SUTURE DE LA ROTULE
beaucoup moins sympathique. A la Société de chirurgie notamment, il a été manifesté une certaine liédeur à son endroit. Le rapport qu’y a lu le docteur Chauvel (1) a mentionné des faits de mort et d’amputation de cuisse devenue nécessaire après la suture. En effet, au moment oùM. Chauvel faisait son rapport, il pouvait relever, sur quarante-neuf opérations de suture de la rotule, trois morts, dont deux par pyhémie, et une par intoxication phéniquée; plus, une amputation secondaire de la cuisse. De tels accidents, à l’occasion d’une fracture bénigne par elle-même, ne mettant jamais en danger les jours du blessé, sont bien de nature à commander une sérieuse réflexion.
Peu de temps après, notre collègue, M. Jalaguier, faisait paraître, dans les Archives clc médecine (2), une revue sur le même sujet. Il a pu rassembler quarantetrois observations ayant trait à des fractures récentes traitées par la suture ; vingt-sept fois, les suites de l’opération furent heureuses; sept fois, il persista des troubles fonctionnels du membre inférieur; sept fois il y eut une suppuration articulaire, qui, dans cinq cas, fut suivie d’ ankylosé complète, et, une fois, nécessita l’amputation de la cuisse ; enfin, deux morts se produisirent, l’une due à la pyohémie, l’autre à une intoxication phéniquée. Vous le voyez, cette statistique n’est pas des plus satisfaisantes.
Sur quarante-cinq observations de fractures anciennes traitées de même par la suture, l’auteur note vingt-deux guérisons; neuf fois il y a eu de la raideur, de la faiblesse et une demi-ankylose du membre, onze fois l’an-
(1) Chauvel, Rapport , in Bull, et Mém. de la Soc. de chir.f 7 novembre 4883.
(2) Jalaguier, Arch . gén. de médecine , 1884, vol. I, pages 325, 463.
kylose a été complète, et, dans dix de ces cas, elle est survenue après suppuration du genou ; enfin il y a eu trois morts, soit par pyohémie, soit par septicémie aiguë.
La mortalité, d’après ces chiffres, est de 6 p. 100 environ, proportion désastreuse pour une lésion qui, traitée par les méthodes non sanglantes, ne compromet point l’existence.
On a objecté que ces morts tenaient au défaut d’antisepsie de la part des opérateurs. Mais des chirurgiens connus parmi les plus soigneux ont échoué, et d’ailleur , comme la fracture de la rotule est une lésion commune à laquelle on est appelé à remédier sur l’heure, s’il était établi en principe que la suture est le mode de traitement de choix, il faudrait s’attendre à voir un très grand nombre d’opérateurs la pratiquer, même de ceux qui n’ont point le culte fervent de la méthode antiseptique, et qui n’ont pas sous la main tous les matériaux nécessaires pour en assurer l’exacte réalisation. C’est bien, quoi qu’on dise, une considération qu’on n’a pas le droit de négliger; aussi sommes-nous contraints de prendre les résultats en bloc, et de ne pas faire parmi les opérateurs une sélection.
Un tableau statistique dressé par Brunner (de Zurich) (1) concorde pleinement d’ailleurs avec celui de M. Jalaguier. Sur quarante-cinq cas récents traités par la suture, cet auteur compte deux morts, deux amputations secondaires, sept fois l’ankylose, et sept fois la suppuration du genou. Sur quarante-cinq cas anciens, il y a eu sept fois ankylosé, et vingt et une fois seulement une consolidation osseuse. D’autre part, Brunner, étudiant tous les cas de fractures de la rotule au nombre de
(I) Deutsche Zeitschrift fur Chir., décembre 1885.