COMPLICATIONS DU COTÉ DES NERFS
de l’extrémité supérieure de l’humérus en totalité, compliquant les luxations de l’épaule et rendant très difficile la question du traitement. Mais je n’insiste pas sur ces diverses complications, dont je ne saurais vous montrer aucun exemple précis en ce moment.
A côté des complications du côté des os, il est encore à noter celles qui se montrent sur les vaisseaux et les nerfs, déchirures des artères, contusions et compressions des nerfs. Rien n’est moins exceptionnel que devoir des malades atteints de luxation de l’épaule accuser en même temps des fourmillements et une perte de sensibilité dans les doigts. Ainsi que l’a fait remarquer M. le professeur Panas, c’est surtout dans les luxations intracoracoïdiennes que se rencontrent ces troubles de la sensibilité, parce que, dans cette variété, la tête arrivant presque au contact de la paroi thoracique, peut comprimer le plexus brachial contre le plan des côtes. 11 est bon de s’assurer, au moment du premier examen, de l’existence ou de l’absence de ces troubles nerveux ; car, plus tard, ils pourraient être attribués par le malade aux tractions exercées pendant les tentatives de réduction. Vous avez eu ici même, au commencement de l’année scolaire, un exemple de ces paralysies du plexus brachial compliquant une luxation de l’épaule, sur une femme de cinquante-huit ans, qui était entrée, le 29 novembre 1888, dans notre service. Un mois avant, elle avait été renversée par une voiture. Ayant complètement perdu connaissance au moment de l’accident, cette femme ne pouvait nous rendre compte de ce qui s’est passé; mais le médecin qui lui a donné des soins, M. le Dr Delaunay, nous a affirmé qu’il avait constaté chez elle tous les signes très nets d’une luxation de l’épaule en avant. N’ayant rien sous la main pour appliquer un bandage,
LUXATIONS DE L’ÉPAULE
M. Delaunay envoya la malade à l’hôpital Beaujon, où la réduction fut opérée. Immédiatement après, la malade quitta l’hôpital, mais elle a conservé depuis lors une paralysie complète du membre supérieur gauche. Au moment où elle s’est présentée à notre examen, nous avons constaté que les muscles de la main, de l’avant-bras, du bras et de l’épaule, étaient paralysés. A l’avant-bras, la contractilité électrique était complètement abolie ; le biceps, le triceps, le deltoïde, ne fournissaient que de légères contractions fibrillaires sous l’influence du courant faradique. Le grand pectoral et le trapèze se contractaient beaucoup plus faiblement que les mêmes muscles du côté opposé. On constatait des plaques d’anesthésie à la partie postérieure de l’avantbras ; il y avait aussi une diminution marquée de la sensibilité des doigts et de la main. La température était plus élevée du côté malade que du côté sain. Pendant le séjour de la malade à l’hôpital, des troubles trophiques, œdème du membre, état lisse de la peau des doigts, sudation abondante, se montrèrent. De vives douleurs du côté du petit doigt vinrent déceler l’existence d’une névrite périphérique, dans la zone du nerf cubital. Malheureusement, au bout de six semaines, malgré nos conseils, la malade voulut absolument quitter l’hôpital. Depuis lors, nous n’avons plus eu de ses nouvelles ; mais, malgré l’emploi quotidien de l’électricité pendant son séjour au milieu de nous, il n’y avait, à sa sortie, aucune amélioration dans son état.
Vous voyez, d’après cet exemple, que les paralysies du plexus brachial compliquant les luxations de l’épaule méritent d’être bien connues; car elles sont de nature à aggraver beaucoup le pronostic. Un nerf dont la paralysie est souvent liée aux déplacements de la tête humé-