‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 57 sur 156 · COMPLICATIONS VASCULAIRES · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS VASCULAIRES

face interne du bras, descendant jusqu’au-dessous du coude. Tout le membre supérieur est le siège d’un gonflement très prononcé, légèrement violacé et notablement refroidi à la palpation. Le pouls est complètement absent au niveau des artères radiale et cubitale. En présence de ces symptômes, je pense, comme M. Rochard, qu’il existe une lésion vasculaire importante; toutefois, il me paraît avantageux de tenter la réduction de la luxation, pour ne pas s’exposera rencontrer plus tard des obstacles insurmontables.

Le vendredi 12 avril, le malade est endormi, et, avec l’aide de deux aides exerçant des tractions graduées et continues sur le membre supérieur, j’obtiens au bout de quelques instants la réduction. Celle-ci s’effectue en deux temps : dans un premier temps, la tête s’abaisse en suivant la paroi antérieure de l’aisselle ; dans le second temps, elle rentre brusquement dans la cavité glénoïde, avec une grosse crépitation, qui confirme le diagnostic de fracture porté précédemment. Pendant les jours suivants, nous avons étudié avec intérêt les modifications qui se présentaient du côté du membre malade. Nous avons vu lentement diminuer l’œdème et la teinte ecchymotique du membre supérieur et de la partie latérale du tronc. Malgré la réduction de la luxation, le pouls n’a pas reparu; à plusieurs reprises, nous avons recherché les battements de l’artère radiale, de la cubitale et de Tarière humérale elle-même au niveau du pli du coude, sans jamais arriver à les percevoir. Nous avons engagé plusieurs personnes à faire cette recherche avec nous, et notamment le professeur Dubreuil (de Montpellier), qui nous faisait l’honneur de visiter notre service.

Pour tout le monde, il est demeuré parfaitement certain que les pulsations artérielles étaient supprimées

LUXATIONS DE L’ÉPAULE

dans le membre qui avait été le siège de la luxation. Cependant ces mêmes battements étaient parfaitement normaux dans le membre du côté opposé. Nous avons assisté chez ce malade à un phénomène qu’il n’est pas rare de rencontrer dans les cas où la circulation a été supprimée dans l’artère principale d’un membre, soit par une ligature, soit par un caillot embolique: je veux parler de l’élévation de la température locale dans le membre lésé. En effet, au bout de quelques jours, au refroidissement qui avait été constaté lors de l’entrée du malade, a fait suite une élévation de température facile à constater avec la main. Le 22 avril, nous avons mesuré, à l’aide d’un thermomètre à température locale, cette élévation de température, et nous avons trouvé 33°, 8 pour le membre supérieur droit, et seulement 27° pour le membre gauche, soit une différence de près de 7 degrés en faveur du membre qui a été le siège de la luxation.

Depuis lors, l’état de ce membre ne s’est pas sensiblement modifié. La luxation s’est maintenue bien réduite ; cependant la tête fait encore une saillie un peu forte en avant, cela sans doute à cause de la fracture concomitante dont nous avons noté l’existence. Le pouls n’a pas reparu; la température locale reste plus élevée que dans le membre du côté opposé. Les troubles nerveux qui, nous l’avons dit, ne sont pas rares à la suite des luxations de l’épaule, font ici complètement défaut; la sensibilité et la motilité du membre supérieur sont parfaitement intactes.

Les troubles vasculaires sont beaucoup plus exceptionnels; il en existe seulement quatre exemples classiques, et le fait que nous avons sous les yeux appelle une discussion. Le premier cas appartient à Auguste Bérard, qui observa une luxation sous-coracoïdienne, compliquée de

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