‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 61 sur 156 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

laissent véritablement aucun doute sur la nature de la lésion.

Le pronostic n’est pas dépourvu d’une certaine gravité. En effet, tel est le voisinage de l’articulation, qu’on comprend qu’elle ait pu participerai! traumatisme, ou qu’elle devienne consécutivement le point de départ de phénomènes inflammatoires, qui sont de nature à mettre obstacle aux fonctions du membre. Une autre considération pronostique d’un grand intérêt se tire des fonctions du cartilage épiphysaire à l’état normal. Puisqu’il préside à l’accroissement des os en longueur, il faut s’attendre, en cas de lésions traumatiques, telles que le décollement, à voir les fonctions du cartilage épiphysaire plus ou moins altérées, et le membre, comme conséquence de ce trouble nutritif, présenter un raccourcissement plus ou moins considérable. C’est en effet ce qui a été observé; Goyrand, par exemple, a publié deux cas de disjonction traumatique de l’extrémité inférieure du radius, dans lesquels la guérison se produisit avec un raccourcissement de plusieurs centimètres. Lorsque le décollement épiphysaire est compliqué de plaie, le pronostic prend, comme vous le comprenez sans peine, un bien plus haut caractère de gravité. En pareil cas, la porte est ouverte à toutes les complications que peut faire naître la suppuration d’un foyer de fracture compliquée. On a également bien plus à craindre la production d’un raccourcissement ultérieur, soit que le cartilage épiphysaire ait été détruit par le pus, soit qu’une résection devenue nécessaire ait supprimé une épaisseur plus ou moins considérable des couches qui le composent. Nous allons voir se vérifier la justesse de ces prévisions en ce qui concerne le décollement épiphysaire de l’extrémité inférieure du fémur.

DÉCOLLEMENT ÉPIPHYSAIRE.

Tel est, en effet, l’intérêt qui s’attache à l’étude du décollement traumatique des épiphyses, qu’il y aurait lieu de consacrer une description spéciale au décollement de chacune des grandes épiphyses des os longs. Notre collègue, M. Delens, l’a compris, et, dans un travail publié en 1884 (1), il s’est efforcé de combler cette lacune en ce qui concerne l’épiphyse de l’extrémité inférieure du fémur. Le point de départ du travail de M. Delens est dans l’observation d’un jeune garçon de huit ans et demi, qui s’était fait un décollement de l’épiphyse inférieure du fémur droit dans des conditions tout à fait analogues à celles qui ont amené le décollement épiphysaire de l’humérus, chez la petite fille que nous étudions ensemble aujourd’hui. Ce garçon, en grimpant derrière une voiture en marche, eut la jambe droite prise entre les rayons de la roue. Il en résulta un décollement épiphysaire de l’extrémité inférieure du fémur compliqué de plaie. La réduction du fragment supérieur qui faisait issue à travers les téguments étant impossible, même sous le chloroforme, il fallut pratiquer la résection de ce fragment. La guérison fut obtenue, mais après une assez longue suppuration. Ce qu’il y a de particulièrement intéressant dans ce fait, c’est que, pendant longtemps, M. Delens a pu suivre son malade. Au bout de cinq ans, le raccourcissement mesurait 6 centimètres; cinq ans plus tard, c’est-à-dire dix ans après l’accident, il atteignait 9 centimètres et demi. De ses recherches, M. Delens conclut que le décollement traumatique de l’épiphyse inférieure du fémur s’observe presque exclusivement chez de jeunes garçons, surtout entre dix et dix-huit ans. L’accident se produit par l’extension forcée

(1) Delens, Des décollements traumatiques de l'épiphyse inférieure du fémur. Archiv. gén. de mêd. mars et avril 1884, p. 272 et 426.

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