’intérieur de la poche de 5 grammes de liqueur de Van Swielen, soit 5 milligrammes de sublimé. Immédiatement après la ponction, s’est