DIFFICULTÉ DE RÉDUCTION DE CERTAINES FRACTURES
doigt et de l’œil la bonne coaptation des fragments. Avec les appareils plâtrés, pareils déplacements ne sont point à craindre; aussi se laisse-t-on aller à une dangereuse confiance. Satisfait du résultat obtenu au moment de la réduction de la fracture, on néglige de surveiller l’appa- ' reil. C’est là, n’en doutez pas, l’unique cause de ces consolidations vicieuses que nous voyons parfois se produire, alors qu’au moment de l’application de l’appareil, la réduction paraissait ne rien laisser à désirer. Surveillez donc les appareils plâlrés après leur application, comme jadis on surveillait les appareils de Scullet. Pour ma part, je m’efforce de me conformer toujours aux principes que je viens de vous exposer ; et, trois fois déjà, depuis le commencement de l’année, vous m’avez vu retirer une gouttière plâlrée qui ne maintenait plus suffisamment lesfragments, et faire, au grand bénéfice du malade, l’application d’un nouvel appareil.
Mais est-ce à dire, Messieurs, que, dans le traitement des fractures de Dupuytren, le résultat définitif dépende toujours exclusivement du chirurgien? Ce serait une erreur de le croire, une injustice de le proclamer. On ferait ainsi peser sur le chirurgien une responsabilité imméritée, dans certains cas de consolidation vicieuse. Il est, en effet, des fractures dont la réduction parfaite est extrêmement difficile, quelquefois même tout à fait impossible à obtenir. Tous nos maîtres sont d’accord à le reconnaître, et, dans la discussion de la Société de chirurgie, à laquelle j’ai fait précédemment allusion, MM. Labbé, Marc Sée et Polaillon sont venus apporter à cette manière de voir l’appui de leur témoignage. M. Labbé insiste sur l’impossibilité de réduire certaines fractures; il rappelle un cas de son service, où, malgré l’emploi du chloroforme, le malade a guéri avec une
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déviation du pied. M. Marc Sée joint son témoignage à celui deM. Labbé; comme lui, il a complètement échoué chez un malade, et cela malgré l’emploi du chloroforme. Mais l’observation de M. Polaillon (1) est tout particulièrement intéressante : Elle a trait à une femme de cinquante-huit ans, atteinte d’une fracture de Dupuytren. Malgré le chloroforme et des efforts considérables, le déplacement persista. M. Polaillon eut alors recours à P attelle de Dupuytren, et il obtint une apparence de réduction ; mais une eschare se développa au niveau de la malléole interne, et il en résulta un érysipèle qui entraîna la mort. L’autopsie permit de constater l’état des parties : Il existait une fracture du péroné, oblique en bas et en avant, commençant à 5 centimètres audessus de la pointe de la malléole externe, et se terminant en avant, à 2 centimètres au-dessus d’elle. L’astragale était complètement luxé en dehors; enfin, de la face postérieure de l’extrémité inférieure du tibia partait un pont osseux qui reliait cet os au péroné.
En 1881, nous avons pu recueillir, à la Maison de santé, une observation qui présente, avec celle de M. Polaillon, beaucoup d’analogie. 11 s’agissait d’un vieillard de soixante-quinze ans, qui entra dans notre service avec tous les signes d’une fracture de Dupuytren, luxation du pied en dehors, saillie considérable de la malléole interne au-dessous des téguments, coup de hache à la partie externe du membre, saillie exagérée du talon en arrière, faisant décrire au tendon d’Achille une forte courbure à concavité postérieure. Au moment de l’entrée du malade à l’hôpital, l’accident datait de douze jours. La réduction présenta les plus grandes difficultés, et le
(1) Bull, et Mém. Soc. de chir., 7 juillet 1880.