‹ Leçons cliniques sur les maladies de l'enfance faites à l'hôpital Sainte-EugénieChapitre 12 sur 16 · C. Tablea · texte numérisé non relu

C. Tablea

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Ce chiffre indique les décès jusqu'au 15 septembre 1858.

Il suffit de jeter un coup d'œil sur ces relevés de la mortalité du croup dans les 32 dernières années, pour avoir la confirmation de quelques faits connus, tels que la fréquence plus grande de la maladie chez les garçons que chez les filles, sa fréquence plus grande de 2 à 3 ans qu'à tout autre âge, et pour y trouver la révélation inattendue d'un accroissement annuel progressif dans la mortalité de cette maladie.

En effet, la mortalité du croup par mille habitants a doublé de 1837 à 1853, et pour les années de 1847 à 1858, elle a été à peu près 5 fois plus forte qu'en 1838. Gela est énorme , et on se demande à quelle cause attribuer de pareils résultats établis par les relevés de 32 années d'observation, comprenant 10,044 décès de croup , chiffre assez considérable pour offrir toutes les garanties nécessaires de certitude.

Evidemment le fait de cet accroissement de mortalité par le croup, contraire à la loi de diminution de la mortalité générale par 1,000 habitants dans la même période de temps, ne peut être expliqué que de trois manières :

1° Ou bien le nombre des croups augmente chaque année , et avec lui la mortalité proportionnelle ;

2° Ou bien la maladie est devenue plus grave ;

3"* Ou, enfin, le traitement chirurgical suivi dans les 15 dernières années n'a pas le mérite qu'on lui attribue, et ne vaut pas le traitement médical autrefois employé, de 1826 à 1838, par exemple.

Il ne me paraît pas possible d'admettre ni de prouver qu'il y ait 2 ou 5 fois plus de croup aujourd'hui qu'il y a 20 ans, ce qu'il faudrait établir pour rendre un compte exact de la mortalité 2 et 5 fois plus forte que je viens de révéler. On comprend bien qu'il y ait une fois par hasard, comme en 1847 et en i858, une épidémie qui fasse momentanément plus de victimes , mais cela ne fait qu'une augmentation temporaire de mortalité, tandis qu'un accroissement annuel progressif constaté pendant 32 ans tient évidemment à une autre cause. Personne n'oserait affirmer que le croup a changé de nature, et qu'il devient d'année en année d'un pronostic plus grave. Il ne reste donc plus qu'à imputer la

grande mortalité dont je parle à la différence du traitement suivi dans ces dernières années. On sait en effet que , depuis les travaux de M. Bretonneau sur la diphthérie, et les savantes leçons de M. le professeur Trousseau , c'est-à-dire vers 1838 et 1840, le traitement chirurgical du croup par les cautérisations , par la trachéotomie et par les instillations caustiques, est devenu chose usuelle dans la pratique hospitalière et civile.

Or, par simple coïncidence ou par suite d'un effet malheureux, c'est à partir de cette époque qu'on voit s'élever la mortalité du croup par mille habitants, et qu'elle devient le double, le triple, le quadruple de ce qu'elle était antérieurement. Si l'on prend la première moitié du tableau de 1826 à 1840, époque où l'on faisait peu de trachéotomies, la mortalité n'est que de 1 sur 3, 4, 5 et 6,000 habitants ; au contraire , elle est de 1 sur 3,000 , sur 2,000 et même sur 1,400 âmes dans la seconde moitié, temps où l'on pratique un grand nombre de trachéotomies. Est-ce à dire, pour cela, que ce soit une opération inutile ou nuisible ? Je ne le crois pas, et j'ajouterai qu'en la retirant de l'oubli où de trop funestes résultats l'avaient sans doute fait tomber, M. Trousseau a rendu un grand service à la science.

Cela dépend néanmoins des principes qui président à son usage. Pratiquée à la période ultime du croup , au moment de Vanesthésie et pir conséquent contre une asphyxie réelle , elle sauve quelquefois des enfants voués à une mort inévitable. Je l'ai vu faire et j'ai eu le bonheur de le faire moi-même. Au contraire, pratiquée de trop bonne heure , lors des accès de suffocation, avant toute anesthésie, et par conséquent avant que l'asphyxie soit suffisamment caractérisée , ce qui arrive tous les jours, elle fait périr des enfants qui peut-être eussent guéri spontanément. C'est ainsi que cette opération , employée comme moyen préventif et faite dans le but de combattre une asphyxie qtii n existe pas encore , ajoute ses propres dangers à ceux du croup et en augmente la mortalité absolue et relative. La mort immédiate par syncope ou par hémorrhagle sur la table des opérateurs, les morts consécutives occasionnées par diphthérie de la plaie cervicale ou par les pneumonies secondaires sont les causes de cette mortalité croissante.

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