‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 82 sur 156 · VINGT-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-SEPTIÈME LEÇON

EXOSTOSE DU GRAND TROCHANTER PRODUISANT LES SYMPTOMES D’UNE NÉVRALGIE SCIATIQUE. — ABLATION, GUÉRISON

Je ne veux pas laisser sortir de l'hôpital le malade qui est couché au n° 18 de notre salle Saint-Landry, sans attirer votre attention sur son histoire, qui a trait à une affection rare et digne d’intérêt. C’est un homme de quarante-quatre ans, d’une haute taille et d’une vigoureuse constitution, exerçant la profession de corroyeur. il est entré dans notre service, le 17 juin 1889, avec des symptômes de névralgie sciatique, s’accompagnant de l’existence d’un gonflement osseux sur la partie supérieure du fémur, au voisinage du grand trochanter. Cette affection a débuté le 15 mars dernier: le malade était sorti le matin, comme d’habitude, pour aller à son travail. 11 avait à peine fait quelques pas, quand il ressentit brusquement, dans la cuisse gauche, au voisinage de l’articulation coxo-fémorale, une vive douleur qui l’obligea à rentrer chez lui. A partir de ce jour, il n’a pas pu reprendre son travail; il Fa essayé à plusieurs reprises, mais il n’a pu y réussir, parce que les mouvements de la jambe sont restés très douloureux, et la marche à peu près impossible. Quatre jours après le début de sa maladie, il est allé à la consultation de la Salpêtrière, où on lui a fait une application de ventouses.

Peu à peu les douleurs que le malade accusait d’abord dans la hanche descendirent le long du trajet du nerf

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sciatique jusque vers le genou ; il y avait particulièrement un point très douloureux au niveau de la tête du péroné. On fit le diagnostic de sciatique, et l’on employa la série des moyens utilisés en pareil cas, savoir les vésicatoires, les frictions excitantes, les pulvérisations de chlorure de méthyle, tout cela sans résultat. Le malade voulut alors essayer l'électricité, et il alla pendant la semaine qui précéda son entrée à l’Hôtel -Dieu, trouver M. le Dr Vigouroux qui dirige le traitement électro-thérapique dans le service du professeur Charcot. Il lui montra en même temps le gonflement qu’il avait constaté au niveau de la partie supérieure du fémur ; M. Vigouroux l’engagea dès lors à consulter un chirurgien; et c’est dans ces conditions que le malade se présenta dans notre service.

A son entrée, nous constatâmes, immédiatement audessous et un peu en dedans du grand trochanter, une tuméfaction faisant manifestement corps avec le fémur, et se prolongeant en arrière jusqu’au voisinage du nerf sciatique. La consistance de cette tumeur était la suivante : Elle comprenait une base dure adhérente à l’os, et au devant d’elle, une partie molle, presque fluctuante, comme si une bourse séreuse accidentelle s’était développée au devant de la tuméfaction osseuse. La pression au niveau de cette tumeur était douloureuse; le malade accusait également de la sensibilité au niveau des apophyses épineuses des dernières vertèbres lombaires, et le long de la crête iliaque du côté malade. Quant aux mouvements de la hanche, s’ils provoquaient delà douleur, ils étaient cependant presque complètement libres, un peu limités seulement par la contracture des muscles. Il n’y avait pas de position vicieuse de l’articulation, pas de douleurs à la pression directe dans le pli dè l’aine, ni à la pression

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