DE LA CHORÉE
Vous avez en ce moment sous les yeux, dans mes salles, huit enfants atteints de chorée, qui vous offrent des formes assez différentes de la maladie pour qu'une comparaison entre ces cas divers ne soit pas sans intérêt \ ce sont :
Au n' 1 de la salle Sainte-Marguerite, une chorée développée par impression morale de frayeur, l'enfant ayant vu un de ses frères périr noyé dans le canal Saint- Martin. Guérie une première fois Tannée dernière dans mon service , elle y est rentrée par suite de récidive, et la maladie date de quinze jours. Elle vient d'être guérie par le tartre stibié à haute dose.
Au n° 13 de la même salle est une autre fille choréique à sa troisième attaque. La maladie date de trois mois, et, traitée par le tartre stibié, elle n'a pas été guérie. Il y a chez elle des vomis-
sements et de la diarrhée, qui nous ont donné des craintes sur la possibilité d'une gastro-entérite.
Au n" 20 se trouve une autre chorée soignée sans succès par plusieurs médications. Les mouvements convulsifs ont diminué, mais persistent encore à un degré tel que j'ai cru devoir les attaquer avec l'émétique à haute dose. Il y a eu intolérance et des vomissements si violents à chaque cuillerée de la potion , qu'il m'a fallu en interrompre l'usage.
Au n<* 6 de la salle Sainte-Geneviève , vous avez une grande fille pour la deuxième fois atteinte de chorée. La maladie date de trois semaines. Le tartre stibié lui a été donné , mais il a provoqué de nombreux vomissements et de fréquentes garde -robes. Au cinquième jour , les mouvements convulsifs sont devenus si violents, que toute station était impossible , et le repos n'est revenu qu'après la cessation de l'émétique. Dans ce cas , le médicament mal supporté a très-évidemment exagéré les mouvements choréiques.
Au n° 32 de la même salle , se trouve une petite fille de trois ans , atteinte d'hémichorée à droite depuis plusieurs mois. Les mouvements du bras et du pied ont quelque chose de tout spécial qui me fait croire à l'existence d'une chorée symptomatique d'une maladie du cerveau. Les doigts de la main s'écartent en sens opposé; le poignet se fléchit et paraît tout à coup entraîné en arrière par une force irrésistible. Les orteils s'écartent ; la figure grimace d'une façon étrange , et ce n'est pas là le type des mouvements or«Jinaires de la chorée. Je crois qu'il y a chez cette enfant quelques tubercules dans le cerveau; mais c'est un diagnostic à développer plus longuement que je ne le puis faire ici, et j'y reviendrai dans un moment.
A l'étage supérieur, au n° 10 de la salle Sainte-Rosalie, existe un autre cas de chorée apparaissant pour la cinquième fois chez la même enfant. Elle n'est plus très-forte et touche à sa fin. Il n'y avait plus que de faibles convulsions dans les poignets lorsque je la soumis au traitement par le tartre stibié. Elle en a pris trois fois pendant trois jours , avec des intervalles de repos de trois
jours, et la maladie n'a pas été modifiée. La tolérance a été à peu près complète.
Un peu plus loin dans la même salle, au 23 bis, est une petite fille placée dans la même position. C'est une chorée déjà ancienne et incomplètement guérie , qui ne se traduit plus que par de faibles mouvements convulsifs dans les doigts. Chez elle , le tartre stibié donné trois jours de suite à trois reprises séparées par trois jours de repos a été sans aucun effet sur la maladie.
Enfin, au n° 17 de la salle Sainte- Marguerite, est une jeune fille de onze ans, choréique depuis deux jours et pour Ta première fois. La malade a séjourné dans mes salles pour une toux nerveuse, de la gastralgie, de la céphalée, des palpitations et un faible état d'anémie. Elle s'est trouvée vis-à-vis d'autres enfants atteintes de chorée, et je ne serais pas surpris que l'influence du voisinage, ce que j'ai appelé impression névrosique dans ma Pathologie générale, soit pour quelque chose dans le développement de la maladie. Cela est d'autant plus probable , qu'au troisième jour les mouvements choréiques, un instant très-violents et généralisés, avaient complètement et spontanément disparu.
