‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 62 sur 156 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

du membre, liée le plus souvent à un mouvement de torsion.

Depuis lors, de nouveaux exemples de la même lésion ont été publiés par divers auteurs, et, en particulier, par M. Mayo Robson. Dans un récent travail (1), ce chirurgien cite un fait qui lui est personnel et relatif à un jeune homme de seize ans, dont la lésion avait été produite par un coup de pied de cheval. 11 y avait un œdème considérable de la jambe et du pied. Les pulsations étaient complètement supprimées dans les artères tibiales antérieure et postérieure. La cause de l’arrêt de la circulation était dans la compression exercée sur les vaisseaux poplités par l’extrémité inférieure du fragment supérieur qui, déplacée en arrière, tendait la peau au niveau du creux proplité. La jambe et le pied étaient complètement engourdis. La réduction put être obtenue pendant l’anesthésie. Immédiatement le membre reprit son aspect normal ; les pulsations reparurent dans les artères tibiales, la distension veineuse cessa, et la sensibilité se rétablit au bout de quelques heures. Le malade guérit, en conservant l’intégrité des fonctions du membre.

J’ai cru devoir vous signaler le fait précédent pour vous montrer combien sont grands et multipliés les dangers auxquels peut donner lieu le décollement traumatique de l’épiphyse inférieure du fémur. Vous trouverez, du reste, dans le même travail, des exemples qui vous prouvent que la compression des vaisseaux a pu aller jusqu’à la gangrène et nécessiter une amputation.

Pour ce qui est du décollement épiphysaire de l’extrémité supérieure de l’humérus, je puis vous citer un fait

(1) Mayo Robson, Séparation of the lower epiphysis ofthe fémur. Annals of surgery, feb. 1889.

DÉCOLLEMENT ÉPIPHYSA.IRE.

d’un auteur allemand, Helferich (1). Au début de son travail, il rappelle que les décollements épiphysaires sont rares à l’extrémité supérieure de l’humérus, et souvent confondus avec les luxations de l’épaule. Le cas de Helferich a trait à un jeune homme de seize ans qui était tombé sur l’épaule gauche en luttant avec ses camarades. Le diagnostic fut établi par cette considération que la tête de l’humérus était à sa place normale au-dessous de l’acromion; l’extrémité supérieure delà diapliyse humérale arrondie se trouvait en avant et en dedans de l’apophyse coracoïde. Le corps de l’os présentait des mouvements anormaux de bas en haut et de haut en bas, au cours desquels on percevait une faible crépitation. Les tentatives de réduction ayant échoué, on entreprit une opération, au cours de laquelle on reconnut que l’extrémité supérieure de l’humérus avait passé dans l’aisselle à travers une très courte déchirure de la capsule articulaire. Il suffit d’agrandir les lèvres de la boutonnière capsulaire pour remettre l’os en place. Les deux fragments furent ensuite réunis par une longue aiguille en acier dont l’une des extrémités sortait à travers la plaie, et qui Put enlevée au bout de huit jours, lors du premier pansement. La guérison eut lieu sans incident, et l’épaule reprit bientôt, dit Fauteur, toute sa mobilité.

A la suite de son observation, Helferich cite un cas analogue publié par Lange (2) et relatif à un jeune garçon de dix ans, chez lequel le décollement épiphysaire de l’extrémité supérieure de l’humérus se compliquait d’une fracture. Le fragment inférieur avait perforé le deltoïde

(1) Helferich, Zur Behandlung des traumatische?i Epiphysentrennung am oberen Eumerusende, nebst Bemerkungen iïber die Technik der aneinanderbefestigung zweier Knochen. Münchener med. Wochens., 1887 , n°40.

(2) Lange, Fracture of humérus voith interposition of soft parts and opercitive replacement. Annals ofsurgery, may 1887.

INTERVENTION CHIRURGICALE

et embroché la peau. Une incision dut être faite pour opérer la réduction. Dans son cas, Esmarch avait affaire à un décollement compliqué de plaie; il dut réséquer l’extrémité supérieure de la diaphyse qui faisait issue à travers les téguments (1). Enfin, dans les faits de Bruns, il s’agissait de décollements anciens vicieusement consolidés; on pratiqua l’ostéotomie et la résection d’un centimètre et demi de la diaphyse. La réduction fut facile dans un des cas où il n’y avait, du reste, pas de tendance au déplacement; dans l’autre, la réduction fut facilitée en imprimant au membre une position telle que la main du côté malade reposait sur l’épaule du côté sain (2).

La conduite tenue par les différents auteurs que je viens de citer dans les observations précédentes devrait être imitée dans les cas où il y a eu issue du fragment à travers la peau, c’est-à-dire qu’on devra, suivant les cas, pratiquer une incision méthodique, la résection et la suture des fragments.

N. B. — L’enfant qui fait le sujet de cette leçon s’est représentée à plusieurs reprises à notre examen. Nous avons pu nous assurer que la consolidation était complète. Il n’y avait pas la plus petite irrégularité dans les fonctions du membre, en un mot la guérison ne laissait rien à désirer.

(1) Esmarch, Arhiv. fur klin. Chir., Band XXI, s. 835.

(2) Bruns, Centralb. fur Chir., 1884, s. 277.

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