PROCÉDÉS ANCIENS
en activant la résorption de l’épanchement articulaire, favorisera le rapprochement des fragments. L’écartement est-il plus considérable, atteignant, par exemple, 2 à 3 centimètres, il faut de toute nécessité recourir à l’un des appareils spéciaux imaginés pour assurer la coaptation des fragments. Vous connaissez tousles griffes de Malgaigne qui, s’implantant dans les tissus fibreux environnant chacun des deux fragments, sont rapprochées l’une de l’autre au moyen d’une vis, et assurent ainsi la coaptation. Avant l’ère antiseptique, leur introduction dans les tissus péri-articulaires n’était pas envisagée sans crainte par les chirurgiens ; aussi s’efforçaiton de leur substituer quelque autre appareil remplissant le même but. M. Trélat avait imaginé d’implanter les griffes de Malgaigne, non plus dans la peau, mais dans des plaques de gutta-percha, moulées sur chacun des fragments. Schede se sert d’un appareil fait à l’aide de bandelettes agglutinatives. M. Le Fort et Yerneuil préconisent un appareil qui se compose de deux petites attelles plâtrées moulées sur les deux fragments, et portant sur un de leurs bords libres des crochets. Un tube élastique s’enroulant alternativement autour des crochets de chacune des attelles, sert à les rapprocher l’une de l’autre, et maintient, par là, la coaptation. Ces divers appareils, bien appliqués et surveillés, peuvent donner les résultats les plus avantageux. Mais avec l’antisepsie on est devenu moins timoré ; et les griffes de Malgaigne ont repris faveur, surtout depuis que le professeur Duplay (1), en les modifiant, a rendu plus facile et plus efficace leur application. Pour ma part, trois fois déjà j’ai eu l’occasion d’employer les griffes de M. Duplay. Dans deux cas, le résultat
(1) Duplay, Traitement des fractures transversales de la rotule à l’aide d’une griffe spéciale ( Arch . gén. de médecine , avril 1887).!
a été extrêmement favorable, bien que la fracture fût réunie par un cal fibreux. Dans le troisième cas, le tissu fibreux intermédiaire aux fragments, qui présentait une longueur trop considérable, se rompit subitement et je dus pratiquer la suture. J’aurai du reste l’occasion de revenir bientôt sur cette observation.
Mais quand l’écart est très considérable, et surtout quand, malgré toutes les tentatives (relâchement du triceps crural par l’élévation du membre, emploi du chloroforme), le rapprochement est impossible, que doit-on faire? Cette circonstance est celle où l’on a vraiment à discuter.
Les uns se contentent des moyens simples que nous venons d’énumérer; les autres, jugeant que l’abondance du liquide épanché est le principal obstacle à la coaptation des fragments, croient devoir faire la ponction de l’articulation, suivie ou non d’unlavage antiseptique; puis, ils appliquent les différents appareils de diachylon, de plâtre ou de gutta-percha que nous venons de décrire. Sans doute la ponction articulaire est un moyen auquel on peut avoir recours, en s’entourant de toutes les précautions antiseptiques, et qui rendra parfois de réels services. Mais des opérateurs plus hardis estiment qu’il faut aller plus loin, et, renouvelant la vieille opération dè Severinus et de Rhéa-Barton, conseillent la mise à nu des fragments et leur suture. C’est Lister qui fit, en 1877, revivre cette pratique, et de nombreux chirurgiens ont imité son exemple. Mais la méthode n’a pas toujours donné des succès; appliquée par les hommes les plus habiles, elle a éprouvé des désastres, témoins les échecs de Mac-Cormac, de Langenbeck, de Bull, etc. Si bien que la suture des fragments rotuliens, acceptée par les uns avec enthousiasme, a reçu des autres un accueil