Si vous repassez dans votre esprit tous les faits dont je viens de tracer rapidement Ténumération , et si vous tenez compte de ceux qui ont déjà passé sous vos yeux depuis le commencement de la clinique, vous pourrez prendre une bonne idée de la chorée et du traitement qu'j lie réclame. Au reste , ce que je vais dire dans cette leçon pourra vous aider dans ce travail; car j'ai l'intention de me servir de tous ces faits particuliers à titre de preuves pour vous exposer ce que je crois être la vérité sur la nature, la marche et le traitement de cette névrose.
Qu'est-ce donc que la chorée , autrefois désignée sous le nom de danse de Saint Guy?
La chorée, ou danse de Saint-Guy, est une névrose convulsive caractérisée par des mouvements irréguliers , permanents et involontaires des muscles de la vie de relation.
Jamais cette névrose n'a été remarquée dans les muscles de la vie organique ou de nutrition, et ceux qui ont avancé ce fait ont émis une erreur.
Bouteille, auquel on doit un excellent article sur cette névrose, a divisé la chorée en essentielle, symptomalique ou secondaire^ et en bâtarde ou anormale. Ces divisions ont un peu vieilli et ne sont plus généralement adoptées. Les chorées symptomatiques d'ailleurs ne peuvent plus être considérées comme des chorées ; elles résultent de maladies du cerveau dont la symptoraatologie est plus compliquée. Il faut cependant admettre plusieurs espèces de chorée. Ce sont la chorée aiguë ou chronique^ régulière ou irré' gulière, partielle ou générale.
La chorée ne s'observe presque jamais chez les nouveau-nés et chez les enfants à la mamelle. Baron ne l'a jamais vue aux Enfants-Trouvés pendant une pratique de trente ans. Les seuls médecins qui aient vu la chorée dans le premier âge sont M. Michaud, qui dit en avoir vu un cas au moment de la naissance , et Constant, qui en a observé un exemple sur un enfant de quatre mois. M. Bourdon en a vu un exemple , que j'ai également observé, et qui était relatif à un enfant de cinq mois. Ordinairement la maladie se développe de dix à quinze ans, depuis la seconde dentition jusqu'à la puberté. A Tâge adulte, elle est exceptionnellement primitive; M. Andral en rapporte cependant un cas à quarante-deux ans; Bouteille un à quatre-vingts ans, et M. Boger chez un vieillard.
Cette maladie est beaucoup plus fréquente chez les filles que chez les garçons, et les relevés faits à cet égard établisbcnt les proportions de cette fréquence relative à deux sur trois.
La chorée se développe quelquefois spontanément, sans maladie antérieure et sans cause appréciable, ou bien elle est consécutive à une émotion morale vive, telle que la peur. J'en ai vu grand nombre d'exemples, et celui que vous observez au n* 1 de la salle Sainte-Margueiite en est la preuve.
Dans ce cas, la danse de Saint Guy a été la conséquence de l'émolion causée par la mort du frère de la malade, noyé sous ses yeux dans le canal.
Le plus souvent, c'est à l'état général de la chloro-anémie que la chorée doit être rapportée. Cet état est quelquefois primitif; d'autre:» fois il est secondaire à l'apparition de la maladie. On ne
s'explique pas pourquoi, sous l'influence de cette cause, cette maladie serait plus fréquente chez les filles que chez les garçons car jusqu'à l'âge de la puberté l'état général, la constitution dans les deux sexes, sont les mêmes.
Les fièvres éruptives ou continues , telles que la rougeole , la scarlatine., la fièvre typhoïde, etc., amènent pendant la convalescence un état chlorotique, et cVst sans d(>uteà ce titre qu'elles favorisent l'apparition des mouvements choréique>. Dtux fois > cette année vous avez pu voir la chorée apparaître dans la con- ( valescence de la scarlatine. Dans un cas, au n** 17 de la salle Sainte-Geneviève, c'était une hémiohorée, qui a duré vingtquatre heures, et dans l'autre, au n° 13 de la salle Sainte-Marguerite, la maladie générale n'a duré que sept ou huit jours.
Cette névrose est quelquefois sympathique , et résulte de la présence de vers dans l'intestin ; mais cela est rare.
