‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'appareil locomoteurChapitre 83 sur 156 · DISCUSSION DU DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DISCUSSION DU DIAGNOSTIC

à distance, exercée au niveau du talon; rien, en un mot, qui permît de conclure à l’existence d’une lésion de l’articulation coxo-fémorale elle-même.

Le malade ne pouvait marcher qu’à l’aide de béquilles. Bien portant avant son affection douloureuse de la hanche, n’ayant jamais fait de maladie grave, cet homme accusait depuis quelque temps des douleurs de tête revenant aussi bien la nuit que le jour, et siégeant surtout du côté gauche. Il se plaignait en outre d’une privation de sommeil et de rêvasseries pénibles la nuit; il est vrai qu’il est légèrement alcoolique.

Quelle pouvait être la nature] de l’affection à laquelle nous avions affaire? Il était bien évident qu’il ne s’agissait pas d’une sciatique pure et simple; mais bien de douleurs névralgiques, symptomatiques de l’existence de la tumeur osseuse que nous avions sous les yeux. Quant à la tumeur en elle-même, plusieurs hypothèses pouvaient être formulées. On pouvait se demander s’il ne s’agissait pas là d’une tumeur maligne, d’un ostéosarcome de l’extrémité supérieure du fémur. Contre cette hypothèse se présentait tout d’abord cette circonstance que, depuis le moment où la tumeur avait été constatée, elle n’avait point augmenté de volume; sa forme régulière, ce fait qu’elle était, sinon pédiculée, du moins surajoutée à l’un des points de l’os, et non fusionnée avec lui ; l’absence d’engorgement ganglionnaire, le bon état de la santé générale, étaient autant de circonstances qui s’élevaient contre l’idée d’une tumeur maligne de l’os. L’hypothèse d’une ostéite tuberculeuse n’était pas plus défendable. On pouvait invoquer aussi contre elle l’état stationnaire de la tumeur, l’absence de suppuration, enfin le bon état général du malade, dont les poumons ne présentaient aucune lésion qu’on pût mettre sur le compte

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de la tuberculose. Restait donc l’idée d’une altération syphilitique du fémur; et il faut bien l’avouer, les caractères du gonflement osseux que nous avions sous les yeux répondaient à ceux que l’on constate assez souvent dans les maladies spécifiques des os. On pouvait admettre, en effet, qu’il s’agissait d’une exostose syphilitique au devant de laquelle s’était développée une bourse séreuse, ou bien encore d’une périostose, en partie ramollie. Le malade, il est vrai, niait toute espèce d’antécédents spécifiques. Mais souvent les malades se trompent eux-mêmes ou nous trompent ; il n’y a donc pas à attacher, à leur dire, en matière de syphilis, une créance absolue. D’ailleur& les maux de tête accusés par le malade pouvaient être invoqués comme une preuve à l’appui de la nature syphilitique de la lésion. Nous résolûmes donc de tenter tout d’abord l’action du traitement spécifique, et nous soumîmes le malade à l’emploi combiné de l’iodure de potassium et des frictions mercurielles. L’action de cetraitement fut absolument nulle: ni les douleurs de fête, ni les douleurs névralgiques irradiées dans le nombre inférieur gauche, ne furent soulagées; la tumeur osseusene diminua en rien de volume. Force nous fut donc d’abandonner l’idée d’une affection spécifique du fémur;; et puisque nous avions rejeté de même l’idée d’une tumeur maligne et celle d’une affection tuberculeuse do l’os, nous en vînmes à penser qu’il s’agissait d’une exostose pure et simple, déterminant par son voisinage une irritation du sciatique et des douleurs névralgiques.

J’exposai donc au malade que ses douleurs me parais^ saient causées par la présence de la tumeur osseuse dufémur, et que, celle-ci ne cédant à aucun traitement médical, il était rationnel de tenter une opération chirurgicale pour la supprimer.

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