DIX-SEPTIÈME LEÇON
DU TORTICOLIS
Torticolis musculaire et torticolis osseux. — Caractères différentiels des deux affections. — Étiologie et pathogénie du torticolis musculaire. — Son traitement par la section à ciel ouvert du sternomastoïdien.
Il est toujours utile de rapprocher, pour les comparer entre eux, les différents types cliniques d’une même affection. C’est pourquoi je saisis l’occasion qui m’est offerte de vous présenter deux malades atteints de torticolis, maladie qui, pour être semblable dans plusieurs de ses manifestations symptomatiques, n’en offre pas moins, suivant les cas, des différences profondes dans ses causes et ses lésions anatomiques. En effet, à côté des lésions osseuses et articulaires qui donnent naissance à la déviation particulière delà tête et du cou décrite sous le nom de torticolis , il est des déviations qui sont dues à la contracture ou à la rétraction du sterno-mastoïdien, torticolis musculaires ou torticolis proprement dits.
La première des deux malades actuellement soumis à notre examen est une jeune fille de seize ans, qui, en octobre 1887, a été brusquement atteinte, à son réveil, de torticolis. La tête était inclinée sur l’épaule gauche avec rotation du côté opposé. La veille, elle s’était couchée bien portante, mais elle avait été exposée à un courant d’air. Chose curieuse, son père, au même moment, aurait présenté les mêmes symptômes, mais d’une façon
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toute passagère. Chez notre petite malade, au contraire, la déformation persista. Il était impossible de ramener la tête dans la rectitude, et les mouvements produisaient de vives douleurs. Les choses restèrent dans cet état pendant six mois environ ; après quoi apparut un gonflement considérable de la nuque. Les douleurs spontanées et sous l’influence des mouvements gardaient toute leur intensité; cependant jamais un traitement actif ne fut appliqué, à part quelques pointes de feu faites dans ces derniers temps à la Salpêtrière.
Quand on examine aujourd’hui la malade, on est immédiatement frappé de son attitude vicieuse : la tête est inclinée sur l’épaule gauche, et la face est tournée du côté opposé, c’est-à-dire à droite. Une ligne verticale partant de la commissure externe de l’œil gauche vient tomber sur la fourchette sternale, tandis que la verticale abaissée du menton coupe la clavicule droite à l’union de son tiers interne avec ses deux tiers externes. Toutes les tentatives de réduction ne font que provoquer des douleurs et demeurent sans résultat. L’épaule gauche est soulevée par la contracture du trapèze; les sternomastoïdiens sont tout à fait normaux. Bien que les deux yeux ne se trouvent plus placés sur une même ligne horizontale, la malade n’accuse pas de diplopie.
La moitié droite de la nuque est occupée par une saillie manifeste se prolongeant en haut jusqu’à l’occipital, en bas jusqu’à la septième vertèbre cervicale. Cette tumeur est arrondie, rénitente, de consistance uniforme, ne présentant nulle part de fluctuation. La pression sur les apophyses épineuses reste négative, tandis que cette même pression est très douloureuse, quand on vient à l’exercer sur les apophyses transverses du côté droit. Les mouvements de flexion et d’extension de la