Enfin, la chorée succède fréquemment au rhumatisme musculaire ou articulaire aigu. Serait-elle donc due à l'influence rhumatismale? C'était l'opinion de Bouteille; M. Sée a reproduit cette opinion, l'a généralisée, étendue, et a avancé que la chorée était de nature rhumatismale. Ses preuves sont de divers ordres. Dans certains cas, les douleurs rhumatismales antérieures sont évidentes ; chez d'autres, il se développe pendant la chorée des rhumatismes articulaires ou musculaires , des névralgies , etc.
Chez ceux qui n'ont pas offert de rhumatisme et dont l'autopsie a été faite, on a trouvé des adhérences des méninges , de la plèvre, des plaques laiteuses sur le péricarde, et M. Sée a établi un rapport entre ces anciennes phlegmasies réputées rhumatismales et la chorée. Enfin, lorsqu'on ne trouve pas d'indices d'une affection rhumatismale chez les sujets choréiques , on retrouve presque toujours l'origine de cette diathèse chez le père ou chez la mère du malade.
Cette argumentation est évidemment fautive, et, pour la combattre , il suffit d'invoquer les faits assez nombreux de chorée développée sous l'influence d'une émotion morale vive. Une enfant devient choréique parce qu'un homme la poursuit pour l'embrasser; une autre, parce qu'elle entend tirer le canon ; une
autre, parce qu'elle voit son jeune frère périr dans le canal. Ces exemples ne se rattachent pas plus à la diathèse rhumatismale que ceux dans lesquels on voit un vermicide, en débarrassant les intestins d'un enfant des lombrics qu'il peut contenir , guérir une chorée. Aussi, après ces faits, concluons-nous que la chorée est une névrose pure et simple qui peut être essentielle ou liée soit au rhumatisme, soit à la chlorose , soit à une souffrance intestinale vermineuse.
La chorée est généralement sporadique; cependant Cullen, Hecker, Albers, J. Franck, l'ont observée à l'état épidémique en Allemagne et à Strasbourg , mais ce sont des faits très-rares.
Elle est parfois contagieuse , mais l'épidémicité et la contagion de cette névrose ont quelque chose de particulier qui ne ressemble pas à la contagion et à l'épidémicité des fièvres au moyen des virus. C'est une contagion spéciale sur laquelle j'ai appelé l'attention dans ma Pathologie générale à propos des impressions névrO' siques. Elle se fait par les émanations nerveuses morbifîques qui reproduisent sur les personnes soumises à leur influence la maladie du sujet qui les a fournies. Distinctes des impressions morales qui effrayent ou terrifient et produisent des convulsions, les impressions névrosiques produisent constamment la maladie correspondante à leur nature; ici la syncope, ailleurs l'hystérie , l'épilepsie , l'aliénation , le suicide , et chez quelques malades les convulsions, la chorée. C'est à cette cause qu'il faut attribuer les accidents observés sur la jeune fille que vous avez en ce moment aun° 17 de la salle Sainte-Marguerite.
La chorée entraîne- t-el le au sein de l'organisme des lésions , des modifications matérielles appréciables ?>
Dans les cas, rares d'ailleurs, où ou a eu l'occasion de faire la nécropsie d'individus morts de chorée ou plus souvent de complications, on a trouvé des fausses membranes à la base du cerveau, des tubercules des méninges , une infiltration de sérosité dans la pie-mère ou dans les ventricules, enfin des cysticerques du cerveau, comme j'en ai observé un exemple l'année dernière dans cet hôpital. On a encore rencontré une hypertrophie de la substance corticale , un ramollissement de la substance cérébrale.
A côté de ces faits, il y en a d'autres dans lesquels Tautopsie n'a rien fait découvrir. De son côté , l'anatomie pathologique comparée fournit quelques faits analogues. En effet , quelques animaux, les chiens et les chats, sont sujets à la chorée , et ici , j comme on pouvait sacrifier les individus à une époque quelconque de la maladie, les observations ont pu être complètes. Le résultat des nécropsies a toujours été négatif.
Enfin, chez quelques malades, on trouve des traces anciennes ou récentes de pneumonie, de pleurésie ou de péricardite ; mais ces lésions n'ont aucun rapport direct avec la chorée.
