DIAGNOSTIC DES DEUX VARIÉTÉS OSSEUSE ET MUSCULAIRE
huit ans, présentant une inclinaison de la tête à droite, avec rotation de la face du côté gauche ; le sterno-mastoïdien droit était rétracté. Bouvier crut à un torticolis musculaire; mais l’enfant ayant succombé à une fièvré typhoïde intercurrente, on trouva des lésions osseuses évidentes. Il existe donc des faits qui peuvent prêter au doute; aussi n’est-il pas inutile de vous retracer ici les différents caractères sur lesquels s’établit le diagnostic différentiel entre les torticolis musculaire et osseux.
L’attitude vicieuse peut être la même dans les deux cas; mais quand la colonne vertébrale est atteinte, il y a le plus souvent de la tuméfaction à la nuque, ou bien une localisation douloureuse au niveau des premières vertèbres cervicales. Chez la jeune fille que je vous présente actuellement, nous avons expressément noté une douleur vive à la pression sur les apophyses transverses des deux premières vertèbres cervicales. De plus, signe très important, dans les affections osseuses et articulaires, les mouvements de la tête, et spécialement les mouvements de rotation, sont plus ou moins abolis, tandis que, dans le torticolis musculaire, tous les mouvements sont conservés.
Mais, dans l’immense majorité des cas, l’attitude qui caractérise chacune des deux affections est différente. C’est dans les altérations osseuses qu’on rencontre les attitudes les plus variables, la tête pouvant être inclinée latéralement, avec ou sans rotation; la rotation pouvant se faire dans le même sens que l’inclinaison latérale, ou bien du côté opposé. Dans le torticolis du sterno-mastoïdien, au contraire, l’attitude est toujours la même, caractérisée par l’inclinaison latérale de la tête avec rotation du côté opposé.
Pour en revenir à notre première malade, le mal de
DU TORTICOLIS
Pott sous-occipital dont elle est atteinte peut servir detype à une description classique. Chez elle, l’altération siège au niveau des apophyses articulaires de l’allas et de l’axis du côté droit. En effet, la maladie peut être, tantôt bilatérale, tantôt unilatérale. Les articulations atlo-occipitales et atlo-axoïdiennes sont ici prises simultanément ; c’est ce qui arrive le plus souvent, et l’on comprend aisément que l’altération des articulations axoïdiennes doive amener la suppression des mouvements de rotation. Le mal a-t-il débuté par les os ou par les membranes synoviales? Il est impossible derépondre à cette question. Bouvier, dans son ouvrage, décrit les deux formes synoviale et osseuse. M. Lannelongue, dans ses Leçons sur le mal de Pott (1), se prononce, d’après une théorie générale qui lui est commune avec Yolkmann, en faveur de l’origine osseuse ; mais aucun de ces auteurs n’apporte de preuve décisive à l’appui de son opinion.
Une question plus importante, c’est celle de la naturetuberculeuse ou rhumatismale de l’affection. Ici tout est en faveur de la tuberculose ; la marche lente et apyrétique de la maladie, l’état général peu satisfaisant, les antécédents personnels et héréditaires. En effet, la mère de cette jeune fille a succombé à la tuberculose pulmonaire; elle-même présente actuellement, au sommet du poumon droit, de la matité, une respiration rude et une expiration prolongée.
Dans ces conditions, le pronostic est grave, tant à cause de la nature tuberculeuse des lésions, que des complications qui peuvent survenir. Les luxations spontanées, nom sous lequel le mal occipital était autrefois-
(1) Lannelongue, Tuberculose vertébrale. Paris, 1888, p. *270.