‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 68 sur 156 · AVIVEMENT ET SUTURE DES FRAGMENTS · texte numérisé non relu

AVIVEMENT ET SUTURE DES FRAGMENTS

gouge et le maillet. Après avivement des fragments, nous avons cherché à rendre à l’avant-bras qui, nous l’avons dit précédemment, était dévié vers le bord cubital, sa direction normale; mais ce redressement du membre a eu pour conséquence un écartement des fragments ne mesurant pas moins d’un centimètre. 11 était dès lors impossible de songer à leur rapprochement à l’aide d’une suture métallique, et nous avons eu recours à une cheville en ivoire préalablement désinfectée par son ■ébullition dans la solution pliéniquée forte. Un orifice ayant été créé avec la Iréphine sur le fragment inférieur dans une direction aussi voisine que possible du parallélisme avec l’os, la cheville a été enfoncée de bas en haut à travers les deux fragments ; l’opération a élé terminée par la suture de la peau au crin de Florence, après interposition d’un petit drain; et le membre redressé et pansé il la gaze iodoformée a été immobilisé à l’aide d’une gouttière plâtrée.

Les suites opératoires ont été simples; il y a eu -seulement un peu de suppuration, bientôt tarie, et la cicatrisation de la plaie s’est produite rapidement; malheureusement le résultat a été moins favorable en ce qui concerne la consolidation osseuse. Nous avons eu occasion de revoir notre malade dans le courant de janvier, c’est-à-dire plus de trois mois après l’opération. 11 y avait encore une légère mobilité des fragments. L’attitude du membre était bonne, mais les mouvements de l’articulation du coude étaient toujours extrêmement limités, il y avait donc une amélioration évidente, mais non une guérison complète, et il est difficile de prévoir si celle-ci pourra être définitivement obtenue. Le résultat eût été, je crois, beaucoup plus rapide et beaucoup plus sûr, si, pour amener au contact les deux fragments du cubitus,

j’eusse pratiqué une résection du radius, qui aurait eu pour effet de ramener les deux os à une même longueur. C’est sur la tête du radius luxée en haut et en avant qu’aurait dû porter la résection. Cette manière de faire aurait eu un double avantage : outre qu’elle eût permis d’amener aisément au contact les deux fragments du cubitus et de les maintenir par une suture, elle aurait eu pour effet de rendre à l’articulation du coude sa mobilité, en supprimant la saillie osseuse qui limite ses mouvements. L’opération avait été longue, l’isolement des fragments avait été très laborieux ; aussi ai-je reculé devant une nouvelle intervention. En présence du résultat actuel, je le regrette; et si je me trouvais aujourd’hui en face du même cas, je compléterais mon opération par la résection de la tête du radius.

Page 1