Il est donc bien entendu, par l'absence des lésions matérielles, par leur variété, quand elles existent, et par l'inconstance de leurs rapports avec les désordres nerveux, que la nature de la maladie est une névrose.
Les symptômes de cette névrose convulsive sont parfaitement caractérisés.
Le début est quelquefois brusque, et c'est d'une manière complètement inopinée que ces convulsions cloniques passagères apparaissent ; d'autres fois, au contraire, l'apparition de la chorée est marquée par une certaine exaltation morale, qui rend les enfants susceptibles, irritables et chagrins, par une sorte d'excitation physique , et les membres un peu douloureux offrent déjà une certaine incertitude dans les mouvements. Les enfants font des grimaces involontaires; ils laissent souvent tomber ce qu'ils tiennent à la main ; ils mangent salement, sans que les admonitions de leurs parents puissent les corriger.
Ce n'est qu'après quelques jours qu'on devine la nature de la maladie. Les muscles du visage et des membres sont affectés de convulsions cloniques. La bouche se tord, les yeux se ferment et s'ouvrent involontairement; le cou est agité de mouvements convulsifs. Les soubresauts des membres font que les enfants jettent par-dessus leur épaule ou à leur figure les aliments qu'ils dirigeaient vers leur bouche. Les membres inférieurs sont incertains, la marche est difficile ; les enfants fauchent , leurs jambes se croisent ; d'autres fois, une jambe se dérobe, ils tombent, et leur chute est d'autant plus facile que les mouvements désordonnés
du tronc et des membres supérieurs leur font perdre facilement l'équilibre.
La préhension est devenue difficile, quelquefois même impossible. Tous les objets tombent des mains avec la plus grande facilité. Les enfants ne peuvent manger ni boire ; ils avalent des bouchées entières, au risque de s'étoutfer.
La parole est embarrassée , saccadée ; la langue ne sert plus à articuler les sons; elle se porte sous les arcades dentaires, et les enfants se mordent cruellement. On cite même un cas de gloi^site ainsi provoquée , et dont le résultat a été une asphyxie mortelle.
Les mouvements choréiques existent tout le jour et cessent la nuit. Ce n'est pas qu'ils soient soumis à Tiiifluence de la volonté, car la volonté n'agit plus sur ces mouvements désordonnés , mais le sommeil les calme. La colère, les passions, les impressions nerveuses , la crainte , les exaspèrent quelquefois à un haut degré.
Ces convulsions sont partielles ou générales ; quelquefois elles sont bornées à une portion du visage, à un membre : celte forme est rare. D'autres fois elles existent dans une moitié du corps sous forme hémiplégique; rarement elles sont bornées aux membres inférieurs sous forme de paraplégie. Les chorées générales et les hémichorées sont ordinairement franchement et purement nerveuses. Les chorées partielles , au contraire , limitées à un membre, sont souvent liées à l'existence d'une lésion matérielle des centres nerveux ou de leurs enveloppes.
Ces mouvements occupent exclusivement les muscles de la vie de relation , et, comme je l'ai dit , ils ne s'étendent jamais aux muscles de la vie organique.
En même temps , la sensibilité générale est souvent altérée ; quelques enfants sont sujets à rire et à pleurer sans motif; leur caractère est aigri, et souvent ils se plaignent de céphalalgie ou de rachialgie.
Ces phénomènes sont fréquemment accompagnés d'affaiblissement de l'intelligence et de perte de la mémoire. Les enfants oublient ce qu'ils savaient; incapables d'apprendre de nouveau, ils
tombent dans un état d'hébétude très-caractérisé. C'est la plus fâcheuse conséquence de cette maladie.
Avec ces phénomènes coïncident souvent des troubles du côté de la sensiblité tdcti'e, et h s membres sont le siège d'une anesthésie ou d'une analgésie plus ou moins conplète.
Quand les mouvements sont très- violents, les enfants , faisant à tout moment des chutes ou se donnaiit des contusions continuelles, sont couverts d'ecchymoses On est obligé de les mettre dans des cai^ses matelas>èes pour amortir la violence de leurs cotips. Mais ici se présente bientôt quelquefois un nouvel accident : ce frottement coritinuel finit, après 24, 48, 72 heures, par excorier la peau; l'enfant est bientôt tout en sang. J ai même vu mourir de cette complication , à l'hôpital iNecker, dans le service de M. Trousseau, une jeus.e fille dont i'épiderme avait en grande partie di>paru sous Tinfluence de ces frotten\ents , et plusieurs fois, â I hôpital Sainte Eugénie , j'ai eu dans mon service des jVunes ihWs dont la \ie a (té momentanément menacée par cette complication.
