SYMPTOMES DES LUXATIONS EN AYANT
ché. A cette abduction plus ou moins marquée suivant les cas, se joint un certain degré de rotation, soit en dedans, soit en dehors. Mais ce qui a plus d’importance encore que l’attitude anormale du membre, c’est la direction que présente l’axe de l’humérus. A l’état normal, si vous prolongez par en haut l’axe de l'humérus, vous reconnaissez que cet axe vient passer par le moignon de l’épaule, qu'il répond, en d’autres termes, à l’articulation scapulo-humérale. Dans les luxations en avant, l’axe de l’humérus est dévié en dedans; au lieu de répondre à l’articulation de l’épaule, il vient couper la clavicule en un point de son étendue, le plus souvent à l’union de son tiers externe avec ses deux tiers internes. Ce refoulement de la partie supérieure de l’humérus en dedans entraîne une déformation correspondante du moignon de l’épaule. La tête n’occupant plus son siège normal, le moignon de l’épaule est aplati, et le chirurgien peut enfoncer le doigt au-dessous de l’acromion; en outre, par suite du déjettement de l’extrémité supérieure de l’humérus en dedans, le deltoïde forme avec le reste du bras un angle ouvert en dehors; il en résulte, au niveau des attaches inférieures du deltoïde, une dépression en coup de hache d’autant plus marquée que le déplacement en dedans est plus prononcé. 11 est possible enfin, par la palpation de la paroi antérieure de l’aisselle et delà cavité axillaire elle-même, de reconnaître que la tête humérale occupe une situation anormale. La luxation est-elle sous-coracoïdienne, on peut, avec les doigts enfoncés profondément dans l’aisselle, reconnaître la saillie anormale formée par la tête humérale dans cette cavité ; si , au contraire, le déplacement de la tête en dedans est plus marqué, en un mot, si la luxation est intracoracoïdienne, on ne peut plus sentir avec les doigts la tête
LUXATIONS DE L’ÉPAULE
dans la cavité axillaire; ce que l’on trouve, c’est seulement la face interne de l’os. La tête placée plus haut et plus en dedans est appréciable seulement par le relief qu’elle fait sur la paroi antérieure de l’aisselle, à peu de distance au-dessous de la clavicule.
Les autres symptômes, tels que ceux tirés de la présence et du siège de l’ecchymose, des troubles fonctionnels, de l’existence ou de l’absence de raccourcissement, ont une beaucoup moindre valeur. Aussi, je le répète, sont-ce les changements dans l’attitude du membre, dans la direction de l’axe de l’humérus, les déplacements de la tête humérale, que vous devez surtout vous attacher à étudier. Pour cela, il est nécessaire de procéder par comparaison ; vous plaçant en face du malade dont les épaules sont découvertes, vous pouvez reconnaître les moindres modifications qui se sont produites dans la symétrie des membres supérieurs, et, par là, éviter les erreurs de diagnostic.
S’il est important d’attirer l’attention sur le diagnostic des luxations de l’épaule, il n’est pas d’un moindre intérêt d’étudier les diverses complications qui peuvent se montrer dans ce genre de traumatismes. Ce sont tout d’abord des fractures qui peuvent siéger, soit sur l’extrémité supérieure de l’humérus, soit sur l’omoplate. Il est exceptionnel de rencontrer, en même temps que des luxations de l’épaule, des fractures de l’acromion et de l’apophyse coracoïde; mais on observe beaucoup plus souvent des fractures de la cavité glénoïde et du col de l’omoplate. Les fractures de la tête humérale sont loin d’être rares; du moins observe-t-on souvent des arrachements des tubérosités humérales qui, s’ils rendent facile la réduction, favorisent aussi singulièrement la reproduction du déplacement. Plus rares sont les fractures