DE LA. PARALYSIE DU VOILE DU PALAIS
Je saisirai au passage l'exemple qui s'offre à nous dans ce moment pour vous dire en quelques mots ce que c'est que la paralysie aiguë du voile du palais. Ce trouble fonctionnel n'existerait peut-être plus à notre première réunion, car il est dans sa nature de disparaître assez vite, et comme d'ailleurs c'est un fait rare, il ne peut être que très-intéressant pour vous de l'étudier avec soin.
Cette enfant , placée au n° 5 de la salle Sainte-Marguerite, vient d'avoir dans sa famille une angine couenneuse, dont le début remonte à deux mois, et que l'on a traitée par les cautérisations énergiques souvent répétées , et dont elle ne connaît point la nature. Elle ne s'est pas complètement rétablie, car ses forces sont restées insuffisantes pour la faire tenir sur pied. Elle n'a point recouvré son appétit , et de fréquents vomissements , le retour des boissons par le nez, la voix faible et une toux fréquente, ont fait voir à ses parents qu'elle était loin d'être guérie. Ils l'ont amenée à l'bôpital.
Cette enfant vous montre deux phénomènes des plus curieux, une paralysie du voile du palais, et une bronchite capillaire assez intense pour mériter le nom de catarrhe suffoquant.
La paralysie du voile du palais vous offre tous les symptômes signalés comme caractéristiques de ce trouble fonctionnel, d'abord par MM. Trousseau et Lasègue , puis par Morisseau , par
Bérard, par Requin et par M. Maingault dans une intéressante thèse de doctorat.
Elle est plus rare chez l'enfant que chez l'adulte, dans la proportion de 1 sur 10 d'après M. Maingault, et elle succède le plus souvent à l'angine simple, ou à l'angine traitée ou non par les cautérisations.
Chez notre malade , la voix est fortement nasonnée et gutturale, la déglutition est difficile, mais les vomissements qui existaient ces jours derniers ont cessé. Les boissons reviennent encore par le nez , mais beaucoup moins fréquemment que la semaine dernière , et l'enfant est en quelque sorte obligée de boire par gorgées , d'une façon particulière dont elle a dû prendre l'habitude pour faciliter leur déglutition.
La succion et l'action de souffler, assez souvent empêchées dans les cas de ce genre , n'ont pas été profondément troublées chez notre petite malade. En ce moment l'examen de l'arrière- gorge montre un abaissement considérable du voile du palais , dont le bord touche la base de la langue, et il est le siège d'une immobilité que les excitants ne troublent pas. Il offre, en un mot, cette anesthésie incomplète qui a été signalée par le professeur Trousseau, fait curieux dont les observations ultérieures ont confirmé la réalité.
Contrairement à ce que l'on observe toujours dans la paralysie du voile du palais, où l'apyrexie est complète et l'état général excellent , notre malade n'a pas d'appétit , elle a de la fièvre et tousse beaucoup. C'est que, dans le cas offert à votre étude, la maladie n'est pas unique, et il y a une complication inflammatoire ayant pour siège les bronches capillaires. C'est à cette cause qu'il faut attribuer l'abattement, la dyspnée et la fièvre mesurée par 120 pulsations.
La paralysie du voile du palais guérira très-bien, comme elles guérissent toutes, spontanément, et en cas de prolongation, elle cède aisément aux cautérisations légères d'ammoniaque étendue, aux gargarismes astringents et à l'excitation électrique d'un bon appareil manié par un électriseur de profession.
La bronchite capillaire est plus grave. Caractérisée par de la
toux fréquente sans expectoration, par une dyspnée assez forte, elle n'a point changé la résonnance de la poitrine, et n'a modifié que le caractère ordinaire des bruits de la respiration. Partout, dans les deux côtés en arrière de la fosse sus-épineuse, à la base des poumons, sous les clavicules, dans l'aisselle, existent des râles sibilant, ronflant, muqueux et sous-crépitant , mobiles dans leur siège et différents dans leur timbre suivant la fréquence de la toux et le déplacement des mucosités bronchiques.
Une pneumonie catarrhale ou fibrineuse modifierait la résonnance du thorax et donnerait lieu à un bruit de souffle et à un retentissement de la voix qui n'existent pas. La première de ces maladies commence peut-être, et quelques lobules sont peut-être déjà occupés par la phlegmasie; mais cela ne m'est pas démontré, et le vomitif que je vais administrer nous montrera bientôt à quoi nous en tenir. Une pleurésie est caractérisée par une absence de bruits respiratoires et une matité que vous n'observez pas ici; par conséquent, il s'agit donc uniquement d'une bronchite aiguë capillaire ou d'un commencement de pneumonie catarrhale, c'est-à-dire de pneumonie lobulaire discrète ou confluente telle qu'on l'observe chez les enfants.
Cette enfant prend aujourd'hui même de l'ipécacuanha à dose vomitive, 25 centigr. dans 15 grammes de sirop , et je vous en reparlerai un peu plus tard.
Onze jours après, M. Bouchut s'exprimait à peu près dans ces termes :
L'enfant du n® 5, et qui avait une paralysie du voile du palais, sort aujourd'hui de l'hôpital. Elle a cessé de vomir et de rejeter les boissons par les narines; sa voix est restée nasonnée jusqu'à ces deux derniers jours, et elle est maintenant très-distincte. Le voile du palais est redevenu mobile et sa paralysie a guéri seule, sans le secours d'aucun traitement spécial.
La bronchite capillaire a cédé très-vite sous l'influence des vomitifs et des préparations calmantes. La dyspnée et les râles ont diminué chaque jour avec la toux et la fièvre. Depuis trois jours l'enfant est guérie : elle ne tousse plus ; son appétit est excellent, et il n'y a plus aucune raison de la garder à l'hôpital.