TORTICOLIS MUSCULAIRE ET OSSEUX
tête sont possibles, quoique légèrement limités; les mouvements de rotation sont presque nuis et excessivement douloureux. Le toucher pharyngien fait reconnaître l’existence d’une saillie osseuse au niveau des premières vertèbres cervicales.
En présence de cet ensemble de symptômes, le diagnostic s’impose : nous avons affaire à un torticolis osseux, traduisant l’existence d’un mal de Pott sousoccipital.
Mais, avant d’entrer plus avant dans l’étude de cette question, je tiens à vous retracer immédiatement l’histoire de notre second malade, afin que vous puissiez mieux saisir les caractères qui différencient l’un de l’autre ces deux faits cliniques.
Ce second malade est un jeune garçon de quaforze ans, qui présente, lui aussi, une déviation très prononcée de la tête et du cou; à l’âge de dix-huit mois, cette ttitude vicieuse s’est montrée, sans cause apparente, sans que l’enfant ait jamais eu de convulsions. Depuis lors, elle s’est exagérée d’une manière continue, surtout vers lage de sept ans, au moment où l’enfant a commencé à fréquenter l’école. Enfin, depuis trois ans, la déviation s’est accentuée de plus en plus.
Aujourd’hui, quand nous examinons ce jeune garçon, nous le trouvons petit, peu développé pour son âge, bien que son état général soit excellent. Sa tête est fortement inclinée sur l’épaule droite, qui est elle-même plus élevée que la gauche. La face est tournée en sens contraire de l’inclinaison du cou, c’est-à-dire en rotation vers la gauche. C’est bien là l’attitude classique du torticolis musculaire. Une ligne verticale abaissée de l’œil droit tombe sur l’articulation sterno-claviculaire droite ; la ligne médiane de la face prolongée par en bas coupe
DU TORTICOLIS
la clavicule gauche à l’ union de son tiers interne avec le tiers moyen. L’œil gauche est plus élevé que l’œil droit d’environ trois centimètres.
Si maintenant on vient à examiner la région latérale droite du cou, on est frappé par la présence d’une corde tendue formée parle chef claviculaire du sterno-mastoïdien. Le chef sternal est aussi contracturé, mais à un moindre degré. Quand on essaye de détruire l’attitude vicieuse, on n’arrive à aucun résultat, si ce n’est à rendre plus saillante la corde formée par le muscle malade. Les muscles de la nuque sont complètement indemnes, ainsi que les articulations vertébrales qui jouissent de l’intégrité de leurs mouvements de flexion, d’extension et de rotation.
Comme dans tous les cas où le torticolis date de très longtemps et remonte aux premières années de l’existence, on constate, chez notre jeune malade, une asymétrie très marquée de la face. Tout le côté droit est atrophié; la pommette de ce côté est moins saillante; le front est plus fuyant. Il n’existe pas de troubles oculaires.
Ici, comme chez notre petite malade de la salle des femmes, le diagnostic n’est pas difficile à poser. C’est encore à un torticolis que nous avons affaire; mais celte fois l’affection est musculaire et sous la seule dépendance du sterno-mastoïdien. Des caractères bien tranchés séparent, comme vous le voyez, ces deux affections qui n ont de commun que le nom. Il est cependant des cas difficiles; tout le monde connaît à cet égard l’erreur commise par Bouvier, et rapportée par lui dans ses Leçons (1). Il s’agissait d’une petite fille de sept à
(1) Bouvier, Leçons cliniques sur les maladies chroniques de l'appareil locomoteur , 1858, p. 77.