PARALYSIE PAR COMPRESSION
pareils exemples sont observés de temps en temps dans les services de chirurgie. Je vous rappelle pour mémoire les paralysies radiales chez les gens qui manient le plomb, dites paralysies saturnines, et dont l’étude est une question purement médicale. Il resterait encore à décrire, d’après certains auteurs, une variété de paralysie radiale attribuée au froid, et dite paralysie radiale a frigore . Mais ce dernier groupe nécessite une discussion, avant que sa réalité puisse être admise, discussion dont un malade récemment entré dans notre service nous fournira l’occasion.
C’est un homme de quarante ans, ayant depuis longtemps des habitudes alcooliques et qui a été victime de son funeste penchant. 11 nous raconte que, le 29 janvier, à neuf heures du soir, étant pris de boisson, il voulut monter sur un trottoir, mais il glissa et tomba sur l’épaule droite qui, aujourd’hui encore, est le siège d’ecchymoses. Il chercha à se relever, mais il fit une nouvelle chute sur le poignet droit. Il put cependant rentrer chez lui, se déshabiller et se coucher. Vers trois heures du matin, il se réveilla, et remarqua qu’il ne pouvait plus se servir de la main droite. Croyant à un engourdissement passager, il exerça des tractions sur sa main, mais il n’en obtint aucun résultat; à partir de ce jour, il dut cesser son travail; il fit bien sur le membre malade quelques frictions, mais ne constatant aucune amélioration, il se décida avenir à l’hôpital, où il a été admis le 6 février, huit jours, par conséquent, après l’accident.
Le malade se présente à nous dans l’attitude classique de la paralysie radiale ; il y a une chute permanente de la main et des doigts, et le malade est dans l’impossibilité de les relever, c’est-à-dire que les mus-
PARALYSIE RADIALE
clés extenseurs innervés par le radial sont paralysés ; dès lors, les muscles antagonistes entraînent la main de leur côté et lui impriment une position de flexion forcée que le malade ne saurait modifier. La sensibilité est conservée dans toute l’étendue de l’avant-bras et de la main; il n’y a aucune douleur, soit spontanée, soit à la pression. L’extension des quatre derniers doigts est impossible; il y a donc paralysie complète de l’extenseur commun, l’extenseur propre de l’index et du petit doigt. L’abduction et l’extension du pouce sont supprimées; il y a donc également paralysie du long abducteur, des long et court extenseurs du pouce. Enfin l’impossibilité des mouvements d’abduction et d’extension de la main répond à la paralysie des deux radiaux externes et du cubital postérieur. Les mouvements de l’avant-bras sur le bras sont intacts. Ajoutons que nous avons recherché l’état de la contractilité faradique chez notre malade, et que les différents muscles privés de la contractilité volontaire répondent bien à l’électricité.
Tel est le fait qui s’est présenté à notre observation, et c’est ainsi que les choses se passent dans l’immense 'majorité des paralysies radiales dites a frigore . Un homme en état d’ivresse, le plus souvent, s’endort d’un sommeil lourd qui se prolonge pendant plusieurs heures, quelquefois il est exposé pendant son sommeil à l’action du froid, comme ces malades qui s’endorment en plein air sur les bancs de nos promenades et de nos -boulevards ; et, à son réveil, il est tout surpris de constater la paralysie d’un des membres supérieurs. En examinant les circonstances particulières du fait, on arrive parfois à reconnaître que le bras paralysé a été pendant le sommeil du malade particulièrement exposé au froid l’humidité. Par analogie avec ce qu’on observe pour