‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 59 sur 156 · DÉCOLLEMENT ÉPIPHYSAIRE DE L’EXTRÉMITÉ SUPÉRIEURE DE L’HUMÉRUS · texte numérisé non relu

DÉCOLLEMENT ÉPIPHYSAIRE DE L’EXTRÉMITÉ SUPÉRIEURE DE L’HUMÉRUS

Décollement épiphysaire de l’extrémité supérieure de l’humérus droit chez une petite fille de douze ans. — Diagnostic à faire avec les fractures et les luxations de l’épaule. — Décollement épiphysaire d’origine pathologique (ostéite de développement; syphilis héréditaire). — Décollements taumatiques ; leur influence sur le développement de l’os en longueur. — Intervention chirurgicale dans les cas compliqués.

Je ne puis laisser passer sous silence un fait qui vient de se produire à notre consultation, fait curieux par sa rareté et qui comporte en même temps les notions les plus utiles au point de vue de renseignement. Une jeune fille de douze ans nous a été amenée par sa mère pour un traumatisme de l’épaule droite, qui avait eu lieu peu d’instants auparavant. Suivant une habitude déplorable des enfants de son âge, cette fillette s’était suspendue aux ressorts d’une voiture qui passait dans la rue, lorsqu’elle lâcha prise et tomba en se faisant une lésion très douloureuse de l’épaule droite. Lorsque l’enfant nous fut présentée, elle se plaignait très vivement de cette épaule; mais on n’apercevait au dehors ni ecchymose, ni trace de gonflement. Je pris entre les doigts l’extrémité inférieure de l’humérus, et je vis que je pouvais imprimer à cet os des mouvements anormaux, portant son extrémité inférieure en haut et en dehors, tandis que son extrémité supérieure, au lieu de répondre â l’acromion,

DÉCOLLEMENT ÉPIPHYSAIRE.

comme à l’état, normal, venait passer en dedans de l’apophyse coracoïde ; de telle sorte que l’axe de l’humérus prolongé par en haut venait couper la clavicule à l’union de son tiers externe avec ses deux tiers internes, absolument comme dans une luxation de l’épaule. Mais nous observions chez cette enfant un symptôme qui n’appartient pas d’ordinaire aux luxations de l’épaule, savoir, une mobilité extrême de l’extrémité supérieure de l’os. Le membre pouvait être entraîné en tous sens ; le bras n’était plus attaché au tronc que par des parties molles très lâches; l’épaule paraissait complètement disloquée; je ne saurais mieux comparer ce qui existait chez cette jeune fille qu’à ce qui se passe dans certaines arthropathies tabétiques, où les ligaments sont complètement détruits, et où la jambe mobile en tous sens prend le nom de jambe de polichinelle . Or, vous n’ignorez pas que, dans les luxations de l’épaule, la tête est plus ou moins fixée dans sa position anormale; loin d’être augmentée, l’amplitude des mouvements du membre supérieur est au contraire diminuée. Du reste, un autre fait encore s’opposait à ce que nous pussions admettre l’existence d’une luxation de l’épaule, dans ce cas particulier; c’est que, ni par la palpation de la paroi antérieure de l’aisselle, ni parle creux axillaire, nous n’arrivions à reconnaître la tête humérale déplacée. C’était donc seulement la partie supérieure de la diaphyse qui, dans les mouvements d’abduction et d’élévation du bras, venait prendre une position anormale, et ceci nous conduisait à admettre l’hypothèse d’une fracture; mais l’idée d’une fracture permettant une pareille mobilité anormale et un si grand déplacement n’allait pas sans celle de crépitation. Or, ici, quelle que fût l’amplitude des mouvements anormaux que nous imprimions au membre malade, nous n’ar-

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