En même temps que se manifestent les troubles du côté de l'intelligetïce et de la sensibilité, le pouls reste normal : c'est une maladie apyrétique, excepté dans les cas de complication.
Les autres foiictions s'exécutent généralement bien. L'appétit est conservé, et, sauf un peu d'affaib'issement dans le mou\ement nutritif ou un état saburral gastrique, il n'y a aucun trouble dans les fonctions digestives.
La respiration re>te à l'état normal, et l'état général de la santé laisse généralement peu à désirer.
La ch »rpe dure quelquefois vingt-quatre heures ou quelques jours, ainsi que je l'ai vu dans la c<»nvahscence de la scarlatine. Elle se prolonge ordinairement plusieurs mois, et même plusieurs an-.ées; c'est là sa forme chronique. Sa durée ordinaire e^t de trente à cinquante jours.
Dans sa forme chronique, la chorée ne se manifeste pas par des mouvements violents; ce sont de peûtes convulsions qui rendent les malades ridicules et désagréables à voir. Mais ce qui est le plus fâcheux dans ce cas, c'est que les malades perdent
leurs facultés intellectuelles, et surtout la mémoire , ce qui les rend incapables de toute occupation sérieuse.
On a cité plusieurs cas de chorée intermittente. L'un est dû à Bouteille, qui a observé le retour des accidents périodiquement de midi à six heures du soir , et l'autre à M. Rufz. Son observation est à peu près analogue. Ce sont là les deux seuls cas connus de chorée intermittente , malgré l'opinion contraire de M. Rufz i et de quelques médecins.
La chorée est influencée par les maladies intercurrentes. Les maladies aiguës , les fièvres éruptives, la font quelquefois cesser. Je l'ai vue momentanément disparaître durant la scarlatine et la . fièvre typhoïde , ce qui confirme une fois de plus le précepte d'Hippocrate relatif à un grand nombre de névroses : Febrù spasmos solvit.
Après avoir suivi sa marche ordinaire et avoir présenté plu-.( sieurs alternatives d'exagération et d'affaiblissement , la chorée peut guérir d'une façon définitive ; d'autres fois elle est sujette à des récidives qui sont même très-fréquentes. Je l'ai vue revenir deux , quatre et même six fois sur le même enfant , à quelques mois de distance. Elle est suivie assez souvent d'un affai-'î blissement intellectuel assez marqué.
Les terminaisons par paralysie ou hémiplégie sont rares. Enfin
la chorée peut être mortelle , mais rarement ; dans ce cas , la
/ mort peut être amenée par les plaies que se font les malades, par
un épuisement nerveux suivi de syncope ou par asphyxie , suite
de morsure à la langue.
La chorée est souvent accompagnée de chloro-anémie soit primitive, soit secondaire. Enfin, chez quelques enfants, on rencontre avec elle des névralgies, des paralysies partielles musculaires et sensoriales. De tous les organes des sens, celui du toucher est le plus souvent affecté. L'analgésie l'accompagne presque toujours. Enfin une fois M. Maval a constaté une glossite interne produite par la morsure de la langue et ayant amené la mort par asphyxie.
La chorée est quelquefois irrégulière , et dans ces cas elle a reçu des noms spéciaux. Il y a une chorée systémalique om rhyth-
miqucy présentant une certaine régularité dans les mouvements qu'exécutent les malades.
Quelques malades, quand ils se lèvent ou qu'on les lève, sont entraînés dans quelques cas par une force invincible qui les contraint à marcher en avant. Cette variété a reçu le nom de chorée propulsive.
On à donné le nom de chorée électrique à une variété observée surtout en Italie. Dans cette forme, le malade éprouve par moments des secousses , des soubresauts qui le font sauter dans son lit à quelques pouces de hauteur. Il y a là quelque chose de comparable à la commotion que nous fait éprouver la décharge d'une bouteille électrique.
