A DOMICILE ET DANS LES HOPITAUX DE PARIS
DE 1826 AU 15 SEPTEMBRE 1 8o8 (1).
La statistique est le seul instrument que nous ayons en notre pouvoir, soit pour apprécier les progrès de l'hygiène publique et l'amélioration du bien-être des peuples, soit pour juger des bons effets d'une méthode thérapeutique contre telle ou telle espèce de maladie. D'un emploi difficile, elle donne quelquefois lieu à bien de graves erreurs , lorsque l'on compare ensemble des unités de nature différente qui ne peuvent être additionnées et que l'on établit prématurément des moyennes sur des éléments trop restreints ou impossibles à comparer. Il n'en est pas de même lorsque, sur une longue période d'années , on ne lui demande que des résultats simples et absolus, nécessaires pour dresser un tableau de mortalité par âge, par sexe ou par maladie. A cet égard, la statistique officielle de la mortalité du croup à domicile et dans les hôpitaux de Paris est une des plus faciles que l'on puisse établir , et elle ne saurait induire en erreur ; car il s'agit de la constatation d'un fait de l'ordre matériel. Le croup , assez grave pour amener la mort , est toujours reconnu par les médecins , et les bulletins de décès peuvent bien déguiser quelques cas de mort sous les noms de diphthérie, d'angine couenueuse ou de pneumonie, ce qui forme des erreurs en moins; mais là où le décès est rapporté au croup , il n'y a pas lieu de croire qu'une erreur ait été commise. Conséquemment, le chiffre officiel des décès par le croup, à Paris, est plutôt au-dessous qu'au-dessus de la réalité. Il en résulte que si l'on rassemble pour une période de trente-deux ans le nombre des décès annuels occasionnés par
(1) Ce travail a élélu à l'Académie des sciences le 25 septembre 1858.
cette maladie , et qu'on le divise par le chiffre annuel correspondant de la population, on a d'une façon précise :
1° Le nombre des décès de croup par an ;
2"* Le nombre de ces décès proportionnellement à la population.
Cette étude, pour une aussi longue période, conduit à des résultats aussi importants qu'inattendus, et tandis que la mortalité générale a diminué, nous allons voir la mortalité spéciale du croup augmenter d'une façon absolue et devenir proportionnellement plus forte, eu égard au chiffre de la population. Ce résultat est d'autant plus important qu'il s'agit d'une période assez longue, et que cette maladie, dans les quinze dernières années qui viennent de finir, a été l'objet d'un grand nombre de tentatives médicales et chirurgicales nouvelles. Faut-il l'attribuer à une augmentation constante du nombre des croups, ou serait-ce, au contraire, la conséquence des récents efforts de la thérapeutique? C'est ce qu'il est très-difficile de dire. Cependant, comme je le dirai plus loin, il y a tout lieu de croire que la trachéotomie n'est pas, sous ce rapport, à l'abri de tout reproche.
Quoi qu'il en soit, voici trois tableaux : l'un chronologique, A, et qui montre l'accroissement absolu de la mortalité du croup en même temps que l'accroissement de la population ; et l'autre progressif, B, qui établit la mortalité proportionnellement à 1,000 habitants , ce qui montre que le nombre des décès par le croup augmente d'année en année, et qu'il n'a jamais été plus fort que dans la période décennale qui finit en ce moment. Le troisième, C, montre la marche ascendante et décroissante de l'épidémie de 1858. Tous ont pour base des chiffres officiels qui m'ont été fournis par votre collègue M. Trébuchet, le savant secrétaire du conseil d'hygiène et de salubrité à la préfecture de police. C'est vous dire qu'ils ne laissent rien à désirer sous le rapport de l'exactitude.
A. Tableau chronologique de la mortalité du croup à Paris ^ tant à domicile que dans les hôpitaux, de 1826 aw 15 septembre 18o8.