INTERVENTION OPÉRATOIRE
Celte proposition fut immédiatement acceptée, et, le 11 juillet, je procédai à l’opération. Le malade étant touché dans le décubitus latéral droit, je fis une incision courbe à convexité postérieure, englobant dans sa con- •cavité le grand trochanter, et la tumeur osseuse ellemême. Après avoir sectionné la peau et le tissu cellulaire sous cutané, nous eûmes à couper l’aponévrose d’insertion du grand fessier; puis nous tombâmes sur une bourse séreuse renfermant une petite quantité de liquide. C’est à sa présence qu’était due, comme nous l’avions supposé, la sensation de mollesse et de pseudofluctuation qui existait au devant de la tumeur osseuse. La bourse séreuse étant ouverte et vidée de son contenu, nous rencontrâmes l’exostose dont nous avions supposé l’existence. Mais cette exostose, siégeant sur le bord externe du fémur et à quelque distance au-dessous du grand trochanter, ne nous semblait pas capable d’expliquer par sa présence les accidents. En effet, elle était de petit volume, sa saillie ne dépassait guère un centimètre de longueur, et elle était située bien loin du grand nerf sciatique pour pouvoir déterminer sur lui des phénomènes d’irritation. J’enlevai cependant cette exostose, avec la gouge et le maillet; puis, portant profondément mon doigt dans la plaie, je ne tardai pas à reconnaître, au-dessus de la première tumeur osseuse, une seconde exostose se détachant à angle droit de la base du grand trochanter, et bien capable par son siège comme par son volume (elle mesurait environ 3 centimètres de longueur) d’expliquer tous les accidents observés. Je mis à nu cette seconde exostose, et pour cela, je dus sectionner les fibres les plus inférieures du grand fessier; puis, je la détachai à l’aide du maillet et du ciseau de Mac Ewen. Mais lorsque la tumeur osseuse fut complè-
382 EXOSTOSE DU GRAND TROCHANTER.
tement délachée, elle nous échappa, et fut entraînée dans la profondeur par les fibres musculaires du carré crural qui lui étaient restées adhérentes. Nous dûmes nous y reprendre un très grand nombre de fois avant de pouvoir saisir solidement la tumeur avec des pinces et abraser avec des ciseaux courbes les fibres musculaires qui s’y inséraient. Cette dissection avait laissé une plaie profonde, anfractueuse, qui fut lavée avec la solution pliéniquée forte; nous y introduisîmes deux drains parallèles l’un à l’autre; puis nous pratiquâmes la suture de la plaie avec le crin de Florence. Y eut-il pendant ces manœuvres de dissection un peu longues quelque faute d’antisepsie commise, la chose est bien probable. Toujours est-il que la marche de la plaie ne fut pas complètement aseptique ; il y eut un peu de suppuration ; en même temps, pendant les huit premiers jours, le malade eut une fièvre assez vive; la température s’éleva à 39°. De nombreux groupes de vésicules herpétiques qui se montrèrent autour des lèvres vinrent nous donner l’explication des accidents; nous étions en présence d’une fièvre herpétique. A partir de ce moment, la cicatrisation de la plaie se fit régulièrement ; les douleurs névralgiques de la cuisse n’ont plus reparu depuis l’opé-, ration. Le malade peut actuellement se lever et marcher pendant toute la journée sans éprouver de douleurs. Il peut être regardé comme définitivement guéri.
Tel est ce fait intéressant et rare sur lequel je désirais appeler votre attention. Il s’agissait, en un mot, d’une exostose pure et simple implantée au niveau de la base du grand trochanter, et venant par sa présence irriter le nerf sciatique ; de là, les douleurs de névralgie irradiées à là cuisse. Vous pourrez du reste vous faire une bonne idée du siège exact de la lésion en jetant les yeux