Il y a enfin des chorées anormales, dans lesquelles les convulsions sont partielles et localisées à la tête, à un bras ou à un membre en particulier.
Le diagnostic en est facile : Les grimaces du visage, les mouvements irréguliers, vous permettent le plus souvent de faire votre diagnostic à distance. S'il y a difficulté, ce ne peut être qu'au début. Mais alors l'état saburral de la langue et la maladresse des jeunes malades vous permettent le plus souvent de poser votre diagnostic.
Il y a certaines convulsions musculaires involontaires, chroniques, limitées à quelques muscles, surtout à ceux de la face, qui surviennent instantanément : elles sont connues sous le nom de tics. Est-ce là de la chorée? A la rigueur, oui, et ce sont des chorées partielles ; mais cependant le mouvement est toujours le même, borné à un ou plusieurs muscles, tandis que dans la chorée les mouvements convulsifs sont très-variés dans leur manifestation, et n'ont pas la régularité qu'ils offrent dans le tic musculaire simple.
Mais la difficulté et l'importance du diagnostic , eu égard au traitement et au pronostic , sont de déterminer la nature de la chorée. Est-elle essentielle ou symptomatique , chlorotique, saburrale, vermineuse, symptomatique d'une maladie des méninges, de la moelle, du cerveau ? C'est là une difficulté quelquefois très-grande. Les cas particuliers et l'examen attentif du malade
éclaireront le diapjnostic en ce sens que les chorées générales ov^^ réj^ulièrement hémiplégiques sont ordinairement essentielles ,r) tandis que les chorées partielles et irrég»ilieres sont le plus sou- Yeut sympathiques d'une lésion du cerveau ou de ses membrane*^ d'enveloppe. \
Traitement. — Les chorées symptomatiques exigent un traitement spécial , nécessaire pour guérir les lésions matérielles du cerveau, si elles sont de nature à disparaîtie. Quant aux chorées essentielles, les moyens à leur opposer sont ttès-nombreux.
Sydenham employait les saignées générales et les sangsues dans le dos, le long de la colonne vertébrale ; son exemple fut suivi par Serres et Lisfranc ; mais aujourd'hui que l'influence de la chlorose sur la chorée est mise hors de doute, la médication antiphlogistique est totalement abandonnée.
Si la maladie est liée à un état saburral de la langue et à l'embarras gaatrique, il faut faire vomir et purger avec l'émétique, ripécacuauha et le sulfate de soude ou le citrate de magnésie aux doses convenables, selon l'âge des enfants.
Dans les cas de chlorose, les ferrugineux, le vin de quinquina, » doivent être mis en usage.
Les vermicides, et surtout la santonine, à la dose de 20 à 2,v centigrammes par jour, en débarrassant l'intestin de ses vers, ont souvent guéri des chorées vermineuses.
Après les indications particulières viennent les spécifiques. Les., bains sulfureux quotidiens et prolongés pro luisent souvent de^;, guérisons rapides , et sous l'influence de ce traitement la chorée dure de dix- huit à trente jours. Malheureusement cette médication ne réussit pas d'une façon assez constante pour être adoptée sans réserve.
L'immersion subite dans l'eau froide, le passage à travers une lame d'eau a 8 ou 9 degrés, l hydrothérapie, en un mot, réussit assez souvent, mais moins que les bains sulfureux.
Les antispasmodiques, tels que la valériane et ses composés, le cantphre, le musc, Vassafœtida, l'oxyde de zinc, n'ont obtenu que peu de succès.
La noix vomique , ou plutôt la strychnine, conseillée par Le-
jeune, Foùîlhoux et Bougier , puis adoptée par le professeur Trousseau, réussit rée'lement bien à faire disparaître les mouvements choréiqucs. L'année dernière , un jeune garçon placé dans mes salles avait une chorée générale des plus iutenses. La gymnastique, les bains sulfureux, le chloroforme, avaient échoué; les convulsions, chaque jour plus fortes, étaient assez violentes pour empêcher toute station et pour amener l'excoriation générale de la peau. Je craignais une mort prochaine, lorsque j'eus recours àla strychnine, et la guérison eut lieu en quelques jours. ' '^
M. Trousseau emploie de préférence la strychnine à unéddlSe faible ; 5 centîgrammps par jour pour 100 grammes de sirop, à prendre à dose fractionnée. Mais ici il faut surveiller attentive-
■'ment les effets produits sur le malade; dès qu'il se plaint de roideur, de secousses dans les membres, il faut arrêter la médication ou diminuer la dose. Il en est de même si le malade est pris de syncope ou d'hystérie, car il- pourrait mourir.
Les narcotijues : l'opium, la morphine, la belladone, l'atropine, donnés à doses progressivement croissantes , quelquefois»
''très- élevées, n'ont pas répourdu à l'espérance des médecins qui les ont employés. - ^'^^^^ «*«» •^ ^^ '^m
Enfin, dans ces derniers temps, pour les cas rebelles , on a eu recours à l'arsenic sous la forme d'arsénîate de soude : on l'em-
^ 'ploie en commençant par l milligramme, puis en augmer>tant
^''progressivement jusqu'à 2, 3, 4, 5, 6, 10, 15 milligrammes. Quelques choées ont paru céder facilement à cette médication. Je l'ai employée dans uu cas rebelle à plusieurs autres médications, et la guérison a été complète. •'L'électricité a été également employée, mais sans succès.Oï
' '^'D'autres médecins ont conseillé l'exercice de la gymnastique,
'*^%n l'associant à des mouvements thythmiques cadencés, des
'•chants musicaux et au massage. C^s moyens ont quelquefois
réussi, mais il faut surtout rapporter leur succès au massage, que
les maîtres de gymnastique associent à leurs exercices lorsqu'ils
'éprennent leurs élèves pour leur enseigner les pnncipes de leur art. nb^oa' at» 'iw^/ul
•c>i i0j^ g employé le tartre stibié à haute dose contre la chorée.
Rasori a observé plusieurs succès rapides au moyen de ce médicament. Laënnec l'a imité et a également réussi. Il donnait de 50 centigrammes à 1 et 2 grammes par jour , de façon à obtenir la tolérance. M. Bouley, plus hardi, l'a employé à 3 et 4 grammes d'un seul coup, au risque de produire des accidents graves d'empoisonnement. Mais des succès obtenus après de pareils dangers ne sont pas dignes d'envie, et il n'y aurait plus à songer à ce remède, si M. Gillette, en revenant à la méthode de Laënnec légèrement modifiée , n'avait montré tous les avantages qu'on peut en obtenir. On débute par 25 centigrammes, en augmentant tous les jours d'une quantité semblable et en cherchant à obtenir la tolérance par une courte interruption du traitement tous les trois jours. De cette façon la chorée dure de 4 à 19 jours, terme de beaucoup inférieur à celui qu'on obtient par les autres méthodes, et, chose curieuse , ce n'est pas toujours aux évacuations produites par l'émétique qu'il faut attribuer la guérison, car chez quelques malades la chorée a Tapidement disparu sans qu'il y eût d'effet vomitif ou purgatif.
Des huit malades que vous avez sous les yeux, une n'a encore pris aucun médicament ; une autre a guéri toute seule au troisième jour de la maladie, et il est heureux que je ne lui aie pas donné d'émétique , car j'aurais attribué au médicament ce qui appartenait à l'heureux effort de la nature médicatrice. Enfin, six ont été soumises à ce traitement, et une seule a été rapidement guérie sans que l'émétique ait produit de vomissements ou de diarrhée. Les autres n'ont pas été modifiées ou ont été augmentées par la médication. Trois fois les mouvements sont restés les mêmes, et le tartre stibié, pris trois fois pendant trois jours avec des intervalles de repos de trois jours, n'a rien produit que quelques évacuations. Deux fois les mouvements ont été augmentés, et il a fallu interrompre l'usage de l'émétique, qui chez une malade produisait de telles évacuations que son emploi n'a pu être continué.
V . Gomme vous le voyez , ces faits ne prouvent pas beaucoup en faveur de l'excellence du traitement de la chorée par l'émétique, et je suis heureux que vous ayez eu l'occasion d'en vérifier les
effets par vous-mêmes. Vous pourrez ainsi vous défendre contre les illusions d'une thérapeutique née de l'empirisme, et qui n'est pas exempte